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Il faut généraliser le collège en Afrique !


Société
Samedi 13 Juin 2015 - 15:00

Quinze ans après les engagements de la communauté internationale, les objectifs de l’Education pour tous (EPT) n’ont été que partiellement atteints.


Il faut généraliser le collège en Afrique !
Parmi les nouveaux objectifs qui se dessinent, le principe d’un cycle d’éducation de base pour tous jusqu’à la fin du collège vient questionner en profondeur le modèle éducatif des pays d’Afrique subsaharienne. Tout comme en France, la réforme du collège promet ainsi d’être au cœur des débats éducatifs africains.
 
Après le Forum de Dakar en 2000 qui a dessiné le cadre de référence actuel de l’action internationale en matière d’éducation, un chapitre important du développement mondial de l’éducation s’est écrit fin mai à l’occasion du nouveau forum mondial de l’éducation organisé à Incheon (République de Corée). Celui-ci a rassemblé les organisations non gouvernementales, les organismes de développement, la société civile ainsi que plus d’une centaine de ministres de l’éducation afin de dessiner les prochains grands objectifs mondiaux en matière d’éducation et de formation. Lesquels devraient être repris par les prochains Objectifs du développement durable (ODD) qui feront suite aux Objectifs mondiaux pour le développement (OMD). Le grand changement de ces objectifs post-2015 est qu’ils s’appliqueront à l’ensemble des pays de la planète alors que ceux pris en 2000 ne concernaient véritablement que les pays les moins avancés.

Avant de se projeter vers l’avenir, un bilan s’impose : qu’avons-nous accompli depuis 2000 ? Quel chemin reste à parcourir ? Le très récent rapport de suivi de l’Education pour tous de l’Unesco fait ressortir des résultats encourageants, mais contrastés quant aux objectifs fixés pour 2015 lors du forum de Dakar. Des progrès très importants ont été accomplis. L’accès et la parité de genre au cycle primaire ont considérablement progressé et les dépenses d’éducation ont augmenté dans les pays en développement.
 
Cependant, 58 millions d’enfants en âge d’être au primaire, dont plus de la moitié en Afrique subsaharienne, ne sont toujours pas scolarisés. Les autres cycles d’éducation et de formation, l’alphabétisation des adultes et surtout la qualité des savoirs transmis peinent à afficher des résultats aussi prometteurs et la communauté internationale n’a pas tenu ses engagements en matière d’aide internationale à l’éducation.
 
Face à cet agenda « inachevé », la nécessité de passer du principe de scolarisation primaire universelle à celui d’une éducation de base de qualité garantie à tous les enfants pour 9 années au moins s’inscrit au cœur des discussions sur l’agenda post-2015. La question du collège devrait ainsi se trouver au centre des enjeux des politiques éducatives mondiales des quinze prochaines années. Comme le montrent les débats actuels sur la réforme du collège en France, l’enjeu du premier cycle du secondaire est plus complexe que celui du cycle primaire.
 
Les collèges sont en effet des établissements plus spécialisés, plus coûteux, plus éloignés des domiciles et qui accueillent des élèves à une période particulièrement sensible de leur développement à savoir entre 12 et 16 ans. Le collège est alors un niveau hybride, destiné à concilier des finalités et des publics pluriels, en préparant certains élèves à la poursuite d’études et d’autres à l’entrée sur le marché du travail.
 
Avec près de 54 % des enfants en âge d’être au collège qui sont hors de toutes structures éducatives, l’Afrique subsaharienne est particulièrement en retard tout particulièrement vis-à-vis des filles, des ménages à faibles revenus, des zones rurales et des enfants présentant un handicap. La question est d’autant plus compliquée que beaucoup de pays de la région n’ont pas encore achevé l’universalisation du primaire, que la qualité de l’offre scolaire est assez faible et que beaucoup de diplômés ne trouvent pas d’emplois.
 
Surtout, la pression démographique pèse si fortement sur la pérennité financière du système que si aucune réforme de fond n’est engagée, cette massification du collège risque d’être un échec retentissant aux conséquences désastreuses. En Afrique comme partout ailleurs, le collège se situe au croisement d’enjeux clés notamment entre le choix éducatif des ménages et la finalité de l’offre éducative. Au travers d’un parcours éducatif commun à toute une classe d’âge, c’est bien de la société dans son ensemble dont il s’agit.
 
Véritables débats de société
 
De nombreux facteurs doivent être intégrés dans la définition de ce que doit être le collège : la prise en compte de la demande sociale et du devenir des diplômés ; des curricula nationaux et généralistes (pour maintenir l’équité), mais aussi locaux et professionnalisant (pour répondre à la demande et au marché du travail) ; la place consacrée aux valeurs universelles et aux religions ; la place des langues locales et internationales ; le statut et l’accompagnement des enseignants et directeurs ou encore l’organisation des établissements et leur insertion dans l’espace local.
 
Une grande partie du sens de l’éducation et de la promesse faite aux jeunes générations se joue finalement au niveau du collège. Ces enjeux sont si déterminants qu’ils doivent pouvoir faire l’objet de véritables débats de société. Cela semble d’autant plus nécessaire dans les pays africains où les contraintes sont encore plus fortes et où la vision de leur avenir doit pouvoir être interrogée à travers le modèle éducatif qu’ils visent.
 
Des états généraux de l’éducation et une consultation massive des acteurs pourraient avoir une forte valeur ajoutée pour s’assurer d’une compréhension commune des enjeux à la fois d’équité et de qualité, mais aussi des contraintes financières et institutionnelles.
 
Une piste essentielle
 
Certaines réponses commencent à apparaître. Le décloisonnement du continuum éducation-formation-emploi et notamment le regroupement du primaire et du collège au sein d’un cycle continu d’éducation de base constituent une étape importante pour rapprocher l’offre éducative de la demande des ménages en Afrique. La modernisation des politiques relatives aux autres formes de transmission des savoirs (éducation privée, formation professionnelle, apprentissage traditionnel) et la mise en œuvre de partenariats publics-privés facilitant une collaboration multi-acteurs constitue une autre piste essentielle.
 
Les nouvelles technologies de l’information et de la communication pour l’éducation (TICE), notamment les formations ouvertes et à distance via Internet, pourraient également faciliter la production et la transmission des savoirs. Dans tous les cas, l’augmentation des financements alloués à l’éducation avec une pression fiscale plus importante et une meilleure efficacité des dépenses ainsi qu’avec une aide internationale plus importante et mieux ciblée constituent un prérequis essentiel.
 
L’année 2015 devrait constituer un moment critique pour la communauté internationale. La question posée par l’universalisation du collège en Afrique subsaharienne est à prendre très au sérieux et devrait réinterroger et modifier en profondeur l’ensemble du paradigme éducatif dominant. Les contraintes sont telles qu’un nouveau modèle d’éducation et de formation sera à inventer. Une vision holistique du système, une contextualisation forte et un rythme soutenable des réformes apparaîtront alors essentiels. Si les discussions internationales du forum d’Incheon ont été passionnantes, les réponses innovantes seront aussi à chercher à un niveau beaucoup plus local.
 
Rohen d’Aiglepierre

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