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Industries extractives : Areva, quenellier d'or au Niger


International
Jeudi 9 Janvier 2014 - 13:03

Il s'agit d'abord de faire comprendre au géant du nucléaire français que les Nigériens sont chez eux au Niger.


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Une vue de la mine d'uranium d'Arlit, Niger / AFP
Une vue de la mine d'uranium d'Arlit, Niger / AFP
Chantages, corruption, charmes, menaces, bref, les termes ne manquent pas pour évoquer les négociations en cours actuellement entre le géant du nucléaire français Areva et l’Etat nigérien. A l’origine de ce bras de fer, il y a la volonté, ou du moins, la décision du gouvernement nigérien de renégocier le contrat d’exploitation de l’uranium que les gouvernements précédents ont passé avec le groupe français Areva.
 
Cette renégociation devrait permettre au gouvernement nigérien d’augmenter les taxes sur l’extraction de l’uranium, imposées à Areva, et faciliter l’émergence de ce pays du lot des Etats pauvres de la planète, pour occuper un rang plus honorable dans le classement des Nations unies.
 
Les temps ont changé
 
Quatrième nation mondiale dans la production de l’uranium tant recherché par les grandes puissances et les pays industriellement développés, le Niger, comme par malédiction, ne cesse de tirer le diable par la queue; alors que ce métal «représente près de 70 % des exportations du pays, il ne participe qu’à seulement 5,8 % de son produit intérieur brut (PIB)».
 
Le président nigérien, Mahamadou Issoufou, n’a pas hésité à affirmer sur certaines ondes que l’exploitation de l’uranium ne rapportait à son pays qu’à peine 100 millions d’euros par an. C’est-à-dire «5 % à peine de notre budget».
 
Il faut bien convenir qu’il s’agit là d’une situation non seulement injuste, mais surtout intolérable. Le peuple nigérien doit absolument rentrer dans ses droits. C’est pour cela que ces renégociations sont nécessaires. Seulement, et il fallait bien s’y attendre, le groupe français est bien accroché à ses avantages et voit d’un mauvais œil la décision des autorités du Niger. Pour Areva, il n’est pas question de céder un kopeck de plus à l’Etat nigérien.
 
Cela dit, Areva doit comprendre que le Niger a changé de dirigeants et surtout, que l’époque où les contrats commerciaux entre la France et ses anciennes colonies étaient régis avant tout par des considérations politiques est bien révolue. Elle doit surtout savoir qu’en Afrique, commence à émerger une société civile dynamique, décidée à défendre bec et ongles, ses intérêts vitaux. Areva doit comprendre que le peuple nigérien n’est pas dupe. Tant qu’il ne savait pas ce que son uranium rapportait au Niger par rapport à ce que gagne l’exploitant, il ne se sentait ni abusé, ni exploité.
 
Dans ce bras de fer, Areva doit se départir de cet esprit digne de la Françafrique car elle n’a plus affaire à un régime avec lequel elle pourrait amener les dirigeants à signer au bas d’un contrat qui condamnerait les générations futures de leur pays à une vie malheureuse, à un avenir sans espoir.
 
La souveraineté du Niger
 
Les menaces de fermeture de sites ou même de suspension de projets d’ouverture de nouveaux sites (qui auraient rapporté davantage de devises à l’Etat nigérien), n’y changeront rien. A la table des négociations, il n’y a pas que le gouvernement nigérien. Il y a aussi et surtout la société civile nigérienne, décidée à ne rien céder de ce qui lui revient de droit. C’est elle surtout qui monte au créneau pour dénoncer les contrats qui défavorisent le peuple. Et Mahamadou Issoufou, qui est par ailleurs un ingénieur des mines, sait mieux que quiconque ce que cela peut lui coûter, de ne pas suivre la voix de son peuple.
 
Mais d’un autre côté, ses accointances avec François Hollande, du fait de leur appartenance à l’Internationale socialiste, le placent dans une position bien plus que délicate.
 
Pris entre le marteau de la société civile nigérienne et l’enclume de ses relations personnelles avec l’Elysée, Mahamadou Issoufou doit trouver le meilleur moyen de raccourcir le bras de fer, sans toutefois altérer l’image d’homme du peuple qu’il tente de donner de sa personne.
 
Il faut donc qu’Areva entende la voix du peuple nigérien et renonce à exiger des Nigériens ce que le peuple français n’accepterait jamais qu’on exige de lui. Pour preuve, nombreuses sont les ONG françaises qui appuient la société civile nigérienne dans son bras de fer avec le géant français du nucléaire.
 
Si la société civile nigérienne gagne son combat contre Areva, le Niger aura une fois de plus donné aux Etats de la sous-région, l’image d’un pays déterminé et intransigeant sur ses droits. Les organisations de la société civile des autres pays devraient donc en prendre de la graine et se munir davantage de courage quand il s’agit de défendre les intérêts vitaux de leur peuple.
 
Dieudonné Makieni
Pour Le Pays
Mamoudou Kane


              

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