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Justice : Un fait divers qui annonce des jours meilleurs


Actu Mauritanie
Lundi 18 Juin 2012 - 10:46

L’article ci-dessous, publié par CRIDEM, aurait pu passer inaperçu, sauf pour ceux qui espèrent, depuis 1989, que notre justice, souvent « aveugle » sur les textes, le soit aussi et surtout, sur les ethnies et les couleurs de nos différentes communautés


Répression des manifestations contre le recensement en septembre 2011.
Répression des manifestations contre le recensement en septembre 2011.
« Un nommé Youba Sy voulait se faire recenser mais ne disposait d’aucune pièce de ses ascendants. Aussi, a-t-il falsifié un acte de naissance qu’il présenta comme celui de sa mère. Lorsque les agents chargés du recensement lui demandèrent d’amener deux témoins qui peuvent attester que la pièce appartient à sa mère, il amena deux hommes âgés, Abdallahi et Oumar Diaw.

Ces derniers se firent entendre qu’ils avaient fait un faux témoignage pour la simple raison que l’acte de naissance présenté par Youba était faux. Ils sont conduits au commissariat d’El Mina 1 puis déferrés devant le Parquet. Le Procureur constatant qu’il avait affaire à deux personnes âgées qui ne savaient pas peut-être pourquoi ils avaient témoigné se contenta de leur faire savoir la gravité de leur acte avant de les libérer sous garantie judiciaire.

Interrogé, Youba déclara à son tour que sa mère est décédée sans laisser de pièce, ce qui l’a poussé à son geste. Il présenta l’acte de décès de sa mère. Sur ce, il fut lui aussi libéré sous contrôle judiciaire ».


La lecture de cet article, où un procureur Bidhani, reconnaît à des citoyens Mauritaniens Halpoularen, le droit à l’erreur, au respect et à la justice, dans une affaire d’état-civil, m’a rappelé les tristement célèbres événements de 1989, où la machine chauvine avait broyé l’état-civil, le transformant en état d’urgence, contre les négros-Mauritaniens.

De mémoire, je rappelle deux cas, dont je fus témoin.

Celui de Kane N’Diawar, expulsé manu militari, pour le simple fait qu’il soit né à Saint-Louis, et celui d'Aichetou Mint Ahmed, alias Astou Diakhité, née dans la même ville de Saint-Louis, en plein quartier de SOR. D’abord prise pour une Sénégalaise, mais rapidement sauvée par sa descendance d’une famille de notables Bidhanes, Aichetou fut débarrassée de son sobriquet « Sénégalisant » (Astou) et ramenée à la maison familiale, avec les excuses du Brigadier.

Comme si les Kane « de l’Ilot K », n’étaient pas une famille de grands notables, qui a donné de brillants commis à l’Etat Mauritanien naissant.

De plus, ce Kane N’Diawar est le même qui a été soumis à un service militaire forcé, sous le drapeau Mauritanien, en guise de sanction contre des étudiants grévistes dont il faisait partie. C’est aussi, ce même Kane N’Diawar qui a servi la Mauritanie, plus tard, en qualité de Professeur, avant de la représenter au CILS. Et c’est également le même Kane N’Diawar, un moment conseiller du Président de la république, qui le fit nommer Directeur Général de la CNSS, juste avant d’entériner son expulsion, pure et simple, de sa patrie et celle de ses ancêtres, la Mauritanie.

Plusieurs années après son expulsion et son retour « volontaire » en Mauritanie, Kane N’Diawar affirmait, sans rancune aucune, à un de ses nombreux amis Bidhanes, que son drame, c’est qu’il ne peut même pas dire à ses enfants, toute la vérité sur ces événements, de crainte qu’ils ne développent un sentiment de haine ou de rejet à l’égard de leurs frères et concitoyens de la communauté Arabe.

Qu’il me pardonne, de le citer ici et, fatalement, de lui rappeler des moments dramatiques qu’il aurait voulu ne pas connaître. Mais sa dignité, son attachement à sa patrie, son combat pour la liberté et la justice, qui ont commencé depuis le Lycée, ont valeur d’exemple.

Si aujourd’hui un procureur Bidhani, reconnaît à ses concitoyens Halpoular, « pris en flagrant délit d’usage de faux», le droit à l’erreur, au pardon et au respect, de la part la justice de leur pays, c’est que beaucoup d’eau a coulé sous les ponts du chauvinisme et de l’injustice, depuis 89.

Ce genre de geste mérite d’être popularisé, vulgarisé et soutenu par tous. Car, il n’y a pas si longtemps, ces vieux et ce jeune auraient été envoyés en prison avant d’être expulsés vers…l’inconnu, pour eux. Mais, comme l’aurait dit Kane N’Diawar, il y a une trentaine d’années, « seule la lutte paie ».

Il faut espérer que ce geste « anodin », mais combien porteur d’espoir, de justice et d’unité entre nos différentes communautés, soit suivi par d’autres, au niveau de toutes les administrations publiques. En effet, il est urgent que nous arrivions, ensemble, à faire de sorte que des regards de respect, d’estime et de solidarités, puissent, de nouveau, s’échanger entre tous les jeunes et les moins jeunes, de notre pays, quelle que soit leur ethnie, leur couleur ou leur région.

Soueylem Val
Mamoudou Kane


              

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