Connectez-vous S'inscrire
Noorinfo

"Je suis obligé d'être sur mes gardes"


Société
Lundi 21 Septembre 2015 - 10:48

Dans la crise des réfugiés en Europe, la Hongrie est devenue une sorte de Lampedusa au cœur du Vieux Continent. Ce pays de 10 millions d'habitants n'avait jamais connu un tel afflux de migrants, ce qui crée une situation presque d'hystérie, comme en témoigne ici Qémal Affagnon, ressortissant béninois vivant à Budapest.


Sur cette photo de téléphone portable, une journaliste proche du Jobbik (extrême droite hongroise) donne des coups de pieds à des migrants.
Sur cette photo de téléphone portable, une journaliste proche du Jobbik (extrême droite hongroise) donne des coups de pieds à des migrants.
Je vis en Hongrie depuis trois ans et demi. Venant du Bénin, ce pays n’était pas pour moi une destination naturelle. J’ai mis le cap sur Budapest pour la raison singulière que ma femme y travaille. Je ne voulais pas que la distance perturbe la vie tranquille de couple à laquelle j’aspirais.
  
J’ai mis le cap sur Budapest pour la raison singulière que ma femme y travaille.
En arrivant fraichement dans le pays, j’ai pu confirmer ce que j’en savais déjà. A savoir que la Hongrie n'est pas véritablement une terre d'immigration car dans le pays le flux migratoire fonctionne à l’envers.

Ce sont plutôt les populations locales qui émigrent vers les autres pays, notamment d’Europe de l’Ouest. Evidemment, on ne saurait nier la présence de populations étrangères sur le sol hongrois. Seulement, cette présence est minime par rapport à la population locale.

Dès lors, l’arrivée des vagues de réfugiés, fuyant notamment la guerre en Syrie, est un bouleversement radical pour le pays. La réaction tant du gouvernement que de la population est à la limite hystérique.
Le gouvernement du Premier Ministre Viktor Orbán est accusé d'attiser les peurs par un recours à une rhétorique xénophobe. Image copyright

D’abord, du côté de la population, l'arrivée en grand nombre de ces étrangers, parfois éduqués, est perçue de façon craintive. Le Hongrois moyen est intimidé à la vue de certains d’entre eux portant quelque fois des vêtements de marque et utilisant des téléphones intelligents.

On est nombreux ici à se laisser scandaliser par le fait que des aides sont distribuées aux migrants tandis ce que la misère affecte une bonne frange de la population.

Rhétorique xénophobe

Parallèlement à cette indignation populaire, le gouvernement hongrois a opté de recourir à une rhétorique virulente et xénophobe. Le discours gouvernemental passe les migrants pour des terroristes qui menacent l’emploi du Hongrois.

Dès le mois de mai, le gouvernement annonçait les couleurs à travers une lettre adressée aux populations et portant bien entendu sur la problématique de l'immigration.
"Les migrants économiques traversent nos frontières illégalement en se présentant comme des demandeurs d'asile", déclarait le gouvernement dans la lettre.

La lettre ajoute : "En réalité, ils viennent profiter des protections sociales et des opportunités de travail qu'offrent nos pays. Il s'agit d'un nouveau genre de menace, une menace que nous devons stopper maintenant."
 
Personnellement, je n'ai pas encore fait les frais de cette montée de tension. Toutefois, il est évident que le pays n’est pas préparé à la situation et je suis obligé d’être quelque peu sur mes gardes.
Pour une importante partie de l’opinion, le scénario qui se joue actuellement en Hongrie se rapprocherait d’un catastrophisme dépeint par l'écrivain Jean Raspail.

Dans son roman Le Camp des Saints publié en 1973, Raspail représente une civilisation occidentale en désintégration, résultante d'une immigration massive.

C’est cette rhétorique de la peur qui alimente les craintes. Et ce sont des craintes entretenues par la croyance que l’afflux de migrants fera exploser la criminalité et l’extrémisme religieux, sur fond d’instrumentalisation des différences culturelles et ethniques.

Sur mes gardes

Il se pourrait que les masses se fassent manipulées afin de choquer les nouveaux arrivants. Et on a pu voir par exemple cette semaine, une journaliste proche du Jobbik (extrême droite) donnant des coups de pieds à des migrants, une scène lamentable et totalement inadmissible.

Pour le moins que je puisse dire, la présente vague de réfugiés modifie et oriente le regard du Hongrois envers l'étranger. Personnellement, je n'ai pas encore fait les frais de cette montée de tension. Toutefois, il est évident que le pays n’est pas préparé à la situation et je suis obligé d’être quelque peu sur mes gardes.

bbc.com/afrique
Noorinfo


              

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Actu Mauritanie | Actualité | Economie | Sport | Culture | Société | Lu sur le web | International | Tribunes | Vu de Mauritanie par MFO | Blogs | videos | A.O.S.A | Communiqué | High-Tech | Politique | Sciences | Insolite | Histoire





Suivez-Nous
Rss
Recherche
En clair
Inscription à la newsletter