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Irak: comment un chiite reconnaît-il un sunnite?


Lu sur le web
Dimanche 26 Février 2012 - 11:24

Il y a peu de signes extérieurs, mais le prénom, la région d'origine ou encore le quartier d'habitation peuvent être des indices.


- Des pèlerins lors de célébrations religieuses à Kerbala en Irak le 8 mars 2007, REUTERS/Thaier Al-Sudani -
- Des pèlerins lors de célébrations religieuses à Kerbala en Irak le 8 mars 2007, REUTERS/Thaier Al-Sudani -
Le 27 janvier 2012, une voiture piégée explose sur le passage d’un cortège funéraire chiite en Irak. Bilan: 31 personnes tuées et 60 blessées, selon les autorités. Depuis le départ des derniers soldats américains le 18 décembre 2011, les affrontements et attentats entre chiites et sunnites se multiplient au sein de cette population de 32 millions d’habitants dont on estime que 60% sont chiites et 30% à 40% sunnites (même si aucun recensement officiel n’a été réalisé depuis la fin des années 1950). Ce qui fait craindre à certains l’horizon d’une guerre civile. Sunnites et chiites irakiens s’entretuent, mais comment font-ils pour se reconnaître?

Il n’est pas plus facile à un sunnite irakien de reconnaitre un chiite irakien qu’à un catholique français de reconnaitre un protestant français. Ni leur apparence, ni leurs vêtements, ni même leur nom ne leur permet de s’identifier à coup sûr.

Ethniquement, sunnites et chiites d’Irak sont majoritairement tous arabes. De nombreux chiites d’Irak se sont convertis au chiisme assez récemment, entre les XVIIIe et XIXe siècles. D’autres descendent de familles d’origine perse installées en Irak entre les XVIIe et XVIIIe siècles, notamment autour des lieux saints chiites, mais dont beaucoup ont été expulsées par le régime de Saddam Hussein à partir des années 1970.

Géographie

La province ou région d’origine peut constituer un premier indice quant à l’appartenance confessionnelle de ses habitants. Ainsi, les deux villes saintes du chiisme, Najaf et Karbala, sont exclusivement peuplées par des chiites.

Le sud de l’Irak est aussi essentiellement chiite, avec quelques poches sunnites en son sein comme, par exemple, dans la ville de Bassora qui a toujours été pluriconfessionnelle et cosmopolite. En revanche, les provinces centrales du pays sont essentiellement sunnites, et les forces américaines les ont d’ailleurs souvent qualifiées de «Triangle sunnite», incluant Bagdad au sud, Baqouba à l’est, Ramadi à l’ouest et s’étendant jusqu’à Tikrit au nord. Les villes de Samarra et Fallouja en font également partie.

Jusqu’en 2003, la règle était plutôt à la mixité démographique dans de nombreuses zones du pays. Mais désormais, le quartier peut constituer un second indice d’appartenance religieuse. En 2006, un véritable «nettoyage confessionnel» a eu lieu après la destruction d’un mausolée saint chiite à Samarra qui a provoqué une division sans précédent entre Irakiens, ainsi que de nombreux déplacements internes de populations. Bagdad s’est scindée entre quartiers chiites et sunnites où la guérilla et les milices ont fait régner la terreur pendant de longs mois.

Pour l’essentiel, la tenue des uns et des autres ne les distingue pas vraiment non plus. La principale différence se situe chez les chefs religieux: port du keffieh pour les sunnites et du turban pour les chiites. Mais même ceci n'est pas une règle dans le sunnisme, puisque les écoles inter-sunnites n'ont pas toutes les mêmes préconisations.

Hussein ou Omar

Autre indice: le prénom. Il est commun que les chiites choisissent ceux d’Ali (cousin et gendre du Prophète Mahomet) et d’Hussein, son fils mort en martyr en 680. Deux personnages que les chiites continuent à vénérer.

Les sunnites eux peuvent s’appeler Omar, Abu Bakr ou Yazid, ce dernier prénom étant justement celui du calife omeyyade sunnite responsable de la mort d’Hussein. Choisir l’un de ces prénoms peut faire montre –mais ce n’est pas automatique– de son identité confessionnelle car ils renvoient à l’origine même du conflit qui oppose chiites et sunnites sur un plan théologique: la succession du Prophète Mahomet, mort en 632 après J.C. et autour de laquelle les premiers musulmans se sont divisés.

Si l’on aborde les fondements théologiques, la différence est alors nette. Les sunnites souhaitent que ce soit l’un des compagnons du Prophète qui prenne la direction de la communauté des croyants (le califat) tandis que les chiites considèrent que cette charge revenait de droit à Ali, cousin et gendre du prophète de même qu’à ses descendants que le Prophète aurait nommément désignés. Cela traduit deux approches différentes de l’autorité, selon que l’on soit sunnite ou chiite.

Cette différence est subtile, mais perceptible par les connaisseurs, tout comme par exemple celle qui existe entre catholiques et protestants: les premiers insistant plus sur l’observance des rituels dispensés par l’Eglise dont l’autorité apostolique remonterait au Christ, les autres préconisant plutôt la responsabilité individuelle vis-à-vis de Dieu.

Les mosquées sunnites et chiites sont identiques mais les professions de foi sont différentes: «Je déclare que Dieu est unique et que Mahomet est son Prophète» disent les sunnites; une phrase reprise par les chiites qui ajoutent «….et Ali est le sujet d’Allah» (ou «l’ami d’Allah» ou le «dépositaire» d’Allah: la traduction et le sens du terme font encore débat à ce jour). Appelant à la prière du haut du minaret, le muezzin prononcera donc l’une ou l’autre de ces deux professions de foi selon que la mosquée est sunnite ou chiite.

Ariane Bonzon
Pour slate.fr
Mamoudou Kane


              

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