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Histoire : Les 10 coups d'Etat qui ont changé l'Afrique


Lu sur le web
Samedi 16 Juin 2012 - 16:49

10 chefs d’Etat africains qui se suivent et ne se ressemblent pas. Tous tombés par des coups d’Etat qui ont suscité les réactions les plus diverses: liesse, soulagement, déception, stupeur, horreur… mais jamais l’indifférence.


10 - Togo, 13 janvier 1963: Sylvanus Olympio, père de l’indépendance abattu

En avril 1960, quand le protectorat français obtient enfin le droit de disposer de son destin, c’est ce cadre international, déjà Premier ministre, qui est perçu comme le prétendant naturel à la présidence de la toute jeune République du Togo.

Parlant six langues, ce métis de sang à la fois brésilien, nigérian et togolais n’a pas ménagé ses forces et ses réseaux diplomatiques pour obtenir l’indépendance. La souveraineté acquise, il multiplie les vexations à l’égard de l’ancienne puissance tutélaire, diversifiant ses partenaires économiques et financiers, poussant la volonté d’autonomie jusqu’à envisager la sortie de la zone franc…

Courant 1962, il commet l’acte qui servira de prétexte à sa déchéance. Il refuse de réintégrer dans la petite armée togolaise, un groupe d’officiers togolais ayant combattu pour la France en Algérie. Parmi ces démobilisés rentrés au pays et livrés à un désœuvrement soudain, un certain Etienne Eyadema Gnassingbé. Il sera le bourreau d’Olympio.

Dans la nuit du 12 au 13 janvier 63, ces demi-soldes furieux et bien armés prennent d’assaut la maison du président paisiblement occupé à rédiger la charte de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA). Alerté, Olympio se réfugie dans la cour de l’ambassade américaine qui jouxte sa résidence. Il en est délogé par les putschistes qui lui enjoignent de quitter les lieux. Il refuse, on le tue.

A la place de Sylvanus Olympio, les militaires placent à la tête de de l’Etat son… beau-frère, et adversaire politique, le très francophile Nicolas Grunitzky, démis 4 ans plus tard par le même Eyadema qui s’installera au pouvoir pour quatre décennies. Ce 13 janvier 1963, à l’aube, le soleil des indépendances a comme une teinte rouge sang. L’Afrique vient de vivre son premier coup d’Etat meurtrier. Le premier d’une longue liste, hélas.

9 - Ethiopie, 12 septembre 1974: la disgrâce de l’empereur Haïlé Sélassié 1er

Histoire : Les 10 coups d'Etat qui ont changé l'Afrique
Pour ses sujets éthiopiens et tous les «rastafari» du monde, le Négus (roi) avait autant de titres qu'une divinité: «Seigneur des Seigneurs», «Lion conquérant de la Tribu de Juda», «Lumière du Monde», ou encore «Élu de Dieu.» Bref, le véritable messie pour ses adeptes, en lieu et place du Jésus chrétien.

La similitude christique s’arrête là. Car, au grand désarroi de ses «disciples», le dernier empereur d’Ethiopie n'a pas ressuscité.

«Le mythe est toujours là (…) Hailé Sélassié est toujours en vie, avec nous. Son legs est toujours avec nous, il a donné un prestige international à l'Ethiopie et a été un empereur réformateur en modernisant notamment le système éducatif».

plaidait à l'Agence France Presse l’universitaire Indrias Getachew, le jour des funérailles publiques du monarque, le 2 novembre 2000, 25 ans après son décès, dans la captivité.

Couronné «négus negest» (roi des rois, en amharique) en 1930, Haïlé Sélassié 1er gouverne déjà depuis deux ans l’Ethiopie. En 1936, il est contraint à l’exil à la suite de l’invasion des troupes fascistes de l’Italie mussolinienne. De retour au pays reconquis en 1941, il symbolise alors la résistance à la colonisation italienne, «résistance à laquelle se sont identifiés bon nombre de mouvements d'indépendance», explique l'historien britannique Richard Pankhurst.

Mais au fil du temps, on reproche à ce «sage de l’OUA», l'Organisation de l'Unité Africaine créée en 1963 avec siège dans la capitale éthiopienne Addis-Abeba dont il est initiateur, son exercice absolutiste du pouvoir. Sa gestion de l'exaspération estudiantine et de la terrible famine qui survient dans le nord-est du pays (200.000 morts) est jugée désastreuse.

Un jour de septembre 1974, un comité militaire marxiste dirigé par le futur dictateur Mengistu Hailé Mariam dépose le Négus et institue la loi martiale. L'empereur est emprisonné, la monarchie abolie peu avant son trépas l’année suivante. Décrétée «naturelle», la mort de l'ultime Négus alimente encore aujourd’hui des suspicions.


8 - Centrafrique, 20 septembre 1979: Jean-Bedel Bokassa, mégalomane déchu

Il était une fois, sur les rives de l’Oubangui, un chef d’Etat qui rêvait du statut impérial. Le 4 décembre 1977, avec l’approbation complaisante de la France, Jean-Bedel Bokassa décide de faire de son rêve une réalité en s’autoproclamant «Empereur de Centrafrique.»

La cérémonie, d’un faste grotesque, tente risiblement de correspondre au sacre napoléonien de 1804. Et ce jusque dans les symboles: tenue, couronne, sceptre, trône qui sont confectionnés par les artisans français mis à la disposition du despote. Qu’importe si tout cela a coûté près de 100 millions de francs français de l'époque (15 millions d'euros), «Sa majesté impériale», ne regarde pas à la dépense.

Bokassa était pourtant considéré comme un homme du peuple à son accession au pouvoir par… un coup d’Etat en 1965. Ancien officier supérieur de l’armée française, décoré de la Légion d’honneur et de la Croix de guerre pour ses faits d’armes durant les guerres mondiale (seconde), d’Indochine et d’Algérie, Bokassa se veut réformateur.

Mais en 1979, le dictateur brutal envers son peuple (tortures, exécutions) est devenu impopulaire. Cette année, il fait réprimer dans le sang une simple manifestation de lycéens. On l’accusera même d’anthropophagie à cette occasion, réputation tenace qui lui valut le sobriquet d’«Ogre de Berengo» (du nom de son palais).

C’est la répression de trop. Le 21 septembre 1979, alors qu’il est en visite en Libye, Bokassa est renversé par les services secrets français lors de l’opération «Barracuda». A sa place, on installe son prédécesseur et cousin David Dacko qui rétablit la République.

«Seul Bokassa a tué? Les autres n'ont-ils pas tué? Non vraiment, il faut être juste... On m'a présenté comme un monstre en inventant cette histoire de cannibalisme parce qu'on voulait ma peau. C'est cela la vérité», dira plus tard, en guise de défense, Bokassa déchu.

Condamné à mort en 1987, puis à la prison à vie, il est finalement gracié. 14 ans après son décès, en 1996, il est «réhabilité dans tous ses droits» par l'actuel président, François Bozizé.

7 - Burkina Faso, 15 octobre 1987: l’espoir est assassiné avec Thomas Sankara

T.Sankara en conférence de presse au Zimbabwe, Harare, 2 sept. 1986, AFP photo D.Faget/A. Joe
T.Sankara en conférence de presse au Zimbabwe, Harare, 2 sept. 1986, AFP photo D.Faget/A. Joe
«Malheur, à ceux qui bâillonnent le peuple!», c’est sur cette sentence, terrible, que Thomas Sankara démissionne avec fracas, en 1982, de son poste de secrétaire d’Etat à l’Information.

Les Burkinabè s'en souviendront. Tout comme ils se souviennent de la conduite héroïque du jeune officier lors de la courte et pathétique guerre qui opposa la Haute-Volta au Mali, en 1974.

Né en 1949, Thomas Isidore Noël Sankara est un capitaine de l’armée voltaïque très en vue au début des années 80.

Sa conscience politique bien forgée, teintée de marxisme, lui permet d’exercer un leadership idéologique sur la nouvelle génération d’officiers. Lors du coup d’Etat qui suit de près sa démission, il est désigné Premier ministre. Mais l’homme est incontrôlable. Déjà, il dérange les hauts-lieux françafricains qui réclament sa tête. La nouvelle de sa mise aux arrêts en mai 1983 plonge Ouagadougou dans un climat quasi insurrectionnel.

Libéré par ses camarades menés par son bras droit et éternel numéro deux, Blaise Compaoré, Sankara prend le pouvoir. La révolution démocratique et populaire est proclamée. Quatre années durant, l’autosuffisance alimentaire, l’éducation, la santé et la promotion de la femme sont érigées en priorités. Avec des résultats probants. Des initiatives audacieuses sont prises, quitte à verser parfois dans l’aventure politique. Volonté de renouveau: le pays est rebaptisé Burkina Faso, la «patrie des hommes intègres.»

Mais le révolutionnaire se fait beaucoup d’ennemis. En visite officielle à Ouagadougou, en novembre 1986, le président français François Mitterrand a affronté verbalement Thomas Sankara. Du guide libyen, Mouammar Kadhafi, ancien parrain, Sankara refuse la tutelle. Tout comme celle de l’Ivoirien Félix Houphouët-Boigny, doyen régional.

Au plan national, la chefferie traditionnelle et la bourgeoise sont frustrées par la réduction de leurs privilèges. Compaoré, le frère jumeau, devenu adversaire, cache à peine ses volontés putschistes.

Dans l’après-midi du 15 octobre 87, ses hommes investissent l’état-major du Conseil national de la révolution, où le président du Faso est en réunion. Entendant les tirs, Sankara rassure ses camarades apeurés: «Restez-là, c'est moi qu'ils veulent!».

Les mains en l’air, le capitaine sort. Il est aussitôt criblé de balles. Son corps, enterré à la hâte, avec ceux de ses 12 compagnons d’infortune, est honoré par une foule de courageux. Le nouveau régime démantèle la révolution. Partout sur le continent, la jeunesse inspirée par le modèle s’indigne. Jusqu'au Cameroun, la rue pleure. Momentanément, une partie de l'Afrique vient de perdre espoir.

6 - Tunisie, 7 novembre 1987: Habib Bourguiba le père de la nation vieilissant est déposé

L’ancien président tunisien, Habib Bourguiba, en compagnie de Ben Ali, mai 1997, Reuters/Stringer
L’ancien président tunisien, Habib Bourguiba, en compagnie de Ben Ali, mai 1997, Reuters/Stringer
Militant nationaliste, Habib Bourguiba (1903-2000) a traversé le 20ème siècle, marquant l’histoire de la Tunisie de son empreinte. Avocat de formation, il mène une lutte inlassable pour que la Tunisie accède à la pleine souveraineté, engagement qui lui vaudra emprisonnements répétés et exils forcés. La lutte accompagnée de diplomatie aboutit en mars 56. Un an plus tard, Bourguiba devient le premier président de la République tunisienne.

Sitôt élu, il se montre réformateur. Il veut un Etat moderne aussi bien sur le plan économique que sociétal. On retiendra de lui ses décisions dites «progressistes»: interdiction de la polygamie, autorisation du divorce et de l’avortement. Laïcité oblige, les autorités religieuses voient leur pouvoir réduit.

Cependant, le pays n’échappe pas au marasme économique dans les années 70 et à son corollaire, la montée progressive de l’islamisme. Ayant une très haute idée de lui-même, Bourguiba se fait président à vie en 1974. Son état de santé, pourtant, ne rassure pas. On dit le leader faiblissant de moins en moins lucide et on soupçonne son épouse, Wassila, de gouverner à sa place.

C’est sur ses doutes que son Premier ministre, Zine El-Abidine Ben Ali, décide d’intervenir en perpétrant un «coup d’Etat médical» le 7 novembre 87. Certifié sénile par des rapports médicaux, Bourguiba est déposé avec ménagement par son numéro deux qui prend le pouvoir en tant que successeur constitutionnel.

Assigné à résidence à Monastir, sa ville natale, Bourguiba mettra 13 ans à y mourir. Enterré dans le somptueux mausolée qu’il s’y est fait construire de son vivant, «le père de la Tunisie moderne» est honoré, une dernière fois par des funérailles nationales.

5 - Liberia, 9 septembre 1990: Samuel Doe ou la sauvage exécution d’un barbare

Il n’aura pas voulu se montrer magnanime, il n’y aura aucune indulgence pour lui non plus. Samuel Kanyon Doe a fini comme il a gouverné, dans la cruauté. Le souvenir est encore vif dans la mémoire collective africaine de l’interminable supplice infligé au président libérien lors de sa destitution en septembre 1990.

La lente torture et les mutilations qu’il subit sont filmées en même temps qu’elles se déroulent sous le regard goguenard du rebelle Prince Yormie Johnson, son vainqueur, qui le fait finalement exécuter. Aujourd’hui encore, ces images circulent.

A son arrivée au pouvoir, en avril 1980, la figure du sergent Samuel Doe, 29 ans, est inconnue du grand public. Même William Tolbert, le président démis, n’avait pas vu venir ce putsch quand il est étranglé dans son lit. Ses ministres, tous arrêtés, sont fusillés en public sur les plages de Monrovia après un jugement expéditif.

De telles exécutions sommaires rythmeront les années de terreur du régime Doe (1980-1990), qui perpétue les pratiques de corruption pourtant dénoncées par lui. Premier «autochtone», à diriger le pays jusque-là sous la domination des Américano-Libériens (descendants d’esclaves affranchis), le militaire de l’ethnie Khran se rend progressivement impopulaire. De nombreuses tentatives de coups d’Etat contre lui échouent.

En décembre 1989, la rébellion du «National Patriotic Front of Liberia» (NPLF) de Charles Taylor éclate. Elle conquiert rapidement l’essentiel du pays jusqu’à pénétrer la capitale Monrovia. Acculé, Samuel Doe se laisse alors abuser par une proposition de rapprochement de Prince Johnson, ancien allié de Taylor, qui a créé sa rébellion dissidente. Le général président est cueilli dans un piège mortel. La suite est connue. La guerre civile, une des plus meurtrières du continent, elle, ne fait que commencer.

4 - Mali, 26 mars 1991: la chute de Moussa Traoré, le tyran

Le sommet franco-africain de la Baule de 1990 aura-t-il eu raison de deux décennies de pouvoir au Mali? Le régime dictatorial de Moussa Traoré (1969-1991) est l’un des premiers à tomber après le célèbre discours du président François Mitterrand du 20 juin 1990 à La Baule, conditionnant l’octroi de l’aide française au développement à un (véritable?) processus de démocratisation.

A la fin des années 80 et à l’orée d’une nouvelle décennie, les Maliens n’en peuvent plus d’un Etat policier qui pendant plus de 20 ans s’est illustré par son impéritie à doter le pays d’une vraie économie. Ils réclament le multipartisme. En clair, la possibilité d’une alternance à un régime faiblissant, laxiste face aux graves sécheresses qui ont sévi en 1972-73 et 1984-85.

Jusqu’ici, le parti-Etat, système assurant la réélection systématique du lieutenant sur des scores soviétiques, n’avait pas permis à la contestation sociale de s’exprimer.

Certes, les Maliens avaient bien manifesté en 1977 lors des funérailles de Modibo Keïta, premier président (1960-68) et père de l’indépendance malienne fauché par un putsch de Traoré, mais de tels mouvements d’humeur ont rarement été possibles. En 1980, une grève scolaire et étudiante est durement réprimée.

«Invincible» pendant la première décennie de son règne, le militaire déjoue toutes les tentatives de coups d’Etat (1969, 71, 75, 78) dont les auteurs sont condamnés à mort, ou embastillés à vie.

Mais en mars 91, alors qu’il est occupé à mater dans le sang une agitation étudiante, le désormais général ne voit pas venir une action militaire qui conduit à son arrestation. Les putschistes placent à leur tête, Amadou Toumani Touré, le «soldat démocrate». Il promet des élections et s’exécute 9 mois plus tard. Le Mali est sur les rails d’une démocratisation unanimement acclamée.

Quant à Traoré, condamné à mort, il est gracié en 2002 et s’attache à vivre pieusement retranché dans un quartier de Bamako. Avec quelques privilèges dus à son rang passé.

3 - Zaïre, 17 mai 1997: Mobutu Sese Seko, vieux roi Léopard, est chassé

Munitions sur des coupures de Zaïres à l’effigie de Mobutu Sese Seko, RDC, janvier 2003, REUTERS/Peter Andrews
Munitions sur des coupures de Zaïres à l’effigie de Mobutu Sese Seko, RDC, janvier 2003, REUTERS/Peter Andrews
Grandeur et décadence du personnage ont suscité un éloquent documentaire biographique: «Mobutu, roi du Zaïre» réalisé par le Belge Thierry Michel. Il relate comment un sous-officier, journaliste à ses heures, gravit les échelons de la hiérarchie administrative et militaire à l’occasion d’un mouvement national dans lequel il s’inscrit tardivement. Se rendant incontournable, il réussit à se poser en arbitre de querelles politiques qu’il tourne en sa faveur par un coup d’Etat, en 1965.

Parvenu au pouvoir, il s’approprie avec cynisme l’aura du défunt artisan de l’indépendance, le charismatique Patrice Lumumba, qu’il a pourtant livré à ses bourreaux belges et katangais, en 1961. Américains, affirment certains, qui voient dans la neutralisation de l’ancien Premier ministre une injonction de la CIA, peu désireuse de voir le communisme s’implanter au centre de l’Afrique.

Car c’est en garant des intérêts occidentaux dans la région que le régime Joseph-Désiré Mobutu s’inscrit dans la durée, en plein contexte de guerre froide. En contrepartie, on ferme les yeux sur sa gouvernance: régime de parti unique, despotisme, culte de la personnalité, corruption endémique qui font du dirigeant et de son sérail des milliardaires. Côté face, c’est la révolution nationale, le Congo est rebaptisé Zaïre en 1971.

1989, le mur de Berlin s’effondre et avec lui les stratégies d’alliance. Discours de la Baule oblige, la contrainte du multipartisme est inévitable. L’affaiblissement du Maréchal-président qui doit partager le pouvoir est visible aux yeux de tous. En 1996, une rébellion venue de l’est et soutenue par le Rwanda éclate. Une de celles qu’on n’arrête pas.

En mai 97, les troupes de Laurent-Désiré Kabila entrent dans Kinshasa livrée au pillage. Le «Léopard du Zaïre» est obligé de fuir le 17 mai 1997. Il n’avait plus de dents pour résister. Au moins ses ennemis n’auront pas eu sa peau. Malade, il s’éteint quelques mois plus tard à Rabat, au Maroc.

2 - Côte d’Ivoire, 24 décembre 1999: Henri Konan Bédié, l’héritier destitué

Henri Konan Bédié, à Accra, pour des négociations, 29 juillet 2004, REUTERS/Luc Gnago
Henri Konan Bédié, à Accra, pour des négociations, 29 juillet 2004, REUTERS/Luc Gnago
Se croyait-il destiné à gouverner indéfiniment? En bon dauphin (constitutionnel) Henri Konan Bédié (HKB) s’assure que son statut de successeur ne sera pas remis en cause, à la mort du président Félix Houphouët-Boigny, en décembre 1993.

Il lui faut disqualifier son rival Alassane Dramane Ouattara qui a fait figure de véritable régent du royaume éburnéen en tant que Premier ministre (1990-1993) d’un patriarche vieillissant après des décennies de règne. A ces fins, il lance le concept d’«ivoirité». Une idée restrictive de l’identité nationale, excluant nombre d’Ivoiriens de la nationalité et Ouattara de la prétention à la succession, loi électorale à l’appui.

Le «Sphinx de Daoukro» (son village), tel qu’on le surnomme, vient d’ouvrir la boîte de Pandore. Les crispations xénophobes et ethnicistes s’exacerbent à la faveur de l’avènement d’une idéologie nauséabonde promue par d’obscurs universitaires. Viendront s’y greffer, clivages religieux et régionaux.

Ce climat sociétal coïncide avec la fin du «miracle économique ivoirien.» Dans ce contexte social délétère où accusations de tribalisme et de mauvaise gestion fusent à l’égard d’HKB, survient une mutinerie bien vite transformée en putsch un jour de réveillon.

Mené par le général Robert Guéï qui prétend être venu «balayer la maison», ce coup d’Etat du 24 décembre 1999, surprend l’opinion africaine et internationale tant il intervient dans une mer de stabilité, de calme et de paix au sein d’un océan ouest-africain tourmenté.

C’est le début d’une longue période de troubles. S’ensuivront une présidentielle «calamiteuse», une rébellion venue du nord puis une partition du pays qui ne prendra fin qu’en même temps la crise postélectorale de 2011-2012.

1 - Madagascar, 17 mars 2009: La rue pousse Marc Ravalomanana à la sortie

Partisans de Rajoelina durant un meeting à Antananarivo,14 mars 2009, REUTERS/Siphiwe Sibeko
Partisans de Rajoelina durant un meeting à Antananarivo,14 mars 2009, REUTERS/Siphiwe Sibeko
En ce début d’année 2009, Antananarivo semble unanime pour réclamer le départ du président Ravalomanana, pourtant réélu fin 2006. On lui reproche, entre autres, de mêler intérêts publics et privés. Il reste, il est vrai, patron d’un des plus grands groupes agroalimentaire du pays.

Deux mois durant, la capitale est sous le coup d’une agitation entretenue par son jeune maire, Andry Rajoelina. Mi-janvier, fort de sa popularité et du soutien de ses partisans rassemblés en masse sur la place du 13 mai, il réclame la démission du chef de l’Etat. Sûr de lui, le surnommé «TGV», en référence à son mouvement «Tanora Gasy Vonona» signifiant «Jeunes Malgaches prêts», pousse la hardiesse jusqu’à se proclamer à la tête d’une Haute-Autorité de transition. Le coup de force n’est pas loin.

Les manifestants, encouragés à la marche sur le palais présidentiel le 7 février pour y installer l’édile frondeur subissent des représailles qui feront 30 morts et plus de 200 blessés. Rajoelina doit se réfugier à l’Ambassade de France, d’ores et déjà suspecte d’une certaine complaisance à son égard.

Le 8 mars, une mutinerie de militaires d'une base proche de la capitale prend la tête de l'armée et accélère le cours des évènements. Ils contraignent Ravalomanana à la démission. Le 17 mars, ce dernier remet le pouvoir à un directoire militaire qui s’empresse aussitôt de le transférer à son rival.

La communauté internationale condamne ce qu’elle indexe comme un «Coup d’Etat», malgré une tentative de légitimation du pouvoir de Rajoelina par la Haute Cour Constitutionnelle de Madagascar. TGV part en quête de cette reconnaissance et se donne deux ans pour organiser des élections.

Les Malgaches attendent toujours. Exilé comme nombre de ses prédécesseurs (notamment Didier Ratsiraka), Marc Ravalomanana, lui, attend encore de pouvoir faire son grand retour. Et récupérer, pourquoi pas, ce pouvoir qu’il a perdu.

Malik Delwendé Ouedraogo
Pour slateafrique.com
Mamoudou Kane


              

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