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Kadiata Malick Diallo : "De manière générale, ce pouvoir est resté un pouvoir militaire avec un maquillage démocratique"


Actu Mauritanie
Lundi 7 Avril 2014 - 14:52

Parlementaire sortante de l’Union des Forces du Progrès, Mme Kadiata Malick Diallo surnommée la « dame de fer du parlement mauritanien » s’exprime dans les colonnes de l’Authentique.


Kadiata Malick Diallo. Crédit : Noorinfo/MLK
Kadiata Malick Diallo. Crédit : Noorinfo/MLK
L’Authentique : votre parti, sera-t-il de la future présidentielle ?
 
Kadiata Diallo : l’UFP est membre de la Coordination des partis de l’Opposition Démocratique, membre du Forum National pour la Démocratie et l’Unité qui a sorti récemment à la suite de ses assises une plateforme revendicative pour la transparence des élections et qui a invité le pouvoir à un dialogue autour de ces points. A ce que je sache, il y aura une rencontre préliminaire qui doit fixer l’ordre du jour du dialogue. L’UFP n’a pas encore défini sa position. Elle le définira très probablement en accord avec le Forum National pour la Démocratie et l’Unité. Et ceci dépendra bien sûr de ce qui va se passer après.
 
Après votre boycott des législatives, ne craignez vous pas une décrépitude des partis de l’opposition s’ils boycottaient de nouveau les prochains suffrages ?
 
Ce n’est pas la décrépitude des partis qu’il faut craindre, mais plutôt celle de la démocratie. Vous n’ignorez sans doute pas que la raison d’être d’un parti se trouve dans sa participation aux suffrages. Si aujourd’hui, les partis politiques s’abstiennent à franchir ce pas, c’est qu’ils ont bien leurs raisons. Comment voulez vous que les partis politiques de l’opposition accompagnent un processus unilatéral où les règles du jeu démocratiques sont foulées au sol ?
 
Je ne vois pas un parti politique se priver d’une élection alors que le jeu est clair et transparent. Tout le monde doit se soucier de l’état démocratique dans le pays et les partis politiques en premier lieu.
 
La situation actuelle de tiraillements et de boycott, ne consacre-t-elle pas un recul de la démocratie dans le pays ?
 
En tout cas, on ne peut parler d’avancée de la démocratie. Depuis l’arrivée des militaires au Pouvoir en 1978, il n’y a d’ailleurs pas de véritable démocratie. Certes à partir de 1991, le vent de la démocratie qui a soufflé en Afrique a touché la Mauritanie, mais ses effets n’ont pas été marquants. L’expérience démocratique en Mauritanie n’a pas réussi. Il est vrai toutefois qu’après le coup d’Etat de 2005, le processus de transition entamé par le régime militaire de l’époque, avait donné des résultats encourageants avec notamment la tenue de suffrages meilleurs que tous ceux que nous avions connus et qui a abouti à la cooptation du premier président de la République démocratiquement élu. Au bout d’un an, les militaires sont cependant revenus à la charge par un nième coup d’Etat avant de légitimer leur pouvoir par des élections. Le président Aziz avait ainsi foulé au sol les règles conventionnelles de l’Union africaine qui rejettent cette manière de prendre le Pouvoir et qui éliminent de la course à la présidentielle, tout militaire qui usait des armes pour occuper la Présidence.
 
Le président Mohamed Ould Abdel Aziz a fait fi de tout cela.... Un militaire qui prend le pouvoir, qui organise des élections pour se légitimer, je dis Non, il n’y a pas d’avancée démocratique. Il se peut qu’il y ait cependant des apparences, des caractéristiques de la démocratie qu’on peut observer. C’est l’époque qui l’impose quand on parle aujourd’hui de la libéralisation de l’audiovisuel par exemple, on n’est forcément pas sérieux. Qui est capable aujourd’hui de maitriser l’audiovisuel avec le développement des moyens de communication dans le monde ?
 
Et à propos exactement de cette libéralisation dans le secteur de la communication, savez-vous que c’est le gouvernement de Ould Aziz qui a retardé la loi sur l’audiovisuel ? Savez-vous aussi que dans toute la sous-région, il n’y a que la Mauritanie et la Guinée qui n’avaient pas adopté cette loi ? De manière générale, ce pouvoir est resté un pouvoir militaire avec un maquillage démocratique.
 
Comment entrevoyez-vous l’avenir politique de la COD ?
 
Je ne peux pas vous dire ce qui va se passer ou qu’est-ce qui risque de se passer. Tout ce que je sais, c’est qu’il y a eu ce forum auquel participe Tawassoul, la société civile, les centrales syndicales, la COD et d’ailleurs qui n’est pas mal vu par la CAP. De manière globale, c’est un pole qui intéresse toute l’opposition. Et l’opposition au sens large, pas seulement les partis politiques. Donc ça veut dire quelque part, un renforcement d’un cap et il vaut mieux pour tout ceux qui sont dans ce camp-là de chercher à le consolider, à parvenir à parler d’une seule voix pour obtenir gain de cause. Je souhaite que ce forum s’élargisse au-delà de ceux qui le composent aujourd’hui pour être un camp de l’opposition avec une force capable d’imposer des changements.
 
Une candidature unique de l’opposition à la future présidentielle, est-ce toujours un choix possible  ?
 
C’est parmi des centaines d’autres. On ne peut dire aujourd’hui qu’elle est la meilleure option. Le plus important, c’est qu’il y ait une élection transparente. Si les suffrages sont transparents, qu’il y ait des candidatures multiples ou uniques de l’opposition, on connaîtra forcément le changement.
 
Que pensez-vous de la dernière rencontre entre le président de la République et les jeunes ?
 
Il est évident que cette rencontre avec les jeunes est une campagne prématurée. Qu’est ce qui s’est passé en fait ? On a dit qu’on va organiser une sélection ? Qui a organisé la sélection ? Autour de qui ? En tout cas ceux qui ont été sélectionnés, ne représentent pas la Mauritanie dans sa pluralité et sa diversité. Ould Abdel Aziz qui s’était proclamé « président des pauvres » semble bien en l’occasion vouloir se muer en « président des jeunes » ! Ce qui est sûr, c’est que la promotion des jeunes ne se fait pas de cette manière, mais dans un cadre politique qui va permettre d’accompagner cette frange de la population dans tous les secteurs. Le reste c’est de la démagogie, c’est du populisme. Ceux qui n’avaient pas marché avec les pauvres risquent de ne pas marcher avec les jeunes.

Il s’est fait président des pauvres pour changer la situation, la nature des pauvres, est restée la même, le bilan montre qu’il y a aujourd’hui, plus de pauvres que dans le passé. Je suis sure qu’avec les jeunes, ça va être la même chose. Il faut être en dehors du champ politique, être novice en politique, pour imaginer un moment qu’on peut facilement renouveler une classe politique. Le renouvellement de la classe politique est un long processus. Les partis politiques, leurs dirigeants, ne sont pas des fonctionnaires qu’on nomme ou dégomme. Ce sont des gens convaincus, engagés pour une cause, et prêts au sacrifice pour cette cause. L’autre aspect réside dans les propositions qu’il peut adresser aux jeunes. 
En tout cas les jeunes connaissent un très grand problème, particulièrement le chômage.
 
Combien de diplômés chômeurs se retournent les pouces ? Combien d’entre eux sont repartis à l’étranger après avoir foulé le sol national sans trouver la moindre opportunité de travail ? Ce ne sont pas des slogans qui vont changer les choses.
 
Depuis le boycott de l’UFP aux scrutins législatifs et municipaux passés, une hémorragie semble vous avoir gagné...
 
Il y a eu des départs comme il y a eu des départs dans d’autres partis. Mais ces démissions, on les compte sur le bout des doigts. Nous n’avons pas vu des mouvements de départs en masse. Nous n’avons pas connu de saignée. Au moment où je vous parle, je peux vous dire que l’UFP est sorti encore plus uni de son bureau exécutif.
 
Quelles appréciations faites-vous du problème de cohabitation de l’arabe et du français en Mauritanie ?
 
La Mauritanie a besoin de se redéfinir, de voir qu’est-ce qu’elle veut en fait, comme « outil de son école ». Le français est pour moi une langue comme toutes les autres langues. Même si elle n’est pas une langue mauritanienne, son histoire est liée à la Mauritanie. L’arabisation dont on parle, n’a pas donné de résultats, des fruits exploitables. Parce que le système est défectueux. Le problème de la langue relève tout simplement du chauvinisme qui ne tient pas compte de la situation réelle du pays. Il faut que les gens comprennent que le français n’est pas seulement utilisé par les négro-africains. Allez voir les écoles privées de haute gamme à Nouakchott, et vous serez édifié sur la nature des enfants inscrits dans les programmes français ! Le mieux pour la Mauritanie, c’est de revoir son système. Personnellement je préfère que le système soit bâti sur les langues nationales. Je refuse qu’on fasse de la démagogie en disant oui on va faire l’arabe comme une langue nationale et que les autres langues, on va en parler pour ensuite, ne rien faire pour elles. Je suis pour l’arabe parce que c’est une langue nationale qui doit être enseignée aux mauritaniens mais la Mauritanie étant plurielle, il faut faire en sorte que les autres langues soient développées.
 
Le problème de langue relève de la pure propagande. Ce n’est pas fait pour renforcer la langue arabe, mais c’est pour des visées discriminatoires. Je ne suis pas attachée au français mais je considère que l’histoire du pays est liée au français. On ne peut pas se lever un matin pour dire qu’on va balayer une langue surtout une langue qu’on utilisait depuis des années. Il y a certes parmi nous, des gens qui n’utilisent que cette langue là, il faut alors, de manière lucide, trouver des solutions viables pour venir à bout de ce problème.
 
En tant que ex-parlementaire, comment qualifiez-vous le geste de Khalil Ould Teyib pour avoir déchiré un procès-verbal en français ?
 
Je vois mal un intellectuel déchirer un texte et peu importe qu’il soit écrit en français ou en chinois. A quoi est destiné ce geste ? Est-ce pour la promotion de l’arabe ? Est-ce que c’est dirigé contre le français ou contre ceux qui sont supposés défendre cette langue. C’est des questions que je me pose. Même si on a dit dans la constitution que la langue officielle, c’est l’arabe mais on sait que dans la réalité, que dans la pratique, on ne peut pas se passer du français. Khalil Ould Teyib ou n’importe quel député soucieux de la Mauritanie, doit penser à ses actes.
 
En tant que Négro-mauritanienne, que pensez-vous de la demande d’autonomisation de certaines villes de la vallée par les FLAM?
 
Je peux dire que c’est quelque chose que je ne partage pas du tout. Je ne sais pas si les FLAM ou leurs dirigeants connaissent le terrain mais le souci de régionaliser ou de donner une autonomie à des régions, revient à dire que ces régions là appartiennent à des communautés. Aujourd’hui je pense qu’il n’y a pas une région qui appartient à une communauté. Il faut voir de manière très claire la question : la grande agglomération de Kaédi, une ville pratiquement d’origine négro-africaine notamment des poulars, n’est-elle pas aujourd’hui une agglomération qui regroupe l’ensemble des Mauritaniens toutes races et groupes ethniques confondus ? La situation est pareille à Boghé, à Nouadhibou, à Rosso. L’idée des Flams peut marcher ailleurs mais pas en Mauritanie.
 
Le parlement, ça vous manque ?
 
Ou bien je manque le parlement (rires)
 
Cheikh Oumar NDiaye
Pour l'authentique
Mamoudou Kane


              

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