Connectez-vous S'inscrire
Noorinfo

J’ai pris un thé ce matin avec le président…


A.O.S.A
Jeudi 15 Mai 2014 - 20:39


J’ai pris un thé ce matin avec le président…
La veille je reçois un coup de fil d’un homme d’affaire deymani grâce auquel jadis j’ai connu la maison des artistes. Mécène, collectionneur, ami des arts, personnage multiple, cultivé comme un marabout assis sur plusieurs cultures, c’est chez lui d’ailleurs que je m'étais marié devant Dieu et quelques sommités du fiqh de l’université. Autant dire quelqu’un de chez moi en qui j’ai pleine confiance. Je lui devais une visite de longue date mais plongé que je suis dans le monde virtuel, j’en perds quelquefois le sens des réalités comme autant de convenances.
 
Là, il m’appelle et me dit qu’il passe me chercher demain car il sera certainement dans le quartier. C’est ainsi qu’en cette belle matinée me suis-je retrouvé dans sa voiture direction sa demeure digne du personnage à savoir un charmant lieu d’espace et de culture. Après m’avoir servi comme un invité de marque tout ce que devait contenir le frigidaire pour prendre un petit déjeuner de prince, le voilà qui se lève avec assez d’assurance pour m’inviter à le suivre sans trop poser de question car j’ai bien compris qu’il n’était pas venu me chercher pour rien…
 
Nous revoilà dans la voiture à bavarder quand soudain, il freine devant une maison avec un gardien en tenue. J’ai cru au départ qu’on était arrivé dans une direction quelconque où il devait prendre un papier puis comme il m’a dit de le suivre vu qu’il en aurait pour quelque temps, je suis descendu comme un talibé suivant son marabout.
 
Dès que j’ai mis les pieds dans le jardin, j’ai compris le guet-apens sans trop savoir où j’allais. Je me suis dit qu’il me traîne chez un de ses multiples amis qui sont à chaque fois de sacrés personnages que très peu d’étrangers ni de mauritaniens rencontrent car ils vivent souvent entre happy few au milieu des livres, du coran et de l’art. On reconnaît ces intellectuels mauritaniens à leur air affable, ce sourire bienveillant à toute épreuve et ce teint qui ne voit que rarement le soleil.
 
Mais ce n’est qu’en franchissant la porte qui donne dans la maison que j’ai compris que je n’étais pas chez n’importe qui car tout de suite on sent le bon goût dans la manière de mixer les tableaux et les meubles où contrairement à l’affreux décor des bourgeois, on ne voit rien qui brille sinon de l’éclat des choses faites pour bien vieillir à savoir les bois nobles et les tissus frais.
 
Mon marabout tourna à droite comme chez lui et je suis resté en retrait le temps qu’on m’annonce…
 
C’est là qu’entendant mon nom comme une prière, j’ai décidé de rejoindre la musique conviviale. J’ai alors regretté à la seconde ma tenue de boutiquier vendeur de dheun car je portais une djellaba de médiocre facture qui bien qu’étant neuve n’arrangeait en rien le reste de la combinaison car on voyait à mes pieds le bas d’un pantalon africain assorti de sandales en plastique dont j’étais seul à savoir que ce n’était pas ne’al riyeu mais d’authentiques sandales japonaises. 
 
Imaginez ma surprise quand je me suis retrouvé en entrant face à Ahmed Ould Daddah qui ne semblait pas étonné de me voir vu qu’à aucun moment mon marabout ne l’avait appelé devant moi pour le prévenir de notre arrivée. D’abord je n’ai pas reconnu mon compagnon de voyage parti de Dakar car il semblait rajeuni par ce grand sourire au milieu de ses amis. C’était quelqu’un d’autre qui n’a rien à voir avec le AOD qu’on voit en public très tendu, raide et même un peu sec. Avec lui, m’attendait un autre homme aussi affable qui a dû attraper la grippe qui circule actuellement vu qu’il portait des chaussettes.
 
De l’autre côté de ce diwan respectable, confortablement affalés dans l’autre style du salon, deux hommes certainement célèbres mais qui ne me disaient rien du tout. L’un portait une moustache que seul Aziz pourrait apprécier à sa juste valeur, quand l’autre, dont je n’ai vu que le profil, ne portait que l’expression des salons vu le regard averti avec lequel ils attendaient d’être salués.
 
Nous nous sommes installés de l’autre côté du salon, la partie occidentale, plus formelle. Là j’ai eu l'opportunité inouïe d’écouter les amis parler de poésie d’arabe du 7ème siècle avec maître Daddah, que j’appelle maître pour l’expression car il est maître en beaucoup de choses, qui récitait des passages à peine audibles pendant que mon marabout appréciait le trait en cherchant en vain dans sa mémoire de quoi achever un vers avant qu’il ne soit manifeste qu’il n’y connaissait rien ! Ce qui semblait ravir l’autre témoin de cette scène car entre gens de savoir, prendre l’autre en défaut est une forme d’humour entre frères.
 
Il va de soi que pendant tout cet échange entre amis, je n’ai moi soufflé le moindre mot, ce qui aurait pu paraître pour du respect si ces marabouts avertis ne savaient pertinemment que je ne saisissais pas une goutte d’arabe sans savoir que cela ne m’a jamais empêché de ne pas perdre une miette de l’harmonie. D’ailleurs ces courtois personnages, me l’ont fait suffisamment remarquer en me demandant régulièrement si je connaissais tel ou tel mot en hassanya, m’obligeant à chaque fois à répondre : pas du tout ! 
chezvlane


              

Actu Mauritanie | Actualité | Economie | Sport | Culture | Société | Lu sur le web | International | Tribunes | Vu de Mauritanie par MFO | Blogs | videos | A.O.S.A | Communiqué | High-Tech | Politique | Sciences | Insolite | Histoire





Suivez-Nous
Rss
Recherche
Inscription à la newsletter
Les + populaires