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Haro sur la Russie ! (elle nous détruit Daesh !)


Tribunes
Jeudi 14 Avril 2016 - 07:59

Au lendemain de l’annonce du retrait partiel hors de Syrie des forces russes, qui avaient atteint l’essentiel de leurs objectifs, politiciens, analystes et autres pontes des médias occidentaux s’efforçaient de tirer parti de ce retrait en le brocardant comme un aveu d’impuissance, la capitulation d’un pays ruiné tentant de se dégager du bourbier où il était en train de s’enliser.


Haro sur la Russie ! (elle nous détruit Daesh !)
Plus pertinentes et plus honnêtes, d’autres analyses soulignaient néanmoins que le retrait partiel de la Russie pouvait être plus diplomatique que stratégique – un geste magnanime de Moscou indiquant l’intention du Kremlin d’offrir gracieusement aux principaux responsables de cette « proxi-war » [guerre indirecte, « par mercenaires interposés »] une élégante porte de sortie – non sans rappeler que la Russie laissait de toute façon sur le terrain assez d’effectifs et de matériel pour s’assurer que les récentes avancées des forces syriennes et russes ne soient pas seulement préservées mais plutôt poursuivies bien au-delà dans les semaines à venir.
 
Depuis l’annonce de ce retrait, cette analyse s’est d’ailleurs avérée assez exacte. Les opérations que la Russie a continué de mener en Syrie aux côtés de l’armée syrienne ont été couronnées de succès, à l’instar de la libération de Palmyre – dont le soi-disant État Islamique (EI) avait pris le contrôle très ironiquement à l’apogée de la prétendue Bataille contre Daesh, de la coalition menée par les États-Unis.

Pour autant, bien que la Russie aide effectivement la Syrie à éradiquer de son propre territoire des organisations terroristes internationales désignées comme telles par l’ONU, les analystes occidentaux dénoncent depuis à cor et à cri le fait que la Russie poursuit ses opérations en Syrie alors qu’elle avait annoncé le retrait de ses troupes.
 
La « perspicacité » de Brookings : quoi qu’il se passe, c’est la faute à Moscou !
 
La Brookings Institution est un think tank US (Washington) spécialisé dans les politiques occidentales et qui défend les intérêts des 500 grosses fortunes qui le financent et siègent à son comité de direction. [Ndt : Ses éclairages et analyses sont largement répercutés, repris ou partagés dans la plupart des médias dominants en Europe et ailleurs]. Dernièrement, elle a publié sur son blog,

« L’ordre issu du chaos » [Order from Chaos], une analyse intitulée « Pourquoi la Russie sera responsable en cas d’échec du cessez-le-feu » [“Why Russia is accountable if the Syrian ceasefire fails”], dans laquelle elle déclare que : L’annonce d’une victoire en Syrie du président Vladimir Poutine est d’ores et déjà éclipsée par celle de son intention de recourir à ses forces armées contre les violateurs du cessez-le-feu s’il n’obtient des USA des garanties sur les moyens de contrôle de la trêve.

Dans l’intervalle, il est devenu évident que davantage d’armement lourd était acheminé depuis la Russie vers la Syrie et non en sens inverse, et que sur le terrain, les forces russes participaient ouvertement aux combats.
 
Poutine propose-t-il réellement de garantir la paix en Syrie ? Probablement pas. Les conditions qui ont amené la Syrie à basculer en vrille dans la guerre civile n’ont toujours pas été solutionnées, et le retrait russe n’est qu’une façade. L’annonce de Poutine indique donc clairement que la Russie, l’un des principaux acteurs du conflit syrien, n’a ni la capacité ni la moindre intention de rétablir la paix.
 
Pour les analystes de Brookings, le fait que les forces russes combattent directement Daesh et que la plupart des « violateurs » du cessez-le-feu collaborent ouvertement avec d’autres organisations terroristes désignées comme telles par l’ONU – comme Al Nusra ou Al Qaïda – n’a manifestement aucune espèce d’importance. Au plus total mépris de la réalité, pas une fois leur parution du 30 mars ne mentionne la libération de Palmyre quelques jours plus tôt par les forces syriennes et russes. Et de conclure :
 
L’intervention militaire russe vise uniquement à servir les intérêts de la Russie et à lui garantir une position de force dans un ordre du monde au sein duquel elle exige d’être traitée en égal mais ne se reconnait aucun égal. Son intervention militaire prétend renverser l’ordre international au seul bénéfice de la Russie et de ceux qui s’alignent sur ses intérêts. Le cessez-le-feu syrien a débuté parce que la Russie en avait décidé ainsi.

Il constitue une pause stratégique pour la Russie, qui lui permet de se repositionner à la fois politiquement – tant vis-à-vis de la population russe que sur le plan international – et militairement, sur le terrain. Si le cessez-le-feu ne tient pas, ce sera probablement parce que la Russie reprochera aux USA de ne pas en avoir respecté les termes, et parce que les conditions seront devenues suffisamment favorables à Assad pour qu’il puisse finaliser les opérations militaires de reconquête des territoires perdus.

On peut difficilement y voir l’attitude d’une nation qui s’efforce de conduire le processus de paix vers la cessation des hostilités. En recourant à la force, la Russie se rend d’office responsable de l’échec du cessez-le-feu, et démontre son refus de respecter pacifiquement ses engagements visant à garantir une paix durable.
 
Il est plutôt comique de voir les USA – qui pendant plus d’un an, unilatéralement, sont intervenus militairement en Syrie soi-disant pour y combattre Daesh – s’offusquer bruyamment qu’une autre nation (la Russie) puisse intervenir aussi en Syrie, avec de surcroît l’aval officiel du gouvernement syrien, et y vaincre Daesh en bien moins de temps et avec des moyens nettement plus réduits que ceux déployés en vain pendant des mois par les USA et leurs nombreux alliés.

Or ce que cela implique va très loin, et en particulier le fait que les forces russes et syriennes soient parvenues à vaincre Daesh en coupant ses lignes de ravitaillement, directement branchées aux frontières de fidèles alliés de l’OTAN et des USA. Mais sur un point au moins l’analyse de Brookings reste juste : la Russie est effectivement en train de renverser « l’ordre international ».
 
Si par « ordre international » on entend bien la capacité de projection de puissance économique, militaire et socioéconomique de Wall Street, Washington, Londres et Bruxelles sur la planète entière, il est même en plein crash.

Et sachant que dans « l’ordre international » en question, il est parfaitement acceptable [pour un pays occidental] de décider unilatéralement de bombarder un pays souverain sans l’aval de son gouvernement, il est clair que renverser un niveau d’injustice aussi astronomique n’est pas simplement acceptable, c’est véritablement un devoir !
 
Que la Russie y parvienne d’une manière à la fois mesurée, prudente et pondérée, en respectant les principes de l’ordre multipolaire qu’elle s’efforce d’instituer pour remplacer « l’ordre international » actuel – et dans lequel la souveraineté internationale prime clairement sur une idée du droit international totalement biaisée et monopolistique – est probablement la cause principale de son remarquable succès en Syrie.

Et vu que tous les soi-disant principes qui fondent « l’ordre international » auquel Brookings fait référence ont été subvertis d’abord et avant tout par les nations occidentales elles-mêmes, il n’est finalement pas si surprenant qu’une profonde crise de légitimité ait fini par saper les objectifs même des politiques étrangères occidentales.
 
Et tandis que les USA et leurs responsables politiques rament pour imputer à la Russie l’échec d’un cessez-le-feu qui d’ailleurs tient toujours, ce sont précisément les USA qui, le plus ouvertement du monde, continuent à former et armer des militants aux frontières de la Syrie, dans le but de perpétuer indéfiniment les violences qui ravagent ce pays depuis déjà cinq ans.
 
Rien de surprenant à ce que politiciens, médias et décideurs de la politique étrangère des puissances occidentales s’obstinent à décrire le conflit syrien en rejetant la faute sur tout le monde sauf sur eux-mêmes, doublant néanmoins la mise sur une politique qui a déjà échoué, et continuant obstinément à déformer les faits, en toute malhonnêteté, alors que le monde entier voit désormais clairement de quoi il en retourne. Tout cela, bien sûr, ne fait qu’aggraver davantage la crise de légitimité qui a conduit l’Occident au bord du gouffre où il se retrouve aujourd’hui.
 
S’enferrer dans cette direction au lieu de faire marche arrière, c’est évidemment s’assurer que la légitimité des puissances occidentales ne fera que s’effondrer davantage.
 
Traduit de l’anglais par Dominique Arias
 
Tony Cartalucci est un analyste géopolitique, chercheur et auteur basé à Bangkok, qui écrit principalement pour le magazine online “New Eastern Outlook”.

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