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Iran, Palestine : Obama réélu sera-t-il plus audacieux ?


International
Vendredi 2 Novembre 2012 - 17:00

J - 4. Le mandat du président démocrate a été marqué par ses rétropédalages sur le conflit israélo-palestinien et le nucléaire iranien. Analyse.


Le candidat Obama, lors d'un meeting électoral, le 27 octobre dernier, dans le New Hampshire. © Chip Somodevilla / AFP
Le candidat Obama, lors d'un meeting électoral, le 27 octobre dernier, dans le New Hampshire. © Chip Somodevilla / AFP
C'était incontestablement le fait marquant de son début de mandat. 4 juin 2009 : pour son premier déplacement dans le monde arabe, Barack Obama prononce en Égypte un discours prônant un "nouveau départ entre les musulmans et les États-Unis". Devant 3 000 personnes réunies à l'université du Caire, et 1,5 milliard de téléspectateurs et internautes musulmans, le président démocrate affirme que la colonisation israélienne dans les territoires palestiniens doit cesser. Il en profite pour exprimer son souhait de voir naître un État palestinien, aspiration "légitime" selon lui.

Or, trois ans plus tard, le processus de paix est au point mort. En septembre 2011, Obama s'est même opposé à la demande palestinienne d'admission à l'ONU. La même année, les États-Unis ont opposé leur veto à une résolution de l'ONU qui rappelait le caractère illégal de la colonisation. "Il s'est avéré que les grandes idées du premier mandat Obama n'étaient que de la communication", estime Jean-François Legrain (1), chercheur au CNRS-IREMAM. "En renouvelant la mission du général Keith Dayton en tant que coordinateur pour la sécurité avec Israël et l'Autorité palestinienne, Barack Obama n'a montré aucune volonté de rupture avec la législature de George W. Bush", ajoute le spécialiste du Proche-Orient au Point.fr.



Les contradictions d'Obama

Comment expliquer cette contradiction ? "Obama peut vouloir trouver une solution au conflit, mais il ne faut pas oublier qu'il est pris dans une structure", souligne au Point.fr François Nicoullaud (2), ancien ambassadeur de France en Iran. "Le président démocrate demeure paralysé par la pression du Congrès américain, dominé par les républicains, et travaillé par les lobbies pro-Likoud (parti de droite au pouvoir en Israël, NDLR)", ajoute le diplomate. Pour la politologue Alexandra de Hoop Scheffer (3), directrice du German Marshall Fund of the United States-France, Barack Obama a clairement peiné à affirmer son leadership sur le dossier israélo-palestinien. "Outre les raisons de politique intérieure, ce constat s'explique par les divisions intrapalestiniennes et l'intransigeance de Benyamin Netanyahou", estime pour le Point.fr la spécialiste de la politique étrangère des États-Unis.

En raison de la grande proximité entre Américains et Israéliens, additionnée à des intérêts politiques convergents au Moyen-Orient, un président américain n'a pas intérêt à afficher des divergences avec Israël, notamment en période électorale. Justement, en cas de second mandat, Barack Obama, débarrassé du souci d'être réélu, pourrait-il avoir les coudées franches et imposer ses propres vues sur le conflit israélo-palestinien ? "Les coudées franches, oui. Un changement politique, certainement pas", analyse pour sa part Justin Vaïsse (4), chercheur à la Brookings Institution de Washington (Center on the US and Europe).



Le fiasco israélo-palestinien

"Il est évident qu'en cas de réélection Barack Obama bénéficiera d'un capital politique important, ce qui peut lui permettre de prendre plus d'initiatives en politique étrangère, estime le spécialiste des États-Unis. Mais il est hors de question pour lui de dilapider ce capital dans une entreprise vouée à l'échec." D'ailleurs, d'après Zalman Shoval, ancien ambassadeur d'Israël aux États-Unis interrogé par Le Point.fr, "Obama a admis que son approche sur le dossier était une erreur : si cette question ne peut être résolue rapidement, pourquoi donc s'aventurer dans un dossier qui se soldera par un fiasco". Et celui-ci est fait pour durer.

Cela fait deux ans que les négociations entre gouvernements israélien et palestinien sont bloquées. Pendant ce temps, la colonisation des territoires palestiniens se poursuit inexorablement, en toute illégalité. Et ce n'est pas la perspective de la réélection, en janvier prochain, d'un Benyamin Netanyahou renforcé par son alliance avec la droite ultranationaliste d'Advigdor Lieberman qui risque de changer la donne. Pour Jean-François Legrain, "la communauté internationale a atteint ce qu'elle cherchait sur ce dossier : réduire le conflit à son plus bas niveau de violence sans pour autant le résoudre". Ainsi, le dossier israélo-palestinien ne compte plus autant sur la scène internationale.



Menace iranienne

La dernière Assemblée générale de l'ONU l'a prouvé. Le conflit israélo-palestinien a été totalement éclipsé, en faveur de la menace nucléaire iranienne. Obama y a rappelé que les États-Unis feraient "ce qu'ils doivent faire" pour empêcher l'Iran d'obtenir la bombe atomique. "Un Iran doté de l'arme nucléaire (...) ferait peser des menaces sur l'existence d'Israël, sur la sécurité des pays du Golfe et sur la stabilité de l'économie mondiale", a-t-il martelé, tout en rappelant : "L'Amérique veut résoudre ce dossier par la diplomatie et nous pensons qu'il y a encore le temps de le faire. Mais ce temps est limité."

Un discours bien plus ferme que celui affiché en début de mandat. Le 20 mars 2009, le président démocrate "tend la main" aux dirigeants iraniens, assurant que son gouvernement est déterminé à "rechercher un dialogue honnête et fondé sur le respect mutuel". "L'administration Obama est celle qui a le plus sanctionné l'Iran", rappelle François Nicoullaud. Pendant ce temps, la République islamique poursuit son enrichissement d'uranium, qui peut aboutir à la création de la bombe atomique.



Aversion Obama-Netanyahou

L'imminence de la menace iranienne a donné lieu en septembre dernier à une rare passe d'armes entre Barack Obama et Benyamin Netanyahou. Convaincu que la République islamique cherche à atteindre une "zone d'immunité", stade à partir duquel elle aura suffisamment de centrifugeuses protégées pour enrichir de l'uranium en toute sécurité, le Premier ministre israélien a appelé publiquement le président démocrate à adopter une ligne rouge, à partir de laquelle les deux alliés attaqueraient ensemble les installations nucléaires iraniennes.

Craignant au contraire qu'une telle intervention n'enflamme la région, Barack Obama, qui a encore promis récemment qu'il ne laisserait pas l'Iran se doter de la bombe sous son mandat, estime qu'il agira militairement au moment où les dirigeants iraniens décideront d'assembler l'arme. Pas avant. Une différence de point de vue qui s'est transformée en querelle diplomatique, lorsque le président américain a refusé en septembre de recevoir le Premier ministre israélien, en marge de l'Assemblée générale de l'ONU. Barack Obama, qui ne cache plus son aversion pour le chef du gouvernement israélien, pourrait-il se montrer plus sévère envers lui en cas de réélection ?



Surprise d'octobre !

"Il n'y aura pas de revanche d'Obama sur Netanyahou en cas de second mandat", assure Zalman Shoval. Si l'ancien ambassadeur israélien à Washington admet que les temps n'ont pas toujours été faciles entre les deux hommes, il rappelle le "roman d'amour" en cours entre les deux pays, en raison d'intérêts stratégiques à jamais convergents. "Les deux hommes devront travailler plus étroitement ensemble, insiste l'ancien diplomate. De toute façon, Netanyahou va être encore là pour quatre ans."

Ce mois d'octobre a toutefois été marqué par un rebondissement inattendu. D'après le New York Times, qui cite des "responsables de l'administration Obama" sous le couvert de l'anonymat, un accord aurait été trouvé entre les États-Unis et l'Iran pour de futures négociations directes sur le programme nucléaire iranien. Mais à Washington comme à Téhéran, un tel deal a été immédiatement démenti. "Il y a bien eu des discussions entre de hauts membres du cabinet du Guide suprême iranien, dont Ali Akbar Velayati, et des responsables américains à Doha (Qatar)", assure pourtant au Point.fr Mohammad-Reza Heydari, ancien consul de l'ambassade d'Iran à Oslo, qui a fait défection au régime en janvier 2010.



Négociations Washington-Téhéran

"La publication de cette information était importante pour le camp démocrate à la veille de l'élection, pour prouver que sa politique de sanctions envers l'Iran fonctionne, car elle a abouti au retour des Iraniens à la table des négociations." Interrogé par Le Point.fr, un diplomate iranien en poste ne cache pas la volonté de ses dirigeants de discuter directement avec les Américains, quitte à laisser de côté les négociations infructueuses entre l'Iran et les cinq grandes puissances plus l'Allemagne (les "5 + 1", NDLR). Toutefois, l'Iran souhaiterait intégrer aux discussions d'autres problématiques régionales, comme la crise en Syrie ou la répression menée à Bahreïn.

"En cas de réélection, Obama disposera d'un capital politique supplémentaire lui permettant de manoeuvrer dans des négociations avec l'Iran", estime enfin Ali Vaez, analyste spécialiste de l'Iran à l'International Crisis Group. "Mais cela ne signifie pas qu'il est prêt à modifier radicalement la position américaine vis-à-vis de Téhéran, ni à faire des compromis sur les questions fondamentales." "Il existe toujours, au cours de la dernière année du second mandat d'un président américain, une tentation d'être celui qui a réussi à rétablir la paix", note Célia Belin (5), docteur en sciences politiques à l'université Panthéon-Assas. "Mais cela ne s'est jamais traduit dans les faits."

Par ARMIN AREFI
Source
: Le Point


(1) Jean-François Legrain, chercheur au CNRS/IREMAM (Institut de Recherches et d'Études sur le Monde Arabe et Musulman).

(2) François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Iran, auteur de Le turban et la rose : journal inattendu d'un ambassadeur à Téhéran (Éditions Ramsay).

(3) Alexandra de Hoop Scheffer, auteur de Hamlet en Irak (CNRS Éditions).

(4) Justin Vaïsse vient de publier Barack Obama et sa politique étrangère (2008-2012) (Éditions Odile Jacob).

(5) Célia Belin, auteur de Jésus est juif en Amérique. Droite évangélique américaine et lobbies chrétiens pro-Israël (éditions Fayard, 2011).
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