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Hassana Ould Ely, DG de Mauritania Airlines International: «La concurrence est biaisée, mais c'est surtout le fait du protectionnisme sénégalais»


Economie
Mardi 1 Novembre 2011 - 15:00

Après plusieurs mois de crise des transports aériens entre Nouakchott et Dakar, les dessertes ont repris entre les deux capitales. Avec des tarifs que les consommateurs jugent «excessifs» et qui a laissé penser, même aux yeux de certains spécialistes, qu'il y aurait une entente sur les prix entre Senegal et Mauritania Airlines. «Jamais» rétorque Hassana Ould Ely, Directeur général de la compagnie mauritanienne, qui dans cet entretien, met plutôt en exergue le protectionnisme incohérent du gouvernement sénégalais.


Hassana Ould Ely, DG de Mauritania Airlines International: «La concurrence est biaisée, mais c'est surtout le fait du protectionnisme sénégalais»
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On évoque beaucoup l'entente sur les prix qu'il y aurait entre votre compagnie et Senegal Airlines, qui expliquerait les prix élevés d'un aller-retour entre Nouakchott et Dakar. Qu'en dites-vous?

Jamais. Ce serait une honte! Pour une nouvelle compagnie comme la nôtre, cela n'aurait aucun sens.
Par contre, la concurrence est biaisée c'est vrai, mais il ne s'agit pas d'entente sur les prix, mais plutôt d'un protectionnisme pur et dur, qui ne dit pas son nom, appliqué par le Sénégal.

Et un des aspects de ce protectionnisme et de l'interventionnisme du gouvernement sénégalais, sont les taxes appliquées sur la structure de prix des billets, qui couvrent plus des 2/3 de cette structure.
Faites le calcul et vous verrez que le prix du billet dans ces conditions ne peut qu'être élevé entre les deux capitales.

Quand même, 120 000 ouguiyas quasiment, pour 45 minutes de vol...

C'est un non-sens certes, mais le Sénégal applique des taxes qui couvrent plus des 2/3 du prix du billet entre Nouakchott et Dakar, pour couvrir une partie des frais du nouvel aéroport de Dakar, Blaise Diagne. À notre niveau qu'y pouvons-nous, si ce n'est couvrir nos frais, et dégager une marge bénéficiaire. De mon côté, je suis obligé de prélever ce que le gouvernement sénégalais me demande. Mon système de prix est un «mark-up» que je place au-dessus des taxes imposées; si les taxes sont à 1000 ouguiyas par exemple, je fixerai mon billet à 1800.

Quelle est la part des taxes légales appliquées par le Sénégal?

Justement, ce qui est gênant dans cette structure des prix, c'est la part excessive des taxes extra-légales, dont on ne saisit pas bien l'origine. De ce fait, la partie sénégalaise perçoit des taxes excessives en la matière. Et malheureusement tous les avions passant par Dakar subissent ce diktat qui plombe la structure des prix de leurs billets pour cette destination.

N'est-ce pas contraire à la convention de Yamoussoukro, que les deux pays ont signé?

En effet. Entre la Mauritanie et le Sénégal, il existe différentes conventions, dont la plus importante, celle de Yamoussoukro consacre le principe du «ciel ouvert». La partie sénégalaise, durant les négociations a dit qu'il ne remettait pas en cause cette convention, mais qu'elle ne la suivrait pas, simplement.

Les gouvernements devraient nous laisser faire et que le meilleur gagne. Nous, on ne demande que le jeu libre et transparent de la concurrence, et que les états exigent simplement de leurs compagnies d'être propres et sûres. Ça doit être fait sans état d'âmes. On fait des affaires ou non.
Je suis pour l'économie libre, de marché; car dans ce cadre, les canards boiteux à moyen terme, disparaissent d'eux-mêmes.

Quelle stratégie axe le développement de Mauritania Airlines? Des leçons ont été tirées des échecs de Air Mauritanie et Mauritania Airways ?

Les précédentes compagnies (Air Mauritanie et Mauritania Airways- ndlr) appartenaient à des privés. Nous sommes pour notre part, essentiellement constitués de capitaux publics. Et pour réussir dans les services aériens il y a deux règles d'or à respecter: avoir une main-d’œuvre habile, avec d'excellents pilotes et mécaniciens, et un système managérial cohérent. La combinaisons de ces deux règles assurent une bonne part de la réussite d'une compagnie aérienne.

Je pars du fait qu'il faut être beaucoup plus pragmatique: je fais quand j'ai un intérêt à le faire, et j'arrête quand je ne gagne pas d'argent. En l’occurrence, les lignes de prestige, si elles ne rapportent rien, doivent être automatiquement fermées.

Quelles sont vos lignes les plus rentables justement?

Les mauritaniens ne voyagent pas beaucoup, donc on vise plus largement le marché de la sous-région. Mais nationalement, la ligne Nouakchott/Nouadhibou/Zouérate fonctionne relativement bien. Et dans la sous-région, Nouakchott/Casablanca et Cotonou/Brazzaville, deviennent des fers de lance commerciaux.

Propos recueillis par Mamoudou Lamine Kane

* photo de Une de Cridem
Mamoudou Kane


              

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