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HIJABISTAS : Quand Internet revendique le voile comme accessoire de mode


Société
Vendredi 28 Août 2015 - 21:00

Fashionista et porteuse du hijab, le voile islamique ? Blogueuses, youtubeuses, entrepreneuses, des femmes veulent montrer que c’est compatible et retrouver une visibilité qu’elles ne trouvent pas ailleurs.


Angleterre, Etats-Unis, Koweït, Pays-Bas, Venezuela, aucune partie du globe n’échappe aux blogueuses mode et beauté qui portent le voile. En France, Asma Farès apprend à plus de 86 000 abonnées comment mettre son hijab en toutes circonstances.

L’envie de faire des vidéos lui est venu en 2012. Esthéticienne, elle s’intéresse aux vidéos de beautistas voilées ou non telle que l’Américaine Kandee Johnson, célèbre pour ses maquillages imitant des célébrités, ou l’Anglaise Amena, créatrice du hoojab, voile dérivé du hijab. Ne voyant pas de blogueuse voilée en France, elle décide de se lancer : « Je dois être l’une des premières youtubeuses françaises à faire des tutos voile et maquillage. »
 
Asma MakeUp, lancée par Asma Farès, devient une chaîne de référence pour les femmes francophones voilées. Elle précise :
 
« Les internautes ne comprenaient pas toujours ce que racontaient les vidéos en anglais, elles étaient contentes d’avoir des tutoriels hijab dans leur langue. »
 
« Il y en a qui veulent me mettre une fatwa »
 
Ces hijabistas connectées, femmes voilées passionnées par la mode, démontrent aux jeunes femmes qu’être pudique selon les règles religieuses n’induit pas une négligence physique. Certaines abonnées remercient Asma Farès de leur donner envie de prendre soin de leur apparence :
 
« En portant le hijab, certaines se sont laissé aller. Le fait de voir mes vidéos leur donne envie de se faire jolie pour elles-mêmes ou leur époux. »
 
S’afficher derrière son écran n’est pas toujours confortable, les fashionistas voilées sont aussi confrontées à l’intolérance de femmes musulmanes rigoristes qui les accusent d’être dans l’erreur. « Il y en a qui sont prêtes à me mettre une “fatwa” car elles pensent que j’égare les autres sœurs », déplore Asma Farès. Elle assure ne pas se définir comme militante mais joue, par la force des choses, un rôle de sensibilisation voire de vulgarisation concernant l’islam. Si la futilité des vidéos shampoing et rouges à lèvres permet de normaliser l’image de la femme musulmane, cela lui paraît évident d’y contribuer.
 
« Par mes vidéos, il y a aussi des femmes chrétiennes ou athées qui comprennent mieux la religion musulmane, certaines posent des questions et pensent que le voile ne colle ni avec les couleurs ni avec le maquillage. »
 
Pourtant rien n’empêche une femme musulmane de mettre un voile coloré comme le précise Silvia Naef, professeur à l’Unité d’arabe de l’université de Genève * :
 
« Il y a une sorte d’appropriation du voile qui est devenu un phénomène de masse, une femme peut dire “Je suis musulmane et cela ne m’empêche pas d’être une femme, de me mettre en valeur”. »
 
Bruno Nassim Aboudrar, auteur de « Comment le voile est devenu musulman » (Flammarion, mars 2014), et Silvia Naef rappellent que le voile, loin des stéréotypes, est porté par des jeunes femmes qui vivent dans le monde actuel et qui adoptent les mêmes habitudes de consommation que les autres femmes occidentales. « Il faut sortir de la vision de la musulmane très puritaine et militante car c’est une minorité », souligne Silvia Naef.
 
Internet laïcise le voile
 
Par la médiatisation de ces jeunes femmes dans l’air du temps, Internet remet les pendules à l’heure et donne à voir la diversité de la femme musulmane qui a choisi de se couvrir la tête. L’apparence qui se veut pudique répond ainsi aux codes des fashionistas. Le voile, signifiant religieux, devient un accessoire de mode. Bruno Nassim Aboudrar l’assure :
 
« Si le voile devient un accessoire de mode, il perd en “intensité” religieuse, devient plus profane, bref il se laïcise. C’est un peu ce qui advient aussi aux crucifix quand ils sont portés par des stars du rock ».
 
Grâce aux réseaux sociaux, une clientèle, en recherche de vêtements qui répondent à certaines exigences religieuses, s’est développée. L’occasion pour les plus créatives et influentes de se lancer dans le stylisme et de générer une nouvelle économie.
 
C’est le cas de Dina Torkia, qui comptabilise plus de 27 millions de vues sur YouTube et possède sa boutique en ligne. Comme elle le raconte au Guardian dans une interview publiée le 16 mars 2015, Internet a été salvateur pour elle. Voulant suivre une école de stylisme, l’intégration s’est révélée compliquée à cause de son voile. Aujourd’hui elle est une hijabista assumée.
 
« YouTube accepte tout le monde »
 
Lieu de réussite pour certaines, Internet est d’abord une échappatoire face au grand débat français sur le port du voile. Asma s’enthousiasme :
 
« Pour une femme voilée, Internet est idéal. Cela nous évite d’être confrontées à l’intolérance des autres. 
 
Après avoir décidé de mettre le voile, elle n’a pas cherché du travail en tant qu’esthéticienne dans une boutique. Elle regrette :
 
« Aux Etats-Unis ou en Angleterre, on peut voir des femmes voilées vendre des cosmétiques dans de grandes enseignes internationales, en France, c’est impossible. »
 
Au lieu d’opérer un repli sur soi, les fashionistas voilées s’ouvrent au monde. Instagram, Twitter, Facebook, YouTube, autant de réseaux sociaux qui peuvent être considérés comme émancipateurs : « Dans le sens où ils rendent public des sujets et situations émanant de la sphère privée », selon Nolwenn Henaff, docteure en sciences de l’information et de la communication. Les femmes voilées ont trouvé par les réseaux sociaux cette visibilité. Asma Farès se réjouit :
 
« YouTube accepte tout le monde. Sans Internet, on ne nous verrait pas. On ne nous voit ni à la télé ni dans les piscines, par le biais d’Internet nous sommes enfin visibles. »
 
Selon Nolwenn Henaff :
 
« La production d’écriture personnelle en ligne sur les réseaux sociaux instaure, par le double effet de la narration et de la publicité, des usages et des pratiques sociales permettant d’exister numériquement, d’avoir une identité propre sur le Toile. »
 
Les youtubeuses définissent ainsi leur propre identité. Elles échappent à la caricature de la femme qui subit son voile et imposent leur voix. Nolwenn Henaff conclut :
 
« Si leur parole est d’abord expressive, elles cherchent ensuite à rejoindre ses autres significatifs, autrement dit le public écoutant. Elles appellent finalement à la reconnaissance. »
 
Chadia Amriou | Journaliste
 

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