Connectez-vous S'inscrire
Noorinfo

Guantanamo : nourris de force après trois mois de grève de la faim


Lu sur le web
Dimanche 28 Avril 2013 - 14:24

Savez-vous qu’à Guantanamo, il reste 166 prisonniers ? Enfermés pour certains depuis onze ans sans procès, ils ont vu 600 de leurs co-détenus partir et le camp se vider. Le 6 février, quelques-uns commencent une grève de la faim. Ils protestent contre la fouille de leur Coran, qu’ils jugent indigne, par les autorités américaines.


Des détenus de Guantanamo à Cuba conduisent une grève de la faim pour protester contre la confiscation de Corans, une situation qui "rappelle les pires moments de l'histoire de la prison", selon leurs avocats.  afp.com/Brennan Linsley
Des détenus de Guantanamo à Cuba conduisent une grève de la faim pour protester contre la confiscation de Corans, une situation qui "rappelle les pires moments de l'histoire de la prison", selon leurs avocats. afp.com/Brennan Linsley
Autres articles
Progressivement, la grève s’étend. Au bout de trois mois, 100 détenus sur 166 ont cessé de s’alimenter. Le camp n’a jamais connu d’action collective si longue et d’une telle ampleur.

« Deux fois par jour, ils m’attachent à une chaise »

Pas question pour les autorités américaines de les laisser mourir de faim. Alors une vingtaine de détenus sont alimentés de force, par des tubes dans le nez. Les gardiens les ont aussi séparés, dans des cellules individuelles, pour casser un mouvement naissant de révolte.

Le 14 avril, le New York Times publie le témoignage de Samir Naji al Hasan Moqbel, simplement intitulé « Gitmo is killing me » (Guantanamo est en train de me tuer) :

« Je ne peux pas décrire à quel point il est douloureux d’être nourri de force de cette façon. Pendant qu’ils inséraient le tube, j’ai eu un haut-le-cœur. Je voulais vomir, mais je ne pouvais pas. Ma poitrine, ma gorge et mon estomac souffraient le martyre. Je ne souhaite cette punition cruelle à personne.

Je suis toujours nourri de force. Deux fois par jour, ils m’attachent à une chaise dans ma cellule. Mes bras, mes jambes et ma tête sont sanglés. Je ne sais jamais à l’avance quand ils vont venir. Parfois ils viennent la nuit, à 23 heures, quand je suis endormi. »


La chaise sur laquelle sont souvent attachés les grévistes, et le kit pour les nourrir, lors d’une présentation aux journalistes, à Guantanamo le 21 mars 2013 (MCT/SIPAUSA/SIPA)

Samir Naji al Hasan est yéménite, et ça a son importance. C’est la nationalité la plus représentée à Guantanamo : 92 hommes sur les 166 restants.

Obama avait fait de la fermeture de Guantanamo une promesse de campagne prioritaire, en 2008, pour rompre avec les années Bush de « guerre contre le terrorisme ». Mais le camp reste ouvert. Les autorités américaines mettent en avant une difficulté : où renvoyer les détenus, qui ont passé dix ans à Cuba ? Des ex-prisonniers du camp ont repris les armes dans leur pays, après leur libération.

Alors, lorsque le pays d’origine est jugé trop peu sûr par les Américains, les détenus restent à Guantanamo. Même ceux qui ont été déclarés « libérables », c’est-à-dire la moitié des détenus restants. Impensable, par exemple, de les renvoyer au Yémen.

La sénatrice américaine Dianne Feinstein a écrit jeudi au président Obama, pour l’enjoindre de réviser sa doctrine.

Nabil Hadjarab, le presque Français

Plusieurs pays européens se sont dévoués ces dernières années pour accueillir les anciens prisonniers. La France a ainsi donné l’asile en 2009 à deux ex-détenus de Guantanamo, Lakhdar Boumediene et Saber Lahmar.

Depuis des années, le comité de soutien d’un détenu algérien, Nabil Hadjarab, presse la France de répéter son geste. En février, Rue89 évoquait le cas de cet homme, déclaré deux fois « libérable », sous Bush et sous Obama, en 2007 et 2011.

" Il parle mieux le français que l’arabe. Son grand-père, son père et son demi-frère ont servi dans l’armée française. Son oncle Ahmed, qui vit à Mulhouse, se dit prêt à “ lui réapprendre à vivre en liberté, l’intégrer, le conseiller, l’accompagner ”.

Au téléphone, il se souvient de Nabil qu’il a vu pour la dernière fois en 2001 :

“ Il était passé pour faire ses papiers français, avant d’aller en Angleterre. Il y a un proverbe qui dit : ‘On prend toujours la destinée par un chemin qu’on a voulu éviter.’”

Nabil Hadjarab fait désormais partie des grévistes de la faim nourris de force. Il a rendu public cette semaine un témoignage, par l’intermédiaire de ses avocats et de l’ONG britannique Reprieve :

“Ma priorité a toujours été ma vie, ma santé, mon corps. Aujourd’hui, je ne peux quasiment plus marcher. Si j’ai entamé cette grève de la faim, c’est surtout parce que j’ai perdu tout espoir de sortir d’ici.

Je ne vois plus aucun intérêt à prendre soin de moi. Je le faisais pensant que cela pourrait me servir après ma libération, que je continuerais à faire de l’exercice, maintenir une bonne santé et profiter un maximum de la vie, dehors. Mais ce jour n’est jamais venu, et maintenant, je suis épuisé, j’abandonne.”


A ce jour, les autorités françaises n’ont pas donné suite aux demandes visant à accueillir Nabil Hadjarab.

Camille Polloni
Pour rue89.com
Mamoudou Kane


              

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Actu Mauritanie | Actualité | Economie | Sport | Culture | Société | Lu sur le web | International | Tribunes | Vu de Mauritanie par MFO | Blogs | videos | A.O.S.A | Communiqué | High-Tech | Politique | Sciences | Insolite | Histoire





Suivez-Nous
Rss
Recherche
Inscription à la newsletter
Les + populaires