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Happy wwwday :Internet nous a-t-il enrichis... ou appauvris ?


Lu sur le web
Mercredi 12 Mars 2014 - 10:00

Le 12 mars 1989, Tim Berners-Lee proposait la création d'un réseau informatique pour que les chercheurs du Cern puissent échanger des informations. Une idée qui fût jugée "vague mais intéressante". Aujourd'hui, le Web fête ses 25 ans.


Happy wwwday :Internet nous a-t-il enrichis... ou appauvris ?
Atlantico : Il y a 25 ans, Tim Berners formalisait le "World Wide Web" et posait les fondements du développement mondial d'Internet. Quelles sont les principales avancées qu'il a permises ?

Robin Rivaton : Internet est un système d'interconnexion de machines qui peuvent échanger des données entre elles grâce à un protocole de transfert uniformisé. En 2000, le magazine Alternatives Economiques commentait l’ouvrage Le boom de la net économie de Solveig Godeluck en affirmant qu’il était "difficile, pourtant, dans l'excitation générale, de mesurer la portée de cette révolution et d'en comprendre les mécanismes et les enjeux". 14 ans plus tard, la portée d’Internet paraît assez évidente. Il s’agit d’une triple révolution avec des répercussions économiques et sociales. Révolution des télécommunications qui a permis l’émergence du courrier électronique, de la messagerie instantanée puis la baisse drastique des coûts de communication grâce à la voix sur IP. Une étape décisive a été franchie avec l’apparition de l’Internet mobile qui a permis de révolutionner les usages de consommation.

Révolution des données dont le volume a explosé grâce à l’augmentation des capacités de stockage et de calcul, permises par la mise en réseau. La connexion des objets au réseau Internet permet de les rendre "intelligents" et donc d’en améliorer considérablement les performances. Révolution de l’information en assurant les rapports directs entre producteurs et consommateurs, entre consommateurs entre eux et entre citoyens lorsqu’il n’y a pas d’échange marchand. La mise en relation directe contribue à réduire la chaîne d’intermédiaires et d’opérateurs humains remplacés par les outils informatiques.

David Fayon : Les fondements même du réseau Internet ont été posés avant… Le Web représente la partie graphique d’Internet avec pour corollaire les liens hypertextes et l’apparition des navigateurs qui permettent de voyager de page en page sur le Web, parfois avec un processus de découverte lié au hasard. On parle de sérendipité. L’introduction du Web, très conviviale comparativement aux scripts de commandes, a permis de démocratiser Internet auprès d’une population plus large que les seuls chercheurs, ingénieurs, universitaires. Nous avons vécu un grand décollage du nombre d’internautes en 1995 avec la fourniture d’Explorer de Microsoft avec les PC vendus. Désormais, nous sommes proches des 3 milliards d’internautes dans le monde avec plus de 80 % de la population connectée dans les pays développés et ces dernières années, la nouvelle étape est celle de la croissance très forte des utilisateurs nomades via smartphones et tablettes.

Concrètement Internet a permis de révolutionner l’ensemble de nos usages au quotidien - en modifiant sensiblement nos rapports au temps, à l’action, à l’espace et à autrui - au point où l’on se demande comment nous faisions pour vivre avant sans Internet. Il s’agit de nouvelles façons de communiquer (développement des réseaux sociaux et plus récemment des réseaux sociaux éphémères comme SnapChat ou WhatsApp), d’acheter ou de vendre (essor du e-commerce), de recruter, d’apprendre, de faire des rencontres, etc.

Avec tout à portée de clic et une profusion d’outils souvent gratuits en l’échange des informations publiées qui apportent de la valeur à l’outil… Et dans un contexte d’infobésité où il convient de discerner l’important de l’accessoire dans la masse d’information disponible sur le Web. Par ailleurs, à partir de 2004 est apparu le concept de Web 2.0 traduisant le passage d’un Web statique où l’information était descendante à un web collaboratif dans lequel l’internaute est consommacteur et consommauteur : publication et création de contenu sur les blogs, wikis et réseaux sociaux notamment avec des échanges de plusieurs vers plusieurs.

En quoi a-t-il révolutionné l'économie ?

David Fayon : Avec le passage au Web 2.0, on est entré dans une économie collaborative du don et de la participation qui avait déjà commencé avec le phénomène des logiciels et systèmes d’exploitation Open source où chacun peut améliorer le produit et participer à la co-création. Les internautes produisent du contenu souvent bénévolement : avis et commentaires sur des sites comme Amazon ou TripAdvisor, encyclopédie libre Wikipédia qui a condamné le Quid et qui selon certaines études aurait une qualité proche de Britannica, journalisme citoyen avec des rédactions d’articles (CentPapiers au Québec ou Agoravox en France), etc. Mais aussi le crowdsourcing et le crowdfunding avec le pouvoir de la multitude, c’est-à-dire l’intelligence même des internautes qui peuvent dans le premier cas être passionnés ou experts sur des sujets précis et dans le second, apporter un financement collaboratif pour donner vie à des projets. La valeur ajoutée n’est plus simplement marchande et cela a des incidences sur le PIB. Nous avons en outre une autre caractéristique utilisée par bon nombre d’acteurs (les réseaux sociaux professionnels LinkedIn ou Viadeo, certaines applications de Google), à savoir le modèle freemium : une version gratuite et basique pour tous (free), une version avec des fonctionnalités enrichies pour ceux qui payent (premium).

Certains comme Michel Volle parlent même d’iconomie (voir ici) pour qualifier ce changement de société profond en un laps de temps très court à l’échelle de l’humanité que nous vivons. Il s’agit d’une "société dont l’économie, les institutions et les modes de vie s’appuient sur la synergie de la micro-électronique, du logiciel et d’Internet". Nous ne sommes qu’au début de cette révolution de l’économie. Nous vivons en effet la 3e révolution de l’informatique, l’ère des données qui a succédé à celle du matériel puis du logiciel. La valeur ajoutée réside dans la capacité à traiter, sémantiser et contextualiser les données pour des actions précises. Au cœur de cette ère des données se situe le big data.

Selon les estimations de Martin Goos, économiste à l'Université de Louvain en Belgique, deux tiers des 7,6 millions d'emplois de la classe moyenne ont disparu en Europe. Si la technologie a permis d'automatiser certaines tâches, elle a aussi permis la création de nouveaux métiers. Quel a été l'impact réel du web sur l'emploi ? En a-t-on davantage créés que détruits ? Lesquels ?

Robin Rivaton : L’impact d’Internet sur l’emploi est observé avec une intensité croissante au fur et à mesure des difficultés du marché de l’emploi. Je ne partage pas cette analyse du potentiel de destruction d’internet. Bien conscients de l’impact disruptif qu’ils ont sur les acteurs de l’économie traditionnelle, les entreprises du numérique ont multiplié les études pour mesure leurs performances en matière d’emploi. Selon l’université du Maryland, Facebook aurait permis de créer entre 180 et 240 000 emplois indirects aux Etats-Unis grâce au développement de l’édition d’applications. En Europe, ce chiffre serait de 232 000 emplois en Europe, dont 22 000 en France et 1,9 milliard de chiffres d’affaires, selon une étude du cabinet Deloitte. En mars 2013, le cabinet McKinsey suggérait qu’internet aurait créé un quart des emplois en France depuis 1995.

Pour reprendre une comparaison souvent brandie par ceux qui critiquent le ratio créations/destructions d’emplois, General Motors et Apple ont un chiffre d’affaires assez similaire, respectivement 152 et 170 milliards de dollars, mais le premier a près de quatre fois plus d’employés que le second. Néanmoins s’arrêter à cette comparaison simpliste ne prend pas en compte les emplois générés chez les fournisseurs, qui sont plus nombreux pour Apple, l’entreprise ayant sous-traité une majorité des opérations de production, mais oublie surtout les emplois induits par l’écosystème. Comment ne pas prendre en compte les trois cent mille emplois de développeurs et créateurs que nourrit l’écosystème d’iOs aux Etats-Unis face auquel l’écosystème de General Motors parait bien plus faible.

Quel a été l'impact réel du web sur l'emploi ? En a-t-on davantage créés que détruits ? Lesquels ?

David Fayon : Il est très délicat de répondre à cette question d’autant que plusieurs facteurs se superposent. Effectivement, nous avons vécu le processus de destruction créatrice de Schumpeter avec des emplois détruits notamment pour la classe moyenne et les classes défavorisées (agents de saisie, pupitreurs) mais des emplois induits (dans des centres d’appels, par ailleurs souvent délocalisés, en Inde par exemple pour le Royaume-Uni ou au Maghreb pour la France, mais aussi des webmestres, des community managers, etc.). Néanmoins, l’érosion de la classe moyenne est un fait qui est à déplorer avec davantage de pauvres parfois aidés alors qu’il serait plus pertinent de les aider à rallier la classe moyenne plutôt que de leur offrir des revenus de solidarité. En ce sens, le développement d’une filière du logiciel en France pourrait être une piste intéressante entre autres actions pour créer de la valeur et permettre l’éclosion d’un écosystème numérique à la française. Pour autant, selon un rapport de McKinsey publié en 2011, plus d’un quart de la croissance est lié au numérique. Demain, ce sera la moitié.

Est-il possible d'évaluer l'impact Internet sur les inégalités ?

Robin Rivaton : Les records battus lors des récentes introductions en bourse ou rachat de sociétés de nouvelles technologies posent la question de la répartition de la richesse générée par les usages d’Internet. De plus en plus de voix aux Etats-Unis s’élèvent contre les Netocrates, ces jeunes généralement issue des classes aisées ayant fait fortune dans les nouvelles technologies et sans aucune aspiration sociale. Leurs services basés sur Internet s’affranchiraient des lois des Etats, en contournant la fiscalité et les règles sociales. En dépit de cette élite, extrêmement réduite composée au plus d’une dizaine de milliers d’individus aux Etats-Unis, il est difficile d’incriminer spécifiquement Internet dans le renforcement des inégalités dans les pays développés. Celui-ci provient plutôt d’une ouverture de la concurrence à l’échelle mondiale par l’amélioration des moyens de transport et d’information, auxquels appartient internet mais dont il n’est pas le seul représentant.

David Fayon : Deux phénomènes contradictoires sont à souligner. D’une part, Internet réduit les inégalités. Il est très facile de se procurer un mél d’un VIP et de le contacter – quoi que dans certaines entreprises et administrations les méls ne sont pas lus par les hauts responsables mais par une assistante qui va y répondre ou les imprimer pour les soumettre à son directeur via un parapheur… Internet permet de postuler facilement à un emploi, d’accéder à la connaissance. Mais encore faut-il que chacun puisse être équipé et formé à Internet, ses techniques de recherche d’information, la compréhension des bases de l’algorithmique, etc. D’autre part, Internet est de nature à favoriser ceux qui ont le pouvoir en leur permettant de très rapidement accomplir des actions (ordres de Bourse, veille et intelligence économique). L’idée fondamentale est qu’il devient nécessaire d’enseigner dès le plus jeune âge la science du numérique au même titre que le français, les mathématiques et l’anglais. Les Américains l’ont compris.

Medias, services, culture... Internet a ouvert l'ère du gratuit. En quoi a-t-il modifié notre rapport à la création de valeur ? Comment appréhender l'impact des biens et des services en ligne dans les statistiques économiques ? Peut-on déterminer la valeur invisible créée par internet ?

Robin Rivaton : Il n’y a aucune valeur invisible créé par Internet. Tout d’abord, les modèles économiques fondés sur le gratuit qui représentaient une majorité aux débuts d’Internet sont aujourd’hui battus en brèche par des modèles mixant gratuité et contenus payants. En outre, les modèles purement gratuits ayant survécu reposent sur la publicité et impliquent donc un échange commercial. La vraie question est de savoir si la mise en réseau des individus par Internet permet de substituer à l’économie marchande une économie du partage ou du don. Pour l’instant, les initiatives les plus connues de l’économie collaborative, qu’elles soient l’échange de logement ou de voiture, fonctionnent sur un mode marchand et sont donc intégrées dans les statistiques économiques.

David Fayon : La contrepartie du gratuit est souvent l’utilisation des données déposées sur les outils. Et le coût réel des outils est bien inférieur à la valeur potentielle des données à des fins de ciblage marketing. Cependant, certains services gratuits comme Wikipédia ont pour modèle économique le don des internautes. En outre, l’internaute peut avoir l’illusion du gratuit alors même que des coûts sont à supporter (infrastructures, bandes passantes pour véhiculer les informations de plus en plus colossales avec la vidéo). En tout état de cause, il est à présent nécessaire que les économistes introduisent de nouvelles métriques pour mesurer la création de valeur, davantage immatérielle. Plus globalement, la notion de PIB est vouée à être remplacée par un indicateur qui prenne en compte le bien-être d’une population, la préservation des richesses de la nature qui sont finies contrairement aux données qui peuvent être produites sur Internet.

Certain ont voulu voir dans Internet la nouvelle révolution industrielle. Qu'en est-il réellement ?

Robin Rivaton : Il serait erroné de considérer le numérique comme une filière industrielle de plus, il sert de base à une transformation profonde qui touche l’ensemble de l’économie. A ce titre, il est une révolution. Les trois révolutions dont j’ai parlées, télécommunications, information, données, modifient tous les secteurs et ouvrent de nouvelles grappes technologiques. L’imprimante 3D, la robotique, le séquençage de l’ADN n’aurait pas pu s’épanouir comme aujourd’hui en l’absence d’Internet. La diffusion des savoirs et des technologies permet d’accélérer considérablement le progrès technologique. Pendant longtemps, celui-ci a stagné du fait des résistances sociales et de la difficulté à trouver le bon environnement pour prospérer. Aujourd’hui toute technologie se diffuse rapidement à l’échelle du monde et peut trouver l'endroit où devenir effective.

David Fayon : Effectivement. On pourrait citer Jeremy Rifkin, auteur de La troisième révolution industrielle… Pour ma part je parle de la révolution numérique qui succède aux révolutions agricole, industrielles et des services. Et au sein de cette révolution numérique, nous sommes dans la 3e étape, celle des données qui a suivi celle du matériel et du logiciel. Nous sommes dans cette révolution pour longtemps avec le pouvoir de l’innovation et l’intelligence qui se situe en bout de chaîne.
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