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Je ne vous entends plus…


Tribunes
Jeudi 12 Février 2015 - 18:57


Je ne vous entends plus…
Je ne vous entends pas. Je n’ai pas saisi ce que vous dites. Approchez un peu. Vous êtes bien loin que je ne puisse vous entendre. Vous parlez d’une voiture. D’un monsieur égaré. Oui, j’ai entendu, j’ai bien entendu les fracas de la ville, l’autre jour.  J’ai reconnu vaguement ses tintamarres. J’ai cru que c’était un cauchemar. C’était un bout de ville, dites-vous, qui passait sous mon nez. Je n’avais  plus, je n’ai plus, le nez à la ville. 

Qu’elle bourdonnait, la voiture, dites-vous. Tout cela était bien vague, évanescent, tellement, évanescent, que je soupçonnais le cauchemar. J’ai juste récité quelques incantations à mon réveil.  Je me suis rassurée que mes amulettes demeuraient encore accrochées sous mon aisselle. Je n’ai pas cru au bout de la ville. Je n’ai même pas cru à la ville dans son comble d’entièreté. Ce n’est, certes, pas à une portion cacophonique d’elle que je ferais foi. Oui, monsieur, je comprends. Je vous ai bien compris, mais je n’ai plus l’oreille de ville, voyez-vous.  

Un égaré ? Et vous songiez le ramener à un chemin sûr vers la ville ? Y’en a-t-il vraiment, ce chemin. Il avait soif, dites-vous et il ne s’en rendait pas compte. Je vois, il croyait que son problème était lié à la musique. Je vois. J’en ai connu bien quelques-uns. Des âmes simples qui ont soif et qui pensent étancher leur soif par quelques notes de musique. 

C’est quand les soucis déferlent que les solutions se perdent en confusion. Comme votre monsieur égaré, qui croyait pouvoir enterrer sa soif par la musique. 
Vous savez, l’histoire d’égarement est assez complexe. J’ai cessé depuis bien longtemps de m’attarder  ou de réfléchir un seul instant sur les égarements humains. Quand on s’égare, c’est qu’on vient de quelque part. Et qu’on espère rejoindre un autre quelque part. Et qu’on a aussi bien perdu le premier que le second. 

C’est ce qu’on dit. Et dit, comme ça, c’est bien facile. On aime toujours recourir à une solution de facilité. Dire qu’on ne retrouve pas le point A du point B. C’est facile. C’est juste un raccourci de l’égo. Puisqu’on a perdu, quand on perdu, le soi. Il faut d’abord retrouver son soi. Les points demeurent dans leur place. 

C’est le soi, qui s’égare, vacille et plonge dans des pérégrinations sans limites, ni fins. Et lorsque le soi perdu se saisit de quelqu’un il le conduit inéluctablement vers  l’égarement. 

Je connaissais bien ces histoires en ville. Et, je ne pensais pas qu’elles étaient transportables dans le désert. Je croyais sérieusement à des folies propres à la ville. Ah, bon, ils les amènent, jusqu’ici ? Leurs folies. Je dois me concentrer à présent. Laissez-moi, s’il vous plait, je n’arrive plus à vous entendre.  

Mouna Mint Ennas
Source: Rmibiladi
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