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Israël/USA : L'intense lobbying de l'AIPAC


Lu sur le web
Jeudi 21 Mars 2013 - 14:35

Quelques jours avant le voyage du président Obama en Israël, l'AIPAC a tenu sa conférence annuelle autour des dangers qui menacent l'Etat hébreu. Ha'Aretz brosse le portrait d'un groupe de pression sans états d'âme.


Conférence de l'AIPAC le 3 mars dernier à Washington. Photo : AFP
Conférence de l'AIPAC le 3 mars dernier à Washington. Photo : AFP
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Quelles que soient vos convictions politiques - que vous considériez Israël comme pacifiste ou belliciste, agressé ou agresseur, victime ou persécuteur, héros ou vilain, saint ou pécheur -, la conférence annuelle de l'AIPAC [American-Israeli Public Affairs Committee, organisation américaine de lobbying en faveur d'Israël] est un événement qu'on ne peut ignorer et un spectacle fascinant qui mérite d'être vu.

Difficile de dire ce qui était le plus impressionnant : l'ampleur de l'événement, la présence de plusieurs milliers de personnes, le professionnalisme de l'organisation, la perfection de l'exécution, la beauté des feux d'artifice ou le nombre ahurissant de responsables et de parlementaires américains qui ont assisté à l'événement et manifesté du même coup leur soutien global, inconditionnel et sans équivoque au gouvernement israélien et à ses politiques.

Si l'AIPAC n'est peut-être pas la cabale toute-puissante qui influence toutes les politiques américaines, il s'agit cependant d'un formidable "superlobby" politique, pour reprendre l'expression employée par J.J. Goldberg dans son remarquable ouvrage Jewish Power: Inside The American Jewish Establishment [Le pouvoir juif : au cœur de l'establishment juif américain].

L'AIPAC, avocat de la défense

En assistant à l'événement, qui s'est déroulé début mars à Washington, on comprend mieux ce que l'organisation a d'"intimidant". Il faut cependant d'abord se rappeler que l'AIPAC est un groupe de lobbying. Sa vocation est de défendre Israël et de promouvoir ses intérêts tels que définis par le gouvernement israélien à Jérusalem et par les dirigeants de l'organisation aux Etats-Unis.

L'AIPAC n'est pas un observateur objectif, un témoin appelé à la barre ou un juge impartial. L'organisation joue plutôt le rôle d'avocat de la défense. Comme lui, elle n'a aucune obligation de dévoiler les deux versions de l'histoire. Et comme lui, elle tente d'attirer l'attention sur les éléments favorables à son client et de dissimuler ceux qui pourraient jouer contre lui.

Il n'est dès lors pas étonnant que les sessions plénières et les tables rondes qui ont eu lieu dans le cadre de la conférence aient été consacrées à composer un tableau négatif des rivaux et des ennemis d'Israël tout en ignorant les défauts de l'Etat hébreu lui-même, et à mettre l'accent sur la répression et l'instabilité dans les pays arabes et musulmans tout en occultant les éléments inconvenants pouvant entacher l'image de cette "démocratie unique" qu'est Israël. Les termes de terroriste, de djihad et de nucléaire ont été employés à maintes reprises, tandis que ceux de colonies, d'occupation et de droits de l'homme ont à peine été entendus, s'ils ont même été prononcés.

Minimiser les conséquences de l'occupation

Le thème récurrent était l'existence d'un danger clair et réel, d'une menace existentielle imminente, d'un Holocauste potentiel en préparation. La thématique, facilement identifiable, a été reprise tant par les leaders de l'AIPAC que par les orateurs invités :

John McCain a dit que la situation était plus dangereuse aujourd'hui qu'elle ne l'avait jamais été depuis la naissance du pays ; le vice-président Joe Biden a décrit la délégitimation d'Israël comme la principale menace guettant l'Etat hébreu depuis 40 ans ; et le directeur général de l'AIPAC Howard Kohr a encouragé ses délégués à colporter l'idée selon laquelle Israël est menacé par un cataclysme et que cette menace pourrait ne jamais disparaître : "Ce n'est pas un spasme qui s'estompera de lui-même. Après le séisme, il pourrait y avoir un tsunami, une vague de radicalisation, des réactions de rage dirigées contre les ennemis de toujours : Israël et les Etats-Unis."

Selon les standards israéliens, l'AIPAC est, presque par définition, une organisation de droite. Si ses leaders mettent tout en œuvre pour conserver le soutien des deux grands partis aux Etats-Unis, le principal message du groupe correspond toutefois parfaitement à la vision du monde de la droite israélienne.

Celle-ci définit en effet le monde selon le même principe manichéen du "qui n'est pas avec nous est contre nous" ; met exclusivement l'accent sur les noirs desseins des rivaux et des ennemis de l'Etat juif ; minimise les conséquences de l'occupation en allant parfois jusqu'à en nier l'existence ; et considère toute critique extérieure comme de l'antisémitisme et toute critique intérieure comme une manifestation de haine de soi ou pire encore.

La conception du monde des membres de l'AIPAC ne fait aucune place à l'auto-critique de la gauche israélienne face aux actions et aux politiques annexionnistes du gouvernement, aux injustices de l'occupation ou au coût pratique et moral qu'il fait payer à l'ensemble de la société israélienne.

Ceux qui partagent les préoccupations de la gauche israélienne, s'ils sont le moindrement actifs, se sont déjà tournés vers J Street, [le lobby rival pro-israélien et pro-paix]. C'est dans ce contexte que les propos du président Obama rapportés par le journaliste Jeffrey Goldberg et selon lesquels "Israël ne sait pas ce qui est bon pour lui" méritent réflexion.

Une vision du monde essentiellement pessimiste

Cette inévitable inclinaison à droite et le malaise des membres de l'AIPAC face au gouvernement d'Obama étaient palpables tout au long de la conférence, notamment dans la force des applaudissements qui accueillaient les critiques à peine voilées des politiques de l'administration américaine. Mais aussi dans la place accordée à la controverse autour de la nomination de Chuck Hagel comme secrétaire à la Défense [considéré comme anti-israélien] dans les bavardages entendus dans le village de l'AIPAC créé pour l'occasion au palais des Congrès de Washington. Et dans la part croissante de Juifs orthodoxes pro-colons parmi les délégués.

Ils étaient par ailleurs étayés par la présence importante de groupes tels que celui des Chrétiens unis pour Israël (Christians United for Israel, CUFI), qui est non seulement pro-israélien, mais aussi résolument pro-conservateur et anti-Obama. Et ils étaient, enfin, mis en évidence par les thèmes abordés et la liste des orateurs invités, une belle brochette de conservateurs de droite agrémentée de quelques centristes représentant la gauche.

L'AIPAC n'est pas non plus un club de débats. C'est une organisation ayant une vocation précise. Ses membres ne cherchent pas à rédiger des thèses de doctorat ou à prendre part à des discussions ouvertes sur le sujet. Si certains d'entre eux connaissent bien les tenants et les aboutissants du conflit palestinien ou du processus de paix israélo-palestinien, ils sont nombreux à les méconnaître, en particulier parmi l'impressionnante masse d'étudiants universitaires venus à Washington pour assister à l'événement.

Pour eux, la conférence annuelle de l'AIPAC est à la fois un happening social et un rassemblement ayant pour but de motiver les troupes. Et les points à l'ordre du jour, soigneusement élaborés et approuvés par les dirigeants de l'AIPAC, sont les arguments qu'ils devront utiliser, sans poser de questions, pour persuader les critiques et faire pression sur les législateurs.

Si l'AIPAC est si puissante et influente, c'est en grande partie parce qu'elle représente la vision du monde essentiellement pessimiste partagée par de nombreux Juifs américains - du moins parmi ceux qui sont impliqués auprès d'Israël -, y compris par des démocrates qui ont voté pour Obama parce qu'ils étaient en accord avec lui sur les questions nationales, mais qui s'inquiètent aujourd'hui de son attitude envers l'Etat juif.


Chemi Shalev
Pour Ha'Aretz
Lu sur courrier international
Mamoudou Kane


              

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