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JO : Il faut repenser un modèle olympique menacé par l'affairisme et les mafias


Tribunes
Mardi 14 Août 2012 - 16:24

Avec les affaires de corruption révélées à l'occasion des Jeux d'hiver de Salt Lake City, les scandales des athlètes dopés, de Ben Johnson en 1988 à Kentéris en 2004, les tricheries récurrentes, le service rendu au régime chinois glorifié par les Jeux de Pékin, l'alliance du business et du hidjab à Londres font que le Comité international olympique (CIO) ne connaît pas seulement une crise passagère.


Les anneaux olympiques de Londres
Les anneaux olympiques de Londres
Il s'agit bel et bien d'une crise de fond car elle porte sur les valeurs mêmes du mouvement olympique. Bien sûr, le CIO pourra continuer à pratiquer la politique de l'autruche. Mais bientôt, la controverse gagnera de nouveau avec les Jeux d'hiver de Sotchi 2014. Pour l'heure, les intérêts gaziers et nationalistes de la Russie dans cette région entre Caucase et mer Noire et les investisseurs qui vont édifier un espace touristique combinant subtropicalité et neiges éternelles pensent avoir triomphé des défenseurs de l'environnement et des défenseurs des minorités du Caucase.

Le CIO se retrouve donc au pied de la muraille. Soit il achève sa mue commerciale et se réduit à la simple prestation d'un mégaévénement sportif, soit il se rénove et devient le défenseur des droits de l'homme dans l'espace des sports. Au cas où il se replierait sur des positions conservatrices, le CIO se retrouverait à la merci de n'importe quel consortium capable de lier par contrat d'exclusivité les meilleurs athlètes du monde et les grands médias, et ainsi d'organiser des Universal Games concurrents des Jeux olympiques.

Surtout, il est menacé de gangrène par les mafias qui ont investi un certain nombre de clubs et d'événements sportifs pour y blanchir leur argent, sans parler de la façade des paris sportifs. Il reste une autre voie à explorer. Que le CIO change son mode de recrutement, modifie sa charte, rende ses comptes financiers transparents, et reconsidère la nature même des épreuves olympiques. Pour cela, le CIO devrait d'abord mettre fin à la cooptation de membres issus de familles princières et d'hommes politiques, et de businessmen. Au contraire, il devrait recruter des défenseurs incontestables du sport et des droits de l'homme jusque dans les pays les plus policiers. Les renouvellements à venir au sein du CIO, tout comme l'élection prochaine d'un nouveau président, devraient être l'occasion de faire la démonstration de cette inflexion démocratique.

Il reviendrait aussi au CIO de faire explicitement référence dans la Charte olympique à la Déclaration universelle des droits de l'homme adoptée en 1948. Enfin, en assurant une mission de promotion sportive des droits de l'homme dans le monde, les dirigeants du CIO permettraient aux athlètes d'être dégagés du poids des régimes dictatoriaux pour devenir de véritables ambassadeurs des libertés.

Les Etats des cités-hôtes, et surtout les millions de sportifs licenciés de par le monde, sont en droit d'exiger du CIO et des comité nationaux olympiques qui le représentent dans les Etats une authentique transparence de leurs comptes financiers. Il ne s'agirait pas d'un simple audit réalisé par une de ces officines privées dont la crise a montré toutes les limites, mais d'une expertise conduite par les représentants d'un organisme qui reste à inventer.

Sur le modèle de l'Agence mondiale antidopage (AMA), c'est-à-dire composée à parité des représentants du mouvement sportif et des Etats, une telle agence mondiale anticorruption dans le sport (Amacs) jouerait le rôle de gendarme financier du sport mondialisé. Elle aurait dans son champ de responsabilité non seulement la lutte contre les paris illégaux, mais encore un rôle de barrage contre la remontée des mafias dans les instances sportives nationales et internationales.

Un nouveau modèle compétitif doit être mis en place, fondé sur la compétition émulative, c'est-à-dire l'amélioration de soi-même grâce aux autres, plutôt que sur la compétition sélective qui s'opère au détriment des autres. Quelle plus belle image de fraternité et d'entraide pourrait offrir le CIO en promouvant, par exemple, de nouvelles épreuves mixtes en athlétisme et natation sous la forme de relais avec six compétiteurs associés, trois hommes et femmes, appartenant deux à deux aux catégories valides, handisport, seniors (plus de 50 ans) ! Gageons que l'olympisme du XXIe siècle, celui repensé par le futur successeur de Jacques Rogge, puisse devenir un idéal au service du progrès humain et des libertés ! Plutôt qu'un leurre médiatique et idéologique.

Par Patrick Clastres, chercheur rattaché au Centre d'histoire de Sciences Po
Pour lemonde.fr
Mamoudou Kane


              

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