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Interview Ba Mohamed El Kébir – Président de la Commission des équipes nationales à la FFRIM


Sport
Dimanche 4 Novembre 2012 - 18:00

Arrivé dans le monde du football seulement en 2009, Ba Mohamed El Kébir plus connu sous le surnom de « Jeannot » a rapidement gravi tous les échelons au niveau national. D’abord dirigeant au sein du FC Nouadhibou, c’est le 28 juillet 2011 que cet homme d’affaires intègre la Fédération mauritanienne de football comme membre du nouveau Bureau Fédéral présidé par son très grand ami Ahmed Ould Abderrahmane, avant d’occuper le poste de Président de la Commission des équipes nationales. La FFRIM ne s’y est pas trompé. Les relations internationales de Jeannot ont grandement aidé la Fédé à soigner son image pendant sa campagne électorale, comme l’atteste la venue de l’ancien président de l’OM à Nouakchott, Pape Diouf. Mais aujourd’hui, Mohamed El Kébir n’est plus en odeur de sainteté avec ses collaborateurs. Son excès de franchise lui aura valu un clash avec son président et de sérieuses représailles dont une mise à l’écart. Abordé à ce sujet par Maurifoot, il se livre sans retenue. Entretien…


Jeannot à gauche et Ahmed Yahya (Président FFRIM) à droite
Jeannot à gauche et Ahmed Yahya (Président FFRIM) à droite

MAURIFOOT : Les raisons du clash ?
 

Ba Mohamed El Kébir : Tout d’abord, je remercie MAURIFOOT de m'avoir permis d’éclairer les membres de l’Assemblée Générale de la FFRIM et les sportifs, qui nous ont permis, nous membres du bureau fédéral, d’être à la tête du football mauritanien. Aujourd’hui on parle de ma mise à l’écart. Effectivement depuis un certain temps, ma relation avec le Président de la FFRIM s’est détériorée, ce qui surprend tous ceux qui nous connaissent. Je peux dire, avec le recul et sans risque de me tromper, que cette détérioration a pour origine, le premier clash survenu un mois après notre élection.
 

Au sortir d’une réunion, le ton est monté entre un membre du bureau fédéral et un employé de la FFRIM. J’ai jugé nécessaire de calmer les deux protagonistes en leur parlant séparément. L’employé de la FFRIM est resté sur sa colère est m’a intimé l’ordre de sortir de son bureau. Je me suis exécuté, histoire de tempérer l’atmosphère tout en condamnant l’attitude de cet employé vis-à-vis d’un membre du bureau fédéral que je suis. Le lendemain, le secrétaire général de la FFRIM a pris sur lui de nous réunir, l’employé de la FFRIM et moi, afin de clore définitivement cet incident. Malheureusement, l’effet escompté n’eût lieu et des propos discourtois conduisirent à des coups. Le Président de la FFRIM eu vent de cette situation. Il me tança au téléphone avant de me raccrocher au nez. Chose que je n’acceptai pas. Tout Président qu’il soit, il se devait d’être neutre et d’écouter toutes les parties, au lieu de se laisser guider par ses sentiments. A la suite de ce comportement inacceptable, je notifiai au SG de la FFRIM ma démission de la Commission des Équipes Nationales, car je me suis rendu compte, à ce moment déjà,  que la survenance d’évènements extra-professionnels allait conduire à des conséquences sur ce qui nous lie, à savoir le fonctionnement de la FFRIM. J’expliquai dans ma lettre que je ne pouvais pas travailler avec le Président de la FFRIM mais que je restais membre du Bureau Fédéral par respect aux membres de l’Assemblée Générale qui m’ont élu. Le SG refusa cette démission et pesa sincèrement de tout son poids pour régler cette histoire. Après une réunion du Bureau Fédéral, malgré la volonté du Président de la FFRIM qui souhaitait une lourde sanction, je fus suspendu un mois de mes fonctions. J’acceptai cette sanction et je repris mes fonctions à la fin de la suspension.
 

Il y eut après cela de petites histoires (achat de bureau, gestion de la Commission des Équipes Nationales, mise en place des staffs techniques, manipulation par des personnes malintentionnées, fausses informations distillées au Président, etc...). Ces histoires me poussèrent à prendre du recul par rapport à la FFRIM. Au cours de la réunion du bureau fédéral du 4 mars 2012, certains membres ont demandé à ce que de manière responsable, nous aplanissions nos divergences en discutant de façon courtoise et constructive. Je mis en avant les raisons qui m’ont poussé à prendre du recul, à savoir la gestion de la Commission des Équipes Nationales (dysfonctionnements suite à l’immixtion de personnes dans sa gestion, sous-entendus distillés ici et là, …). Je fis part au bureau fédéral de mes observations relatives à la gestion de la FFRIM par son Président (absence de procédures, dépenses somptuaires, absence de réelle concertation dans les prises de décisions, présidence de la Commission financière,…). Dans la réponse du Président, les propos discourtois et l’arrogance reprirent le dessus. La majorité des membres du bureau fédéral le calma et en conclusion il m’a été intimé l’ordre de reprendre mes fonctions et de me référer au bureau fédéral à chaque fois que je le jugerai nécessaire. Ma surprise fut grande quand le lendemain, à mon arrivée à la FFRIM, je constatai que mon bureau était toujours occupé par le sélectionneur national. De plus je n’étais plus associé à la gestion des Équipes Nationales. Je saisis donc le Bureau Fédéral, par écrit le 8 mars 2012, pour faire remarquer cet état de fait. Je le pris à témoin pour éviter que l’on me reproche toute absence ou abandon de poste. Je ne suis certes pas parfait mais je ne me laisserai jamais faire et je réagirai à chaque fois que quiconque essaierait de me piétiner. Cette situation dura des mois jusqu’au jour où un ami commun nous permit, le Président et moi, de nous retrouver. Nous avons discuté longuement et après avoir aplani nos différends, nous avons décidé de reprendre notre collaboration.
 

C’est ainsi que nous avons préparé l’équipe nationale U17 qui devait se rendre en Tunisie pour la Coupe Arabe des Nations. Pendant ce déplacement, des dysfonctionnements inadmissibles furent observés. On est parti en Tunisie avec seulement 4 000 $US pour les perdiems, sur les 14 300 $US prévus, et 3 700 € pour un stage de deux jours. Le président de la FFRIM, en remettant les 4 000 $US, avait promis de faire suivre le reste à notre arrivée à Tunis. Ce reliquat ne fut réglé qu’à notre retour à Nouakchott, après … plus de 3 semaines. En Tunisie, il a fallu jouer d’acrobaties pour tempérer la délégation. La CAF avait obligé la FFRIM  à faire passer à chacun de nos Cadets, un test IRM du poignet pour confirmer l’âge (U17). J’ai appelé le Président de la FFRIM à maintes reprises, mais il ne daignait pas répondre. J’ai sollicité un chargé de mission à la FFRIM pour qu’il mette le Président de la FFRIM au courant de la situation dans laquelle se trouvait l’équipe nationale. Ce chargé de mission prit sur lui de m’envoyer de quoi régler la facture relative aux tests IRM, m’expliquant que le Président était pris par l’organisation de la Finale de la Coupe Nationale... l’équipe nationale fut éliminée au premier tour. Il a donc fallu rentrer au bercail, alors que notre réservation retour avait été faite pour la fin de la compétition. L’équipe rentra en trois vagues et il a fallu trouver les moyens de s’héberger et se restaurer quelques jours. Là encore, le Président était aux abonnés absents. Le chargé de mission nous fit parvenir de quoi régler l’hôtel. A notre retour, j’ai rédigé un rapport de mission, relatant les faits dans leur sincérité tels qu'ils sont, que j’ai adressé d'ailleurs au Président et au Secrétaire Général de la FFRIM, avec ampliation au bureau fédéral et au Ministère de la Culture, de la Jeunesse et des Sports. Encore une fois ceci n’a pas plu et je redevins ainsi l’ennemi. S’en est suivie une campagne de dénigrements et d'autres ragots qui pour moi n’ont aucune importance. En ce qui me concerne, les remarques et autres critiques que j’ai eu à porter, je les ai faites au bureau fédéral dans un rapport destiné à qui de droit et non dans des salons, contrairement à d’autres.
 

MAURIFOOT : Qu'en est-il réellement de la gestion de la FFRIM et des Équipes Nationales ?
 

B. M. El Kébir : La FFRIM est gérée aujourd’hui de manière opaque et donc très peu honorable. Comme j’ai eu à le dire, les procédures sont bafouées. De plus, le bureau fédéral ne s’est plus réuni depuis le mois d’avril 2012 et pourtant des décisions importantes que seul le bureau fédéral peut cautionner ont été prises (Amendement RAOURAOUA, découvert bancaire, entre autres).
 

Je rappelle que, suite à mon clash avec le Président de la FFRIM, le bureau fédéral avait pris comme décision la reprise de mes activités à la présidence de la Commission des Équipes Nationales. Dés le lendemain de ma reprise de fonction, le Président de la FFRIM s’est entêté dans sa décision de céder mon bureau au sélectionneur national et de gérer lui-même la Commission des Équipes Nationales avec des personnes qui n’en sont pas membres. J’ai dû écrire aux membres du bureau fédéral pour faire constater ma mise à l’écart, malgré leurs injonctions, et ce afin que l’on ne me reproche ni absence ni abandon de poste. Aucune suite n’a été donnée à cet écrit. Ceci prouve que le bureau fédéral lui-même n’est pas respecté et reste passif devant cet état de fait.
 

Concernant la gestion des Équipes Nationales, il faut revoir la relation Sélectionneur–Joueurs. Il y a des droits et des devoirs de part et d’autre. Le statut des joueurs de l’équipe nationale doit être validé par le bureau fédéral. Je rappelle qu’un projet de statut des joueurs de l’Équipe Nationale est soumis depuis des mois aux membres du bureau fédéral et qu'il n’est toujours pas adopté. Il est inadmissible que le bureau fédéral reste sans réaction quand il y a un problème entre le Sélectionneur et les joueurs. Lors du stage de Saly, une altercation aurait opposé le sélectionneur à un de ses joueurs. Deux versions divergent et il est du rôle du bureau fédéral de diligenter une enquête et situer les responsabilités pour pouvoir recadrer les uns et les autres. Lors des déplacements de l’Équipe Nationale, il faudrait faire la réservation retour à la fin des matches de poules pour parer à toute situation comme celle que nous avons vécu en Tunisie en juillet dernier. Les perdiems des joueurs et du staff doivent être versées avant le départ. Il faut s’attacher les services de préparateurs physiques, afin que les entraineurs se consacrent à leur fonction tactico-technique.
 

MAURIFOOT : Les moyens financiers dont dispose la FFRIM sont-ils suffisants ?
 

B. M. El Kébir : Les moyens... Il n’y en a jamais assez même si la fédération actuelle est celle qui a reçu le plus de moyens de la part de la tutelle. Ce qui a été alloué à la FFRIM pour les équipes nationales n’est pas suffisant pour atteindre les objectifs fixés. Lors des déplacements des équipes nationales, l’État est certes présent mais pas assez à mon avis. Les succès des équipes nationales se construisent généralement dans la phase de préparation. Il faut déplacer les équipes pour jouer des matches amicaux, perfectionner l’encadrement en envoyant les entraîneurs en stage, doter les équipes nationales de matériel qualitativement et quantitativement, superviser les équipes contre lesquelles nous devons jouer, etc…
 

MAURIFOOT : Une reprise de collaboration est-elle envisageable ?
 

B. M. El Kébir : Ce n’est pas à moi de décider de la reprise de la collaboration. Celui qui a décidé de ma mise à l’écart, sans en avoir les prérogatives, doit faire son autocritique et respecter les membres du bureau fédéral ainsi que l’éthique, Commission dans laquelle il siège à la FIFA. Je réitère ma conviction exprimée lors d’une réunion du bureau fédéral, à savoir que la fédération n’appartient pas à un individu et on ne doit pas s’en servir pour régler des comptes. Je rappellerai aussi, que comme tous les autres membres du bureau fédéral, je suis élu par l’Assemblée Générale. Ma nomination à la présidence de la Commission des Équipes Nationales, je la dois au bureau fédéral. Seul ce dernier a les prérogatives de me confirmer ou de m’écarter. Le Président de la FFRIM, les membres du Bureau Fédéral et moi, nous ne sommes pas obligés d’être des amis et de nous fréquenter hors de la fédération. Il serait bien évidemment bénéfique pour le bon fonctionnement que les gens aient de bons rapports, mais ce n’est pas une condition sine qua non. Nous sommes liés par une relation strictement professionnelle. Que chacun médite l’adage : « on règne avec ses amis, mais on gouverne avec des compétences ».
 

MAURIFOOT : Pourquoi ne pas quitter la FFRIM tout simplement ?
 

B. M. El Kébir : Certains se demandent pourquoi je ne démissionnerai pas carrément de ma fonction de membre du bureau fédéral ? Je ne le ferai pas. D’une part par respect pour ceux qui m’ont accordé leur suffrage ; et d’autre part, ce serait faire le jeu de certaines personnes que je dérange et qui n’attendent que ça.
 

Je ne suis certes pas ancien joueur, ni Président de club ou de ligue. Je suis juste un mauritanien, amoureux du football. J’ai des relations dans le milieu du football, notamment à l’international et je les ai mises volontiers à la disposition du football mauritanien. Je pense avoir une modeste vision pour contribuer à sortir notre football de sa léthargie. C’est à ce titre que je fais partie de l’équipe qui a été candidate pour présider les destinées de notre football; Une équipe dans laquelle j’ai mis, comme d’autres, toute mon énergie, mes modestes compétences et mon réseau, de relations propres et adéquates, pour que nous réussissions à remporter le défi qui s’est présenté devant nous, à savoir participer au  renouveau de notre football. Dans cette équipe, chacun a apporté sa contribution et nous avons gagné en équipe.
 

MAURIFOOT : Un dernier mot ?
 

B. M. El Kébir : En dernier mot, je vais féliciter MAURIFOOT pour ce professionnalisme et cette abnégation dans l’objectif de servir loyalement le football mauritanien. Ça sera certes dur, mais seul le travail paie. Vous êtes sur la bonne voie...
 

Je vais en profiter pour féliciter les Cadets pour leur parcours exemplaire en Éliminatoires pour la CAN 2013. Pour les avoir côtoyés, je peux vous dire que ces garçons sont pétris de talent et forcent le respect de par leur bonne éducation. Si on fait ce qu’il faut, ces cadets constitueront inéluctablement notre Équipe Nationale A de demain.

 

Propos recueillis par Brahim Sow Deïna
pour MAURIFOOT


 



Jeannot (gauche) et Michel Hidalgo (ancien sélectionneur de l'équipe de France de football et champion d'Europe 1984)
Jeannot (gauche) et Michel Hidalgo (ancien sélectionneur de l'équipe de France de football et champion d'Europe 1984)

Jeannot (gauche) et Pape Diouf (ancien Président de l'Olympique de Marseille)
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