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Intolérance : Retour vers le passé à la CUN


Actu Mauritanie
Mardi 25 Février 2014 - 18:53

Alors que les Mauritaniens s’attendaient à voir à l’œuvre une jeune présidente de la Communauté Urbaine de Nouakchott moderne et ouverte, les voici devoir affronter une militante « effrontée » de l’extrémisme linguistique pour ne pas dire identitaire. Vu sa jeunesse et sa vie estudiantine exemplaire, personne ne s’attendait à voir Mme Matty Mint Hamady commencer son mandat par une plongée, tête baissée, dans la question de la langue en Mauritanie. Ayant pourtant toujours été considérée comme une femme évoluée et démocrate, voici qu’elle décide de couper le Rubicon en tranchant pour un courant au détriment d’autres. Un acte que beaucoup qualifient de « pernicieux ».


Intolérance : Retour vers le passé à la CUN

En effet, la première magistrate de la ville a étonné plus d’un mauritanien pour avoir signé une circulaire interdisant, systématiquement, l’utilisation du français dans tous les actes de la CUN. La brillante énarque de Paris, la magistrate à la Cour suprême, la parfaite bilingue se barricade derrière des convictions idéologiques pour briser un compromis de facto toujours de vigueur depuis belle lurette dans ce pays.
En fouettant le « monstre » linguistique, véritable suppôt de l’idéologie chauvine et raciste, Matty jette un pavé dans la mare. Soulevant un tollé qu’elle aurait pu éviter, elle se retrouve en plein cœur d’une polémique qui risque de compromettre tout sur la scène publique ; pourquoi pas, jusqu’au Président Ould Abdel Aziz qui aurait pu se passer d’un tel inextricable débat à quelque mois d’une élection tant risquée.

Au lieu donc de faire face, avec patience et détermination, aux défis qui l’attendent et qui sont loin de se résumer à l’esprit de l’article 6 d’une constitution qui est loin d’être consensuelle, car n’ayant jamais fait l’objet du moindre débat afin d’être considérée, réellement, comme le pacte social liant les Mauritaniens, Matty se fourvoie dans une fougue idéologique qui frise l’infantilisme.

En fait, même si la constitution de Ould Taya, rédigée par des proches du courant nationaliste arabe, seuls, proclame l’arabe comme langue officielle du pays, les faits demeurent têtus : le français est aussi une langue de l’administration. N’en déplaise aux extrémismes du chauvinisme qui mettent la langue arabe en avant pour pouvoir mieux marginaliser, exclure et discriminer les lettrés et autres intellectuels de ce pays qui sont, majoritairement, formés en français.

Matty trouve-t-elle, peut-être, que la CUN de Hamza comptait trop de cadres francophones, aussi bien Beïdanes que Négro-mauritaniens. Pour s’en débarrasser, elle introduit l’exclusivité de l’arabe comme seule et unique langue de travail !
Fille d’un nassériste connu, elle-même « sponsorisée » par les adeptes et militants de cette mouvance, y compris au sein de l’armée, Mint Hamady n’a jamais dit à ses électeurs qu’elle allait régler les problèmes de la ville de Nouakchott avec la baguette magique d’une langue. Ici, ce sont des solutions rapides et efficientes qui importent. Ce sont les actes qui comptent. Pas la langue dans laquelle ils sont formulés ou rédigés.

Ce ne sont pas forcément par des correspondances rédigées « uniquement en arabe » que les rues seront propres, que les écoles seront suffisamment équipées, que les marchés seront ordonnés, que les populations auront accès à l’habitat, à l’eau potable, à l’électricité, à la santé et à des moyens de transport dignes de ce nom !
Les habitants de Nouakchott qui l’ont investie ne cherchaient pas une militante d’une mouvance ou l’héritière d’une cause, à la limite compréhensible, mais une bonne gestionnaire qu’est sûrement Mint Hamady. Et en faisant de cette focalisation sur la langue son premier acte majeur, près d’un mois après son investiture, elle grippe la machine, sème le doute dans l’esprit de certains de ses électeurs d’hier et administrés aujourd’hui.

Pire, elle ouvre, très tôt, la porte aux tiraillements entre adeptes de sensibilités, d’idéologies et de « régions » au sein même de son institution, ce qui sera un frein à la sérénité et à la cohésion qui doit être de mise dans la poursuite de la grandiose œuvre de Hamza. Ce dernier avait pourtant hérité d’une CUN qui avait toujours été gérée par des arabisants qui ont eu la tolérance et l’ouverture d’esprit de travailler dans les deux langues utilisées dans le pays. Et personne n’y avait trouvé à redire.

A supposer que demain, son bilan, ne sera évalué qu’en fonction de sa fidélité à l’idéologie de Papa, Matty risque de tomber très bas ! Non pas en termes de réalisations, mais en termes d’image. La gentille femme qu’elle est ne devait pas accepter d’être associée à une œuvre d’exclusion d’une importante partie des populations instruites dans la langue française en Mauritanie.

Elle ne devait non plus pas réveiller le démon idéologique qui a coûté à la Mauritanie tant d’années perdues, de vie sacrifiées, de sentiers jamais achevés. Bref, elle devait se dire qu’elle n’était pas la prophétesse d’un courant idéologique « sectarisé », mais dépassé par le temps et vaincu par l’histoire dans son pays de naissance même !

Amar Ould Béjà
Pour L'authentique

Mamoudou Kane


              

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