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Jean-Yves Le Drian sur RFI: «La France restera militairement présente au Mali»


Guerre au Mali
Vendredi 26 Avril 2013 - 09:07

Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, vient d’entamer une tournée au Mali, au Niger et au Tchad. Interrogé par Christophe Boisbouvier, le ministre est revenu notamment sur le feu vert de l’ONU pour l’envoi de casques bleus au Mali. Il a affirmé que la France resterait présente pour empêcher la reconstruction de groupes terroristes et appuyer cette nouvelle force.


Jean-Yves Le Drian sur RFI: «La France restera militairement présente au Mali»
RFI : Le Conseil de sécurité vient de voter la relève des soldats français par l’ONU d’ici le mois de juillet. Est-ce que les futurs casques bleus seront à la hauteur d’une mission aussi périlleuse ?

Jean-Yves Le Drian : C’est d’abord une très bonne nouvelle que le Conseil de sécurité adopte cette résolution et qu’il l’adopte à l’unanimité. Ce qui montre bien que l’intervention française au Mali était nécessaire, opportune et soutenue au niveau international.

Maintenant, le rôle de la mission des Nations unies est de permettre le maintien de la stabilisation du Mali. Cette mission sera mise en œuvre de façon efficace. D’autres pays que les pays africains, qui étaient déjà dans la première mission, vont rejoindre cette nouvelle force qui s’appellera la Minusma. La France sera présente dans la Minusma, dans cette mission, puisque nous allons affecter 150 militaires, essentiellement des officiers, des sous-officiers et des cadres de l’armée.

Mais parallèlement à cela, la France restera militairement présente au Mali, en gardant un ensemble d’un millier de soldats, permettant d’empêcher la reconstitution des groupes terroristes, et éventuellement de répondre aux demandes de soutien de la force des Nations unies. Nous avons donc laissé ici une force qui pourra éventuellement intervenir, s’il y avait des attaques de certains mouvements, et qui pour l’instant sont résiduels, mais dont il faut empêcher la renaissance.

Vous dites résiduels, mais malgré l’élimination des jihadistes dans l’Adrar des Ifoghas, il reste des menaces sur Kidal, sur Gao, sur Tombouctou. Est-ce que la France n’a pas crié victoire trop vite ?

Non, il y a maintenant simplement des interventions ponctuelles, d’unités très limitées de terroristes peu organisés. Ça fait de l’émiettement. Nous mettrons en place avant la fin de l’année un millier d’hommes, qui s’appelleront « groupe du désert », et qui auront pour mission d’empêcher la reconstitution de ces groupes.

L’attentat de mardi contre l’ambassade de France à Tripoli n’est-il pas le signe que la menace s’est déplacée jusqu’en Libye ?

La menace contre la sécurité de la France était d’abord au Mali. On a bien vu que l’ensemble du matériel que nous avons récupéré dans les différents camps d’entraînement et caches, montrait qu'il y avait là un véritable arsenal qui était destiné à attaquer la France et vraisemblablement l’Europe.

Nos militaires ont mené des actions tout à fait exemplaires, très efficaces, et il est possible que certains éléments se soient dispersés ailleurs. Mais ce qui s’est passé en Libye est une attaque directe contre notre pays. Nous ne savons pas encore l’origine, mais cela montre bien qu’il faut renforcer encore notre détermination à refuser toute forme de terrorisme contre notre pays.

Est-ce que la piste jihadiste n’est pas la plus probable pour Tripoli ?

C’est une hypothèse possible. Mais encore faut-il en être assuré. Pour l’instant, personne ne l’a revendiquée. Nous menons l’enquête. Un juge s’est rendu sur place pour essayer d’identifier l’origine de cet attentat.

Avez-vous pu localiser les otages français qui étaient dans le nord du Mali ces derniers mois ?

Sur cette question, je ne fais jamais de commentaire.

Savez-vous si Mokhtar Belmokhtar est toujours vivant ?

Je n’ai pas d’information plus particulière non plus sur ce point.

Vous allez, lors de votre tournée, être reçu à Ndjamena. L’un des problèmes de la future force de casques bleus, c’est la place des Tchadiens. Ndjamena revendique le commandement militaire des casques bleus. Qu’allez-vous répondre au président Deby ?

Nous souhaitons que les Tchadiens fassent partie de la future force des Nations unies. Ils ont montré leur courage, leur détermination, leur compétence aussi. C’est une force armée structurée, bien organisée. Leur place est donc évidemment au sein de cette force des Nations unies qui va se mettre en place. S’ils demandent à diriger cette force, nous n’y voyons pas d’inconvénient. Mais cette réponse-là ne nous appartient pas directement, mais appartient au secrétaire général des Nations unies. Mais en ce qui nous concerne, nous verrions cette initiative d’un bon œil.

Vous allez appuyer la demande du Tchad auprès de l’ONU ?

C’est tout à fait ça.

Côté politique, la communauté internationale souhaite une élection présidentielle au Mali dès le mois de juillet, mais la Commission électorale à Bamako dit que les délais sont trop serrés. Est-ce qu’il ne faut pas envisager un report ?

Ce n’est pas imaginable. Et je pense que tous ces bruits qui courent sur un éventuel report, mettent en cause tout le travail militaire effectué jusqu’à présent. Et nous sommes tout à fait déterminés à soutenir le gouvernement et le président Traoré dans l’organisation des élections au mois de juillet, car il faut un pouvoir légitime ici.

Techniquement, il est possible d’organiser ces élections, et donc il faut que tout soit mis en œuvre pour que ça se fasse, car il en va de la crédibilité du Mali. Et il en va aussi de la crédibilité de l’action des casques bleus, (...) de la crédibilité de l’action européenne pour la formation de l’armée malienne, ainsi que de la crédibilité de l’intervention française. Donc c’est incontournable pour que le Mali retrouve sa crédibilité internationale.

Mais quand le président français a dit qu’il serait intraitable, beaucoup de gens ont été étonnés par cette formule un peu martiale.

Oui, parce qu’il faut dire les choses fortement ! Les soldats français n’ont pas pris les risques qu’ils ont pris - y compris en laissant sur le territoire malien plusieurs morts - pour qu’on ait une attitude légère avec le processus démocratique.

A Bamako, on ne comprend pas pourquoi l’armée malienne est toujours interdite de présence à Kidal, dans le fief touareg du MNLA (Mouvement national de libération de l'Azawad). Que répondez-vous ?

La première urgence, c’est de faire en sorte qu’il y ait l’ouverture d’un dialogue politique au Mali. Cela passe par des contacts, des discussions qui doivent avoir lieu. La situation politique du Mali ne se règlera pas par de nouveaux combats. Elle se règlera par la compréhension mutuelle. Sinon le Mali va repartir dans une spirale infernale. La position que nous défendons, c’est souhaiter que les autorités maliennes puissent ouvrir des discussions avec tous les éléments, qui aujourd’hui ne sont pas encore intégrés dans le processus de réconciliation nationale. Certes, à la fin de l’histoire, il ne peut pas y avoir deux armées au Mali. Il n’y a qu’un Etat. Il ne peut pas y avoir des groupes armés ne dépendant pas de l’autorité de l’Etat malien. Mais pour arriver à cet aboutissement, il faut ouvrir le dialogue et le faire le plus vite possible. C’était le but de la Commission de la réconciliation.

Ouvrir le dialogue, alors que de leur côté, les Touaregs du MNLA font de la surenchère et ne veulent pas de désarmement ou d’élections à Kidal avant une première négociation...

Il faut ouvrir le dialogue maintenant. Ce dialogue doit être fait entre des éléments qui reconnaissent l’intégrité du Mali et qui ne se reconnaissent pas dans des actions terroristes. C’est urgent de le faire. Ça ne règlera pas, en ouvrant un nouveau conflit. Ce serait dramatique.

Et concrètement, le jour du premier tour de l’élection présidentielle, est-ce qu’il y aura à Kidal des autorités maliennes, des soldats, des gendarmes maliens ?

Ça, c’est aux Maliens de le décider. Mais plus vite le dialogue reprend, mieux tout le monde se porte.


Source;RFI
Noorinfo


              

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