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Kadiata Diallo, styliste : «J'ai vu que les femmes ici ne sont pas intéressées par la mode (…) Par contre à Dakar, je voyais quotidiennement la mode dans les rues»


Culture
Jeudi 26 Janvier 2012 - 09:07

On en connaît des «stylistes» auto-proclamés à Nouakchott, qui en réalité ne sont que d'excellents marketters avec quelques bons tailleurs derrière eux. Kadiata Diallo elle est une vraie créatrice de mode, qui en a suivi les jalons professionnels, de l'académie aux bancs formateurs des grandes maisons de couture parisiennes. Entretien avec une jeune femme qui rêve d'une Mauritanie enfin colorée de mode.


Kadiata Diallo, styliste : «J'ai vu que les femmes ici ne sont pas intéressées par la mode (…) Par contre à Dakar, je voyais quotidiennement la mode dans les rues»
b[Mauritanienne et styliste, ce ne sont pas deux épithètes qui vont souvent ensemble par ici... Quelle est la genèse de cette passion?
]b
Je suis sortie d'un système éducatif français classique, avec la conviction et la volonté de faire des études de stylisme et de mode à Paris. J'ai été acceptée dans une école de mode réputée, une des plus importantes d'Europe. Cette école m'a attirée car elle axait plus ses cours sur le stylisme et je ne voulais absolument pas faire de la haute-couture.

Je n'y connaissais rien mais avec mes 10% de passion pour la mode et le dessin, j'ai appris petit à petit, en me spécialisant dans la création d'imprimés. J'ai compris dans mon cursus l'immense éventail de choix professionnels qui s'offraient à moi dans cet univers : créer des imprimés, lancer une marque de t-shirts, travailler dans la presse, ou les milieux modélistes etc...
Et ce sont des perspectives qu'on ne peut pas avoir de Nouakchott.

b[Par rapport à ces lacunes justement, cette créativité que vous découvrez et que vous vous découvrez aussi, pensez-vous qu'il existe une réceptivité en Mauritanie pour cette forme d'art?
]b
Bien sûr! Depuis deux mois que je suis là pour observer la mode ou l'embryon naissant, je constate qu'il y a un univers de la mode, mais encore très traditionnel. Si je fais un défilé aujourd'hui à Nouakchott, je serai obligé de me baser sur les normes vestimentaires mauritaniennes : peut-être faire des voiles, mais avec plus de modernisme, ou des boubous plus stylisés, mais le carcan de toutes ces structures sera traditionnel.

J'ai vu que les femmes ici ne sont pas intéressées par la mode; on les voit avec de superbes boubous lors des mariages ou des fêtes, mais c'est plus par obligation que cet effort vestimentaire est fait, que par amour de la mode.
Par contre à Dakar, je voyais quotidiennement la mode quotidienne dans les rues dakaroises; j'avais l'impression d'assister à une «fashion week». C'est une comparaison qui m'a fait «tilter», et qui m'a convaincu qu'il manquait un ou plusieurs évènements majeurs de vraie mode à Nouakchott. On peut porter un voile ou un boubou mais en y apportant des touches significatives de modernité. Sans se renier.

b[Quels acteurs liés de près ou de loin à ce secteur et/ou à votre projet vous ont marqués, et qui seraient éventuellement réceptifs à vos projets?
]b
Réceptif ici... (rires). Il y a un seul couturier que j'ai découvert, Hussein, un algérien; le meilleur couturier que j'ai vue de ma vie, et qui est ici à Nouakchott. Ici la plupart des tailleurs sont bien, mais lui en termes de finition, il frise l'excellence. En travaillant avec lui j'ai compris qu'il sortait du lot. Il a son atelier, et travaille pour tout le monde, les chancelleries, les particuliers, les hauts-fonctionnaires etc.

b[Quels sont vos projets précisément?
]b
Je ne suis pas encore définitivement fixée, mais le projet qui me tient le plus à cœur et pour lequel je continue mes repérages, c'est faire vivre le textile mauritanien. Je veux travailler avec des femmes dans une usine d'imprimés, créés sur place, qui serait montée ici et dont les produits seraient revendus partout.

Les femmes qui taillent les voilent, ont une technique d'imprimés, qui s'appelle le «chibori» au Japon. Elles ne savent pas l'affinité culturelle en ce sens qu'elles ont avec les japonais, ni les japonais de leur côté d'ailleurs. J'en ai parlé à des amis japonais, qui ont été très étonnés de cette similitude technique troublante. Nous avons une richesse dans le travail de nos textiles, dont on se rend à peine compte ici et que j'aimerais exploiter dans mon travail.

Propos recueillis par MLK


kadiata Diallo avec une de ses créations portée par un modèle taiwanais
kadiata Diallo avec une de ses créations portée par un modèle taiwanais

Deux modèles d'habits traditionnels proposés par Kadiata Diallo
Deux modèles d'habits traditionnels proposés par Kadiata Diallo
Mamoudou Kane


              

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