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Hessa, étudiante koweitienne à Paris, 8 660 euros par mois


Lu sur le web
Dimanche 10 Mars 2013 - 14:25

Hessa, parisienne depuis quatre ans, a un train de vie de princesse mais considère qu’elle a les pieds sur terre. Elle dévoile son budget (démesuré) à Rue89.


Les mains de Hessa dans un café du XVIe arrondissement de Paris en mai 2012 (Nolwenn Le Blevennec/Rue89)
Les mains de Hessa dans un café du XVIe arrondissement de Paris en mai 2012 (Nolwenn Le Blevennec/Rue89)
Hessa (son prénom a été modifié) est si riche, c’est assommant. Cette jeune Koweitienne vit à Paris, dans le XVIe arrondissement. Elle parle arabe dans le Golfe, un mélange de français et d’anglais à Paris. Ses parents la financent largement et le gouvernement koweitien lui verse chaque mois une bourse colossale. Elle dit que, pour elle, rien n’est « out of reach » (hors de portée).

Petite brune, jolie, Hessa est habillée de façon décontractée, en T-shirt et jean. L’argent ne se voit pas au premier coup d’œil. Mais quand elle parle et même dans sa démarche, elle a la langueur des gens qui ne sont jamais inquiets.

Elle est arrivée à Paris il y a quatre ans. Au bout d’un an, elle a lâché ses études de droit à la Sorbonne. Elle a choisi d’intégrer l’American university of Paris (AUP). Dans cette école, elle a retrouvé un milieu social familier et sa bande de copines koweitiennes.

« On l’appelle, entre nous, l’American university of Arabs. C’est un endroit fréquenté par des élites du monde. Il y a des enfants de grands patrons et de familles royales. Aujourd’hui, les connexions valent plus que les diplômes. »

Le jour de notre rencontre, elle vient d’être diplômée. Pour la récompenser, ses parents vont lui offrir la montre Audemars Piguet (dans les 30 000 euros) dont elle rêve depuis un an. Pour la faire patienter, sa mère lui a déjà fait cadeau d’un « tennis bracelet », bijou en diamants qu’elle porte au poignet.

Le restaurant de Kanye West

Pour la rentrée prochaine, Hessa a abandonné l’idée de monter une agence de pub à l’occidentale au Koweit. Elle a rencontré le propriétaire d’un restaurant parisien très branché, ils sont devenus amis, il lui a proposé de monter une franchise de son enseigne dans le Golfe.

« Tu connais pas ? C’est un resto très “fashion oriented” près de ma fac, tu y vois des gens comme Elie Saab ou Kanye West, beaucoup de gens du Golfe. Il me fait vraiment confiance pour développer la marque. »

Son père va financer le projet. Ils partageront les « profits », « fifty-fifty » :

« Il essaye de me faire peur pour voir si j’en ai vraiment envie, il ne veut pas que ce soit un caprice. Cela devrait être fait à la rentrée, inch’allah. Je suis en train de réfléchir à comment importer les produits. »

Elle a hâte de rentrer au Koweit, le confort de son pays lui manque. Là-bas, un chauffeur la conduit partout dans sa Range Rover. Mais cela va lui faire drôle de ne plus pouvoir sortir seule après 22 heures sans risquer de « salir » son nom.

La burqa, « concept intéressant »

Musulmane pratiquante, Hessa dit qu’elle ne se sent pas prête à porter le voile. Mais c’est un concept intéressant, dit-elle : le corps est quelque chose d’intime et ce n’est pas idiot de le préserver des regards.

i[ « Même la burqa, cela peut sembler extrême, mais c’est intéressant. Ne voir d’une femme que ses yeux entourés de “blackness” [de noir, ndlr], c’est la vérité. “How real can that be ?” [quoi de plus vrai ? ] »]i

Si elle avait pu voter, Hessa aurait choisi Hollande :

« Sans trop savoir pourquoi. Juste parce que Nicolas Sarkozy n’a pas été clair avec les Arabes, et que je pense qu’un Président est avant tout le chef des gens et non pas des capitaux. »

Comme Nicolas Sarkozy, elle aime pourtant les belles montres. Elle en porte une, de marque Hublot, noire, dont le cadran est criblé de diamants (environ 15 000 euros). Je lui demande si c’est une fausse. Elle me regarde d’un air gêné : bien sûr que non.

Une paire de Louboutin à 1 000 euros

Ses dépenses les plus mémorables : des chaussures Louboutin à 1 000 euros, une facture de téléphone d’un montant équivalent.

Hessa n’a pas spécialement envie de découvrir le monde, l’humanitaire ne l’intéresse pas. Sa façon à elle de garder les pieds sur terre, c’est de pratiquer sa religion. La plupart de ses amis du Golfe vivent dans une indécence absolue :

« Je suis bien plus “modest” qu’eux, si vous saviez ! »

Elle ajoute que sa mère vient d’une région peu favorisée, et qu’elle sait à quoi « ressemblent » les gens pauvres.

Quand on lui demande par quel hasard elle est tombée sur Rue89 (c’est elle qui nous a contacté pour qu’on réalise son porte-monnaie), alors qu’elle n’est pas le cœur de cible, Hessa répond :

« Come on, ce n’est pas un petit blog inconnu. »

Revenus : 8 661 euros par mois

Bourses de l’Etat koweitien : 4 211 euros par mois

Hessa explique en préambule :

« Mon pays est tout petit, et il est très, très riche. Les nationaux bénéficient donc de grands privilèges aux moments importants de leur vie comme les études ou le mariage. »

Hessa rappelle qu’environ 1 million de Koweitiens vivent au Koweit. Le reste de la population (un peu plus de deux millions) est composé d’Indiens, de Philippins. Seuls ceux qui ont la nationalité koweitienne peuvent profiter des largesses de l’Etat.

Les étudiants qui ont des « notes raisonnables » au bac se voient proposer une bourse d’Etat par le ministère de l’Enseignement supérieur pour étudier à l’étranger.

Le Koweit paye à Hessa l’intégralité du coût de ses études : 26 000 euros par an pour l’AUP, soit 2 170 euros par mois.

Il lui verse 2 000 euros en plus d’argent de poche tous les mois. L’Etat prend également en charge un billet d’avion aller-retour pour le Koweit, les frais médicaux et des extras :

i[ « On reçoit 500 euros [soit 41 euros par mois, ndlr] en septembre pour acheter des vêtements, mais cela ne permet pas d’acheter grand-chose. »]i

En échange, Hessa ne doit pas salir la réputation de son pays, et c’est la raison pour laquelle elle préfère rester anonyme.

Hessa explique que la plupart des gens qui le souhaitent obtiennent la bourse. Ceux qui ne l’ont pas du premier coup peuvent faire une demande plus tard. S’ils ont eu des bonnes notes, ils se font rembourser tous leurs frais rétroactivement.

Fille unique – « ce qui est rare au Golfe » –, elle dit :

« Mon père est dans le business au Koweit. Je ne sais pas exactement ce qu’il a, mais il aurait pu payer tout ça, il est à l’aise financièrement. Mais dans mon pays, c’est comme ça, cette bourse existe, alors on en profite. »

Argent donné par ses parents : 4 500 euros par mois

Ses parents lui versent de l’argent tous les mois, environ 2 000 euros. A chaque fois qu’elle va au Koweit rendre visite à sa famille, Hessa revient également avec 2 000 euros en cash (environ trois fois par an, soit 500 euros par mois).

Ils lui payent aussi ses voyages (environ 1 100 euros par mois) et une partie de ses vêtements (10 000 euros par an, soit autour de 850 euros par mois).

Et cela continuera quand elle se mettra à travailler ?

« Oui. Au Koweit, on aide ses enfants autant qu’on peut, toute sa vie. Personne ne te dit de te trouver un boulot vite et de te prendre en charge. Je quitterai la maison de mes parents quand je serai mariée. J’aurai toujours quelqu’un sur qui compter.

Ce n’est pas chacun son studio et ses écouteurs comme en France. Il n’y a pas d’individualisme. Au Koweit, les gens font tout ensemble. Ils vont acheter leurs bateaux ensemble, pour avoir un meilleur deal. »


Dépenses : 8 620 euros par mois

Loyer : 1 300 euros par mois

Hessa habite un 50 m2 dans le XVIe arrondissement, près de la place Victor-Hugo. Elle a choisi cet immeuble parce que des bons amis de sa famille y possèdent des appartements. Elle ne se sent pas surveillée :

i[ « Les gens de ma famille sont ouverts d’esprit. Ils savent que je peux rentrer à 5 heures du matin, ils me font confiance. Je suis sage. Je ne bois pas et je ne fume pas, même pas une cigarette de temps en temps. Je n’ai pas de comportement “outrageous” [indécent, ndlr]. »]i

Ses parents sont rassurés par le fait qu’elle vive dans un quartier chic de Paris. Hessa ne va jamais à l’Est de Paris. Elle ne va pas au-delà des Invalides.

Frais de scolarité : 26 000 euros par an (2 170 euros par mois)

Ils sont pris en charge par l’Etat koweitien.

Sorties : 1 800 euros par mois

Hessa va tous les jours au restaurant :

« Je suis étudiante, je mange une fois par jour et tout le temps dehors. »

Elle déjeune au café de l’Esplanade, fréquenté par les politiques, ou dans n’importe quel restaurant Costes. « We’re talking [on parle de] 40 euros par jour. »

Le week-end, elle sort avec des amis. En arrivant à Paris, elle fréquentait le VIP Room. Elle va maintenant au « BC », qui est le surnom de la boîte Black Calvados. Avec le retour de l’été, elle va retourner « aux soirées de Bagatelle » (fêtes en plein air de la jeunesse dorée parisienne).

Quand elle sort, Hessa ne boit pas, mais elle paye. « C’est normal, je paye pour ma présence sur une table. » Elle dépense environ 600 euros par mois dans les clubs.

Courses : 200 euros par mois

Avant d’arriver à Paris, Hessa n’avait jamais fait les courses de sa vie. Maintenant, cela lui arrive de temps en temps. Mais elle n’achète pratiquement rien, puisqu’elle ne mange pas chez elle. Elle fait seulement des stocks de Coca zéro, d’eau, et achète quelques trucs pour le petit déjeuner.

Elle est ravie, parce qu’une épicerie chic vient d’ouvrir près de chez elle, avec des produits kasher (qui conviennent à ceux qui mangent halal) et américains.

Vêtements : environ 1 000 euros par mois

Elle n’achète pas ses vêtements toute seule :

« Je considère que ce n’est pas à moi de me vêtir. C’est le rôle de mes parents. »

Au Koweit, avec sa mère, elle fait des descentes deux fois par an. Elles dépensent près de 10 000 euros (environ 850 euros par mois) chez Dolce & Gabbana ou Marni :

« Là-bas, il n’y a pas de taxe, il y a tout ce qu’il faut. »

Ici, à Paris, elle ne s’achète que ce qu’elle appelle ses « vêtements fast-fashion », une jupe ou T-shirt sur le moment dans une boutique de quartier, soit autour de 250 euros par mois.

Déplacements : 250 euros par mois

Hessa a un pass ImagineR (le forfait étudiant de la RATP) qui coûte 35 euros par mois. Elle aime bien prendre le métro quand elle a le temps. « J’écoute de la musique, c’est sympa, ça change. »

Le soir, elle prend toujours le taxi. Environ cinq fois par semaine. Comme elle ne va jamais très loin, elle n’en a jamais pour plus de 10 euros. Hessa en profite pour dire qu’elle est « amoureuse » de Paris, elle souhaite acheter un appartement dès qu’elle le pourra.

Portable : 400 euros par mois

Hessa possède deux portables : un BlackBerry (« pour la messagerie instantanée BBM ») et un iPhone (« pour l’application équivalente Whatsapp »).

L’étudiante ne fait pas attention aux montants de ses factures, elle dépense environ 200 euros par mois et par portable :

« J’appelle à l’étranger sans compter. Je ne demande pas à mes parents de me rappeler. »

Femme de ménage : 290 euros par mois

Une « femme de ménage philippine » vient faire le ménage deux fois par semaine chez elle, trois heures à chaque fois. Elle la paye 12 euros de l’heure.

Carte UGC : 20 euros par mois

Hessa aime bien les blockbusters intelligents comme « Fight Club ». Elle ne lit plus beaucoup, elle n’a pas le temps, sauf des livres de design de temps en temps.

Eau et électricité : environ 60 euros par mois
Internet : 30 euros par mois
Voyage : environ 1 100 euros


Hessa fait un grand voyage par mois, souvent au frais de ses parents. Elle adore aller à Beyrouth pour passer de longs week-ends :

« Ce n’est qu’à trois heures de Paris, et j’y retrouve l’ambiance du Golfe. Tout vient à toi, la vie n’est pas speed. Je “chille”, c’est très relax, c’est en quelque sorte mon spa. »

Quand elle va à Londres voir une partie de sa famille, elle voyage en seconde :

i[ « Je ne prends la première qu’avec mes parents. Je suis étudiante, je considère que je peux voyager comme tout le monde. Certains de mes amis qui vivent à Paris ont un cuisinier et un chauffeur, moi je suis plus “grounded” [avec les pieds sur terre, ndlr]. »]i

Autres frais : « Je n’en sais rien »

Concernant son assurance, elle ne s’est jamais vraiment posé la question, mais est assurée au Koweit.

Les frais bancaires ?

« J’en ai aucune idée, c’est la BNP, un compte normal. »

Nous estimons que Hessa doit payer environ 14 euros par mois.

Elle n’a pas de frais de santé :

i[ « J’ai égaré ma carte verte [la carte Vitale, ndlr] et je ne vais jamais chez le médecin. »]i

Epargne : 0 euro

Hessa ne veut rien avoir sur son compte à la fin du mois. Quand il lui reste de l’argent, elle va le dépenser en s’achetant « quelque chose de super cher ».

i[ « C’est “kind of sad” [un peu triste, ndlr]. Je ne veux pas capitaliser. J’ai 21 ans et je considère que je peux juste m’amuser sans rien mettre de côté. »]i

Nolwenn Le Blevennec
Pour rue89
Mamoudou Kane


              

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