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Hassan Rohani : pourquoi l'Iran souhaite engager un dialogue constructif


Tribunes
Samedi 21 Septembre 2013 - 12:12

Le nouveau président iranien affiche sa volonté d'ouverture dans une tribune publiée ce 20 septembre dans The Washington Post, à quelques jours de son intervention à l'Assemblée générale de l'ONU.


Hassan Rohani, président iranien, le 3 août dernier à Téhéran (Atta Kenare/AFP) Droits réservés
Hassan Rohani, président iranien, le 3 août dernier à Téhéran (Atta Kenare/AFP) Droits réservés
Il y a trois mois, mon programme "Prudence et espoir" a été largement approuvé par un vote populaire. Les Iraniens ont soutenu mon approche des affaires nationales et internationales, qu'ils attendaient depuis longtemps. Je suis déterminé à tenir les promesses que j'ai faites à mon peuple, y compris celle d'engager un dialogue constructif avec le monde.
 
Le monde a changé. La politique internationale n'est plus un jeu à somme nulle, mais une arène multidimensionnelle où coopération et compétition sont souvent simultanées. C'en est fini de l'époque des vendettas. On attend des dirigeants mondiaux qu'ils transforment les menaces en possibilités de dialogue.
 
La communauté internationale est confrontée à de nombreux défis dans ce nouveau monde – le terrorisme, l'extrémisme, l'interventionnisme militaire étranger, le trafic de drogue, la cyberdélinquance et l'ingérence culturelle –, tout cela dans un cadre qui a donné la priorité à la puissance brutale et au recours à la force.
 
Le danger de l'unilatéralisme
 
Nous devons tenir compte de la complexité des problèmes pour les résoudre. Et c'est là que se place l'engagement constructif tel que je le conçois. Dans un monde où la politique planétaire n'est plus un jeu à somme nulle, il est – ou devrait être – inconcevable que l'on puisse défendre ses intérêts sans prendre en considération ceux des autres. Adopter une approche constructive de la diplomatie ne signifie pas renoncer à ses droits. Cela signifie tendre la main à ses homologues, dans un esprit d'égalité et de respect mutuel, pour aborder des inquiétudes partagées et atteindre des objectifs communs. En d'autres termes, les résultats positifs pour tous ne sont pas seulement préférables, ils sont réalisables. La logique de la somme nulle, celle de la guerre froide, est dommageable pour tous.
 
Malheureusement, l'unilatéralisme a encore la préséance sur les approches constructives. On s'efforce d'assurer sa propre sécurité au détriment de celle des autres, avec des conséquences catastrophiques. Plus de dix ans et deux guerres après le 11-Septembre, Al-Qaida et d'autres militants extrémistes continuent de semer le chaos. La Syrie, joyau de la civilisation, est aujourd'hui le théâtre de violences déchirantes, y compris des attaques à l'arme chimique que nous condamnons vigoureusement. En Irak, dix ans après l'invasion sous commandement américain, des dizaines de personnes sont encore fauchées quotidiennement par la violence. L'Afghanistan est victime d'un bain de sang endémique comparable.
 
L'approche unilatérale, qui glorifie la force brute et engendre la violence, est manifestement incapable de résoudre les problèmes auxquels nous sommes tous confrontés, comme le terrorisme et l'extrémisme. Je dis cela car personne n'est à l'abri de la violence qu'attisent les extrémistes, même si elle fait rage à des milliers de kilomètres de là. Les Américains ont pris conscience de cette réalité il y a douze ans.
 
Le nucléaire, une quête pour la dignité et le respect
 
Ma démarche en matière de politique étrangère est de résoudre ces problèmes en s'attaquant à leurs causes profondes. Nous devons travailler ensemble afin de mettre fin aux rivalités malsaines et aux ingérences extérieures, sources de violence et de division. Nous devons également être attentifs à la question de l'identité qui est un élément déclencheur majeur de tensions au Moyen-Orient et dans le reste du monde.
 
Fondamentalement, les guerres brutales en Irak, en Afghanistan et en Syrie ont pour origine un questionnement identitaire qui s'interroge sur la place de ces pays dans la région et à l'internationale. Cette question centrale de l'identité est également au cœur de notre programme pacifique d'énergie nucléaire. Pour nous, maîtriser l'atome et produire de l'énergie nucléaire doit nous permettre de diversifier nos ressources énergétiques mais aussi, et c'est tout aussi important, de définir qui sont les Iraniens en tant que nation. C'est une quête pour la dignité et le respect avec pour enjeu notre place sur la scène internationale. Refuser de comprendre le rôle joué par ce genre de questionnement, c'est risquer de s'exposer à des échecs sur des sujets qui nous concernent tous.
 
Mon engagement pour résoudre ces défis veut s'exprimer de deux manières.
 
Tout d'abord nous devons unir nos forces de manière constructive afin de mettre en place un dialogue national, que ce soit en Syrie ou à Bahreïn [où l'Iran soutient les opposants chiites contre la famille régnante]. Nous devons créer un environnement qui permettra aux habitants de la région de décider de leur propre sort. Et c'est dans cette optique que mon gouvernement souhaite participer au rétablissement d'un dialogue entre le gouvernement syrien et l'opposition.
 
Deuxièmement nous devons nous attaquer aux injustices et aux rivalités qui attisent la violence et le conflit. Et cet engagement en faveur d'échanges plus constructifs doit se traduire par une volonté sincère d'aider les pays voisins et les autres à identifier et à mettre en place des solutions sans que personne ne soit lésé.
 
Nous et nos homologues internationaux avons passé beaucoup de temps, peut-être trop, à discuter de ce que nous voulons éviter et non de ce que nous voulons accomplir. Cette situation ne s'applique pas uniquement aux relations internationales de l'Iran. Dans un contexte où la politique étrangère dépend directement des politiques nationales, mettre l'accent sur ce que l'on veut éviter permet à de nombreux dirigeants du monde de résoudre facilement des casse-tête complexes. Affirmer ce que l'on veut accomplir demande plus de courage.
 
Des échanges constructifs sur la Syrie et le programme nucléaire iranien
 
Après dix ans de va-et-vient, ce que tous les camps souhaitent éviter en ce qui concerne le dossier nucléaire iranien ne fait aucun doute. Il en va de même pour les approches opposées sur la Syrie.
 
Cette méthode peut être utile lorsqu'il s'agit d'éviter que les guerres froides s'enveniment. En revanche, pour se sortir de l'impasse, que ce soit dans le cas de la Syrie, du programme nucléaire de mon pays ou de nos relations avec les Etats-Unis, nous devons placer la barre plus haut. Au lieu de chercher à éviter qu'une situation empire, nous devons réfléchir à la façon de l'améliorer – et, pour cela, il faut en discuter. Nous devons trouver le courage d'exprimer ce que nous voulons accomplir et soutenir ces idées avec la volonté politique nécessaire pour prendre les mesures qui s'imposent. C'est ainsi que j'envisage des échanges constructifs.
 
A la veille de mon départ pour New York, où j'assisterai à l'ouverture de l'Assemblée générale des Nations unies, j'exhorte mes homologues à saisir l'occasion qu'a créée la dernière élection présidentielle iranienne. Je les exhorte à tirer parti du mandat d'engagement prudent confié par mon peuple et à répondre avec sincérité aux efforts de mon gouvernement pour ouvrir un dialogue constructif. Avant tout, je les exhorte à s'affranchir des préjugés et à avoir le courage de me dire ce qu'ils voient – si ce n'est pour leurs intérêts nationaux, alors au nom de leur héritage, de nos enfants et des générations futures.

Hassan Rohani
President iranien
Mamoudou Kane


              

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