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Il était une fois le 3 août (3,4 et 5)


Vu de Mauritanie par MFO
Vendredi 10 Août 2012 - 11:00


Il était une fois le 3 août (3)

Il était une fois le 3 août (3,4 et 5)
Je retiendrai quelques événements de l’époque. Notamment l’appel au vote blanc qui a constitué, à mon avis, une étape importante dans la révélation des vraies intentions de la junte.
Sur le plan politique, deux regroupements se font face : la Coordination des forces du changement démocratique (CFCD) qui regroupe APP, RFD, UFP, RC, RD, MDD, HATEM, FLAM/R, PUDS et FP, de l’autre le Mithaq qui est une reconstitution de l’ancienne Majorité de Ould Taya et qui comprend le RNI, ALTERNATIVE, PRDR, RDU, UDP, UPSD, UPC, PTUN, UDN, RNDLE, PCD, UNDD, PTG, PLMD, PAD…
 
La scène s’enflamme. On parle de plus en plus de «prolongations» dans la transition. On suggère même la constitution d’un gouvernement d’union nationale pour assurer le couronnement du processus. On soutient que ce gouvernement, s’il est mis en place doit avoir assez de prérogatives pour consolider les réalisations de la transition : transparence de la gestion, justice, Etat de droit, cadre de concertation… Une manière de faire passer l’idée, de la faire accepter…
 
La Tribune du 22/11/2006, passage d’un article titré «CMJD : la porte de sortie, c’est par où ?» : «Une dizaine de candidatures déjà déposées. De folles rumeurs sur l’éventualité d’une prolongation de la période de transition et sur la possibilité légale pour le colonel Eli Ould Mohamed Val de se présenter. Des divergences certaines au sein de l’équipe du CMJD. Tout pour faire bouger une scène plutôt morose. Tout aussi pour inquiéter». Des hommes politiques dont Khalil Ould Tiyib, premier vice-président de l’APP, et Ahmed Ould Daddah, président du RFD, sont appelés par le chef d’Etat Major adjoint, le colonel Ould Cheikh Ould Alem, membre du CMJD, pour s’entendre dire que la seule solution serait de prolonger la période de transition.
 
Samedi 27 janvier 2008, le 6ème Congrès des Maires se tient au Palais des Congrès. Dans une atmosphère particulièrement électrique : «Le colonel Ould Mohamed Val est-il candidat ? Est-il intéressé par une rallonge de la transition ? Soutient-il un candidat particulier ? Autant de questions qui rongent les esprits des Mauritaniens et qui empoisonnent l’espace public. Les rumeurs les plus folles se sont emparées du pays tout entier. Le silence des autorités, l’absence totale de communication, l’incapacité de l’entourage à tenir sa langue… tout a contribué à exacerber la rumeur» (La Tribune du 29/1/2007).
 
La neutralité du CMJD en cause : "Beaucoup de choses ont été dites à ce sujet, certains ont cru que les affaires du pays doivent s'arrêter jusqu'à ce que la question soit tranchée, d'autres ont parlé de la question des compétences du Chef de l'Etat, des décisions qu'il prend, des nominations qu’il fait." La neutralité ne veut nullement dire le laisser-aller ou l'empêchement de la mission du CMJD et du gouvernement de transition et qu'il n'y a personne qui puisse dicter ses conditions, s'agissant de la gestion des affaires du pays. La scène politique, dans ce contexte précis "a connu plusieurs approches dont certaines ont brandi la menace de ne pas accepter ce qui est de nature à arrêter le processus démocratique de transition, s'adressant dans ce sens à l'autorité et se basant sur des rumeurs sans fondements. D'autres ont, par contre, et sans preuve aussi, avancé l'idée d'arrêter la période de transition, car s'acheminant vers ce qui ne leur plaît pas".
 
Le Colonel  Ely Ould Mohamed Val devait dire que ce qui se pose aujourd’hui, au peuple mauritanien, c'est de choisir un Président de la République et préciser à cet effet, que certains croient que cela doit se passer sur la base du calendrier définitif et des candidatures présentes, tandis que d'autres, se prononcent contre ce calendrier et les candidatures actuelles. La solution à cette question ne peut pas être envisagée à travers des ententes illicites avec les parties prenantes et/ou des décisions arbitraires, mais plutôt, en revenant à la Constitution.
Qu'est ce qu'on peut déduire de la constitution et des lois organiques pour répondre aux questions qui se posent aux mauritaniens? Ce que je viens de vous dire, a indiqué le président du CMJD,  est tout simplement la possibilité pour chacun de vous d'exprimer toute son opinion à travers une élection nationale. Cela veut dire -précisera-t-il-  que la constitution de la République Islamique de Mauritanie adoptée avec un taux de participation  76% et avec 96% de Oui et les lois organiques complétant, reprennent les mêmes dispositions et disent que pour être élu, un président doit avoir au moins, la majorité absolue des voix exprimées et que les voix exprimées sont celles obtenues par tous les candidats ainsi que les votes blancs.
 
Cela veut dire pour lui, que si par le jeu du vote blanc, vous ne désirez aucune de ces candidatures, ni au premier, ni au deuxième tour, vous pouvez les refuser par votre vote blanc. Pour être élu, a-t-il dit, le conseil constitutionnel doit constater que le président a eu la majorité absolue des votes exprimés ou qu'aucun des candidats n'a obtenu une majorité absolue. Dans ce cas, cela veut dire que c'est un vote de rejet. Et en ce moment là, a  précisé le chef de l'Etat, le conseil constitutionnel ne peut constater l'élection d'un président. Si aucune majorité ne s'est dégagée, dira le président, en faveur d'un candidat, la conséquence est que le vote est validé, que le calendrier est respecté, que la constitution est respectée, que toutes les lois organiques de la République sont respectées et que le peuple mauritanien n'est pas intéressé par ceux qui se sont présentés devant lui, et demande à ce que d'autres choix se représentent, plus tard devant lui. En pratique, ajoute le chef de l'Etat, c'est tout simplement qu'aucun candidat n'a obtenu la majorité absolue et que personne ne peut être déclaré président de la République et qu'une nouvelle date pour une élection présidentielle devra être déterminée par le gouvernement. Et en ce moment là, a-t-il poursuivi, il se créera une situation juridique nouvelle par rapport à la première. Et les choix seront ouverts pour les mauritaniens qui auront à choisir plus tard de nouveau.
 
Ce qui est ressenti comme une tentative de coup d’Etat sur la transition est vite contesté. D’abord par les membres du CMJD. Le colonel Ould Abdel Aziz qui est toujours commandant du BASEP menace de «balayer la présidence». Missions de bons offices et conciliabules politiques qui aboutissent à une nouvelle déclaration de Ould Mohamed Val qui accepte de revenir sur ce qu’il a dit et de le renier clairement.


Il était une fois le 3 août (4)

Le collège électoral est convoqué pour le dimanche 11 mars 2007 et, en cas de second tour, pour le dimanche 25 mars 2007, en vue de l'élection du président de la République. Le décret l’annonçant précise que les déclarations de candidatures "sont déposées dans le délai qui court à partir de la date de publication du présent décret jusqu'au jeudi 25 janvier 2007 à minuit". Les candidatures seront validées par le Conseil Constitutionnel. Nous saurons que sur les 19 candidats déclarés, au moins dix ont été «encouragés» par le CMJD. Y compris celui qui devait l’emporter. Après un second tour plein d’enseignements.
 
Le premier enseignement que les acteurs politiques devaient tirer de l’élection présidentielle du 11 mars se rapporte à l’échec avéré de la classe politique traditionnelle. En effet sortent du lot deux hommes qui furent les plus jeunes ministres de Moktar Ould Daddah au moment où il fut renversé par le premier coup d’Etat militaire (10 juillet 1978). De 1978 à 2007, la scène politique n’aura pas produit une figure capable de cristalliser les espérances des Mauritaniens. C’est d’autant plus grave qu’il s’agit de deux technocrates qui sont entrés en politique par effraction, du moins sans vraiment le vouloir.
 
Le deuxième enseignement, c’est la soif de démocratie au sein de la population. Jusque-là les politologues parlaient de «demande despotique» plus forte chez la population que la «demande démocratique». Tandis que le monde politique affichait un grand mépris pour ce peuple «qui suit le plus fort». Le taux de participation et le score du candidat officiel au premier tour démentissent ces croyances.
 
Le troisième enseignement est celui qui consistait à tirer les conclusions qui s’imposent : la transition a été une porte ouverte vers un meilleur qui reste à construire, que ce monde à construire doit se fonder sur les réalisations de la transition ouverte sur la concertation et la volonté de transparence, qu’il s’agit là d’un combat de longue halène qu’il va falloir mener maintenant que c’est possible…
 
Cela commençait par la valorisation des acquis de la transition et l’appropriation des avancées qu’elle a permises. Ce ne fut pas le cas.
Même si l’après élection nous a donné la meilleure configuration qu’on pouvait espérer (un Président d’un âge et d’une expérience qui devaient lui permettre d’être rassembleur, un Premier ministre dont la jeunesse devait garantir l’innovation et la rupture avec le passé et deux présidents de Chambres, Assemblée et Sénat dont la présence à de tels niveaux est en elle-même une révolution sociale et mentale), même avec cela, le premier souci des nouvelles autorités et des autres acteurs a été de détruire la transition et ce qu’elle a permis.
Ce sera le péché originel qui provoquera les reculs qui suivront.

Il était une fois le 3 août (5)

C’est en grande pompe que le passage de témoin entre le président du CMJD et le président nouvellement élu se passe. Un symbole : c’est le dernier des membres du Comité militaire de salut national (CMSN), jeune lieutenant le 10 juillet 1978, membre du Comité à partir de 1982, le colonel Ely Ould Mohamed Val qui passe le pouvoir au plus jeune membre du gouvernement déchu le 10 juillet 1978. Ce signe historique ne sera pas retenu. Nous sommes dans un pays où le cours de l’Histoire importe peu…
 
Quand il est élu, le Président Ould Cheikh Abdallahi doit faire face à de multiples problèmes nés du lourd héritage du mauvais exercice de ses prédécesseurs. La Mauritanie a besoin d’hommes neufs et imaginatifs, capables de redonner confiance et d’engager le pays sur la voie du travail et de l’efficacité. On en attend aussi de bien piloter la véritable transition qui comprend la remise à niveau de l’économie nationale, la normalisation de la vie politique et l’ancrage du pouvoir démocratique.
 
La nomination du jeune Zeine Ould Zeidane comme Premier ministre suit une logique mathématique : il est arrivé troisième de l’élection et a apporté son soutien à Ould Cheikh Abdallahi au deuxième tour. Le gouvernement qu’il se choisit est plutôt acceptable.
A la présidence, le Président Ould Cheikh Abdallahi se fait entourer par des amis de l’époque d’avant 78 et par des activistes de l’époque Ould Taya. Rien de grave cependant, les espérances de changement étant très fortes.
 
La première année passe avec de grands défis : le défi sécuritaire avec la recrudescence des actions d’Al Qaeda et le refus des autorités politiques de reconnaitre que «le terrorisme existe en Mauritanie», et celui de répondre aux attentes sociales qui va provoquer les premières manifestations de l’intérieur avec un mort à Kankossa…
 
Avril 2008. Le Président Ould Cheikh Abdallahi reçoit un groupe de journalistes à l’occasion du premier anniversaire de son investiture (19/4). Il parle franchement. Comment se voit-il comme Président ? Il veut résumer son sentiment en une image. Celle d’un artisan qui a deux boites d’outils, l’une à sa gauche l’autre à sa droite. La première contient les outils de ‘répression’ qui font le despote, la seconde les outils qui font la démocratie (concertation, participation…). «Nos compatriotes veulent que les deux boîtes soient utilisées pour qu’on y puise à tour de rôle selon les problèmes qui se posent. Ils tiennent beaucoup à la liberté, à la justice. Mais avec des pratiques, des comportements qui semblent rejeter qu’il faille payer le prix de la démocratie». Exemples : «quand vous dites que vous n’intervenez pas dans le cours de la justice, très vite on vous accuse de faiblesse, de laxisme… D’un autre côté, chaque fois qu’on porte atteinte à l’ordre public et que la police cherche à assurer l’ordre, tout le monde est scandalisé». La réflexion amène loin parfois dans ces conditions. «Pendant la campagne, j’avais pensé poser le problème de savoir si dans nos sociétés, la meilleure manière d’exercer la démocratie était la constitution de partis politiques. Mais j’avais craint qu’on ne me taxe de candidat indépendant qui voulait semer la confusion. Je crois cependant qu’il y a une réflexion qui n’a pas été faite de façon générale et qui demande peut-être une période de sérénité éloignée de tout enjeu politique, pour savoir comment le citoyen lambda peut se sentir le plus à l’aise, le plus présent dans la décision, avoir le sentiment de participer, de donner son avis». Pour lui, «le grand problème, c’est de trouver l’équilibre entre la gestion de possibilités limitées avec des gens qui veulent, chacun, avoir la part la plus grande». Et de conclure : «Les Mauritaniens parlent et exigent le changement, mais dans leurs comportements quotidiens, tout indique qu’ils tiennent au statu quo».
 
Il est dénoncé par l’ensemble de l’opposition qui considère que le Président «est faible et ne sait pas ce qui se passe autour de lui». Le RFD demande carrément sa démission. Tandis que, dans son camp, les voix s’élèvent pour le critiquer souvent de manière acerbe et démesurée.
 
C’est le moment qu’il choisit pour remercier Zeine Ould Zeidane et le remplacer par Yahya Ould Ahmed Waghf, son joker. Le gouvernement s’ouvre sur les partis d’oppositions comme l’UFP et Tawaçoul. L’aile militaire du pouvoir apprécie mal ce qu’elle juge comme une manœuvre visant à la mettre à l’écart et à reprendre les choses là où on les a laissées. Plus grave : les militaires estiment que «le pouvoir se concentre entre les mains des victimes de juillet 1978 et celles d’août 2005». Signe des temps : le Premier ministre Ould Waghf convoque dans son bureau les généraux Ould Abdel Aziz et Ould Ghazwani. Première provocation qui laisse entendre qu’ils avaient à se prononcer sur la constitution du gouvernement à venir.
Réaction : mobilisation des députés en vue d’une motion de censure à l’encontre du nouveau gouvernement. De maladresse en maladresse, on aboutit à une confrontation entre le Président de la République et l’aile militaire de son pouvoir.
 
Mercredi 6 août, il démet tous les chefs militaires au petit matin. Réaction de ceux-là : le coup d’Etat qui donne naissance au Haut Conseil d’Etat.
Fait majeur de l’ère qui s’ouvre : la naissance d’un Front national pour la défense de la démocratie (FNDD) opposé au putsch et demandant le rétablissement du pouvoir de Ould Cheikh Abdallahi. Rejoint plus tard par le RFD qui a d’abord soutenu le «mouvement rectificatif», le FNDD accepte finalement de tourner la page par la signature de l’Accord de Dakar en juin 2009 et la mise en place d’un gouvernement d’union nationale devant gérer l’élection présidentielle fixée au 18 juillet 2009.
 
Peu préparée et ayant refusé de s’unir autour d’une candidature unique, l’opposition perd au premier tour remporté par le candidat Ould Abdel Aziz à plus de 52% des voix. Elle court depuis derrière cette fin malheureuse d’un match qui a eu plusieurs prolongations, toutes en sa défaveur…
 
Nous sommes encore dans les prolongements d’un certain 3 août 2005… quand s’ouvrait une transition qui dure et qui va peut-être encore durer. Le temps pour le pays – et pour le pouvoir en place - d’asseoir un nouveau système de gouvernance, de nouveaux rapports à la politique.

Mohamed Fall Oumere
oumeir.blogspot.com


              

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