Connectez-vous S'inscrire
Noorinfo

Hassan Al-Tourabi, opposant soudanais : "Le pays risque une révolution populaire"


International
Vendredi 2 Novembre 2012 - 19:34

Hassan Al-Tourabi, qui a servi de caution idéologique islamiste à la dictature miliaire d'Omar El-Béchir avant d'en devenir un des plus sévères pourfendeurs, décrypte la situation économique et politique du Soudan. Interview.


Hassan Al-Tourabi, opposant soudanais : "Le pays risque une révolution populaire"
Dans son salon, couvert de tableaux – des sourates coraniques calligraphiées –, nous sommes accueillis par l'opposant soudanais islamiste Hassan Al-Tourabi. "Je suis l'enfant de la culture arabe et également de la culture occidentale. Je suis arabe, africain, musulman et j'essaie de concilier tout cela", explique celui qui a été le déclencheur de la révolution islamique dans un pays qui a connu trois coups d'Etat militaires [entre 1958 et 1989], et qui est encore gouverné par des militaires qui prennent l'islam comme étendard afin de promouvoir leur politique.

A propos de la sécession du Soudan du Sud [en 2011], Tourabi explique que ses habitants étaient "traités très injustement. Tout comme nous, les Soudanais, nous avions fait sécession de l'Egypte [en 1953, un traité anglo-égyptien reconnaît le droit du Soudan à l'autodétermination], les Sudistes ont fait sécession du Soudan et ont exercé leur droit à l'autodétermination." Et d'affirmer son soutien à ce droit à l'autodétermination, bien que lui-même et d'autres aient beaucoup œuvré pour éviter cette amputation de leur pays.

Au Soudan du Sud, musulmans et non-musulmans alliés pour faire sécession

"Quand nous avions créé le Front islamique national [FIN ; en 1989, ce parti a porté au pouvoir l'actuel président du Soudan, le général Omar El-Béchir], nous étions allés partout et avions parlé avec tout le monde, sans préjugé, alors que certains au Soudan voyaient les Noirs comme s'ils étaient des esclaves. Quand un sudiste venait à Khartoum, il ressentait l'injustice dont était victime le Sud en voyant que la capitale était dotée d'électricité, d'hôpitaux, de routes et d'écoles. Nous ne trouvions rien d'autre à lui dire que d'expliquer que cela était l'héritage des Anglais."

"La question de l'islam ne posait pas de problème avec le Sud ; c'était l'arabisme, la culture et la langue qu'on leur imposait qui posait problème, alors qu'ils sont africains. De même, ils souffraient de la dureté du régime militaire. Cela a abouti à un quasi-consensus entre musulmans et non-musulmans [du Sud] en faveur de la sécession."

"La sécession a suscité la peur de l'Egypte, car le Sud risquait de pencher vers les pays africains qui avaient formé l'Initiative du bassin du Nil (IBN) contre l'Egypte et le Soudan, étant donné le besoin croissant de ces pays en amont du Nil en eau pour l'agriculture et en barrages pour la production d'électricité."

Un régime corrompu

Quant au régime d'El-Béchir, il explique : "Le régime militaire ne peut plus continuer à se prétendre islamique. Car il n'y a pas de contrainte en religion, et aussi parce que les militaires ne sont mus que par le pouvoir." Et de poursuivre : "Le régime est devenu corrompu. La population est consciente de l'étendue du phénomène."

Il estime également que le régime est dans une impasse économique, vu, depuis la sécession du Sud, le tarissement des ressources pétrolières. Il essaie donc d'augmenter les taxes, mais risque ainsi de "provoquer une révolution des gueux, qui se comporteront comme des bêtes sauvages".

"Si ce régime devait être renversé par une révolution, et compte tenu du tribalisme et des tensions régionales, le Soudan pourrait connaître une situation plus grave que celle qu'a connue la Somalie", met-il en garde. "Toutes les forces d'opposition doivent mesurer les dangers pour la pérennité du Soudan que représenterait une révolution populaire."

Propos recueillis par Aya Aman
Pour Al-Shourouk
Mamoudou Kane


              

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Actu Mauritanie | Actualité | Economie | Sport | Culture | Société | Lu sur le web | International | Tribunes | Vu de Mauritanie par MFO | Blogs | videos | A.O.S.A | Communiqué | High-Tech | Politique | Sciences | Insolite | Histoire