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Homo Mauritanicus (Extrait des Mauritanides)


Société
Jeudi 3 Janvier 2013 - 19:40


Homo Mauritanicus (Extrait des Mauritanides)
Commençons par le commencement. Au tout début, la naissance de l'homme <<dans une famille de singes jusque-là respectable. Sa mère meurt de honte. Son père se livre à la débauche>>, comme l'explique si fortement Cavanna dans son Histoire du Monde. Depuis, qu'est-ce que ce singe dénaturé a bien pu réaliser de bon? Il a fallu près de cinq siècles pour qu'il apprenne à mettre un pied devant l'autre, mille ans pour qu'il apprenne à extraire la morve solidifiée de son nez, une dizaine de milliers d'années probablement pour qu'il sente la nécessité de se torcher le derrière.

Les gestes essentiels étant réalisés il a bien fallu passer à autre chose. Né en Afrique Orientale, l'homme, d'arbre en arbre, va se tenir debout pour la première fois en Afrique de l'Ouest. La terre de tous les "processus" au long cours. Les progrès ont été remarquables. Les hommes depuis le troisième geste n'ont, il est vrai, rien inventé d'intéressant mais certaines choses valent quand même le détour: la brosse à dents (pour les oiseaux), le fusil à tirer dans les coins (pour les lâches), la poudre à éternuer (pour les caissières de banque), le gaz hilarant (pour les ministres), le thé (pour moi), le café (pour le lait), les morts (pour Hamlet), les cigarettes (pour les allumettes), les élections (pour les cons), les lois (pour être contournées), les soutien-gorge (pour être dégrafés). Les autres choses que l'homme a pu foutre pendant ses heures libres sont absolument à mettre sur le compte de l'oisiveté, de la légèreté ou de la distraction.

Nous sommes en Afrique de l'Ouest, c'est à dire cette terre même qui vit, il y a une diarrhée d'années, glorieusement se dresser, face au soleil, jambes arquées, arcades sourcilières en visière de casquette de base-ball, dans toute sa splendeur poilue l'Homme. Imaginez un peu le chemin parcouru, à pied, à dos d'âne, de chameau, en voiture et en avion, depuis ce jour-là par cet homo mauritanicus. Imaginez ce qu'il a pu endurer jusqu'à ce 28 novembre 1960. Pensez à combien de temps lui fallut-il laisser passer avant ce 10 Juillet 1978. Combien de fois, pour tuer le temps, a-t-il frappé, mordu, griffé, traîné sa femme par les cheveux dans les poussières nouakchottiennes avant ce 12 décembre 1984. Très long le chemin qui le conduisit au tout début de ce <<processus démocratique>> lancé par un discours du 15 avril 1991. Abrupte la pente qui conduit de Homo Habilis, à Homo Démocraticus. Que fallut-il souffrir pour en arriver là.

Que de sacrifices, de poils et de bonnes habitudes perdues. Les contraintes de la mode politique obligèrent Homo Habilis à devenir Homo erectus. Apparut ce con de Néanderthal qui fut le premier martyr de l'Histoire politique de l'Homme. Gazé, néanderthalicus, goulagué, camp-de-concentré. Portant son crâne au revers de sa veste de peau de chacal, Néanderthal symbolisera à tout jamais ceux qui sont morts pour n'avoir pas su s'adapter. Vint notre papa à tous, du moins suis-je assez optimiste pour le croire, Homo Sapiens. En fait de sapience il commença à militer au sein du Parti du Peuple Mauritanien(1), eut beaucoup d'enfants. Il rejoint l'UFD beaucoup plus tard (près de 100 000 ans environ) après avoir couvert la surface de la Terre de sa progéniture. Homo sapiens engendra des sous-groupes hominidés comme homo-uéfdécus, homo-péérdécus, et d'autres sous-espèces moins répandues. Mais ne nous perdons pas dans ce labyrinthe qui ne conduit qu'à un autre labyrinthe. Retournons voir la distance qui sépare homo-erectus et homo-début-de processus démocratiques.

Le chemin a été long, ai-je dit, bordé de précipices, de cactus, de prosopis, tapissé de prépuces et de clitoris. La question est de savoir maintenantus si la distance séparant le Pléistocène Supérieur et le 12 Juillet 1991 sera la même qui séparera le 12 Juillet 1991 de la fin du "processus" et l'établissement définitif de la Démokratie. Remarkez avec mois, comme disent les Allemands, que z'aurais pu pojer cette kestion au tout début.

Ce faisant j'aurai laissé un tas de mots inemployés, je les aurai tués un peu. Et Assassiner un mot c'est le plus grand crime que l'on puisse commettre. En fait le monde a été fait à la mesure des mots. Ce sont les mots qui ont créé l'homme, pas l’inverse. Les mots dialoguent entre eux en enfilant des hommes, les uns à la suite des autres. Un groupe d'hommes, c'est une phrase d'un mot, une petite ville c'est un petit discours, et les mots s'amusent avec nous. Une guerre entre hommes c'est une polémique entre les mots à l'occasion de laquelle ils révisent leur dictionnaire. Le Monde des Hommes n'est en fait qu'un Dictionnaire. Un dictionnaire, non pas de mots, mais élaboré par des mots de l'Idiot International, le journal de Jean Edern Hallier: <<La guerre des mots, dans le respect du citoyen, est l'unique moyen de civilisation qui, depuis l'écriture, fait la différence entre la brute tapie et l'homme civilisé>>.

Bref, en clair, si je débloque c'est bien parce que dans les mots, si maltraités fussent-ils, réside le salut de l'Humanité. (J'ai déjà sorti cette connerie, je sais, je récidive). Toujours l'Idiot International: <<Ce que l'on ne peut dénoncer avec les mots, par un effet de condensation sociale, est un jour dénoncé par la colère>>. Si nous voulons éviter l'explosion, parlons. L'Homme du Neanderthal a disparu parce qu'il n'était pas foutu d'aligner trois mots de suite. Si l'homme avait tout de suite parlé, il aurait fait l'économie de milliers d'années de vie de chien dans les cavernes, de poursuite de mammouths cons dans la lune, de pierres si mal foutues qu'on se demande à la fin si c'est pas les mammouths qui les ont taillées eux-mêmes. Nous sommes, pensons-le, efforçons-nous de le penser, au seuil d'une ère que nous voulons, merde, nouvelle.

Notre vanité est de croire que l'on peut changer le monde, sans nous changer nous-mêmes. C'est un cliché qu'Homo Sapiens se répétait au fond de son trou en regardant sa femme s'épouiller et ses marmots s’abattre dans un tas d'excréments. Mais c'est un cliché qui l'a sauvé, lui a évité le sort du cousin néanderthalien. Si nous parvenons à gueuler, gueuler à tort ou à raison, gueuler constamment nous parviendrons à nous maintenir. Le vrai problème qui se pose à nous, au pays, est tout bêtement, tout simplement un problème d'existence.

To biscuit or not to biscuit, zat is le fond de la marmite. Une défense courante, la défense de ceux qui sont au pouvoir, quand on dénonce les abus, les incompétences, les insuffisances, les aberrations, est de dire: <<Tous les autres pays sont passés par-là>>. Oui. Raison de plus d'en tirer les leçons qui s'imposent. Quand votre guide tombe dans une crevasse, se foule le pied, se relève et continue en claudiquant, vous sentez-vous obligé d'en faire autant ou tout simplement d'éviter la crevasse?
Il est désormais inutile de vouloir discourir à moins de sauver l'essentiel: nous-mêmes.

Habib Ould Mahfoudh
Extrait des Mauritanides  

(1) Parti unique du pouvoir de Moktar oulkd Daddah.





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