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Gestion des crises : Après les dockers, les «gazras»


Société
Dimanche 5 Mai 2013 - 10:40

A peine le problème des dockers qui embarrassait le pouvoir semble réglé, qu'un autre surgit : La destruction de dizaines de maisons et de baraques dans la «gazra» (squatt) de Toujounine.


Gestion des crises : Après les dockers, les «gazras»
Initiative, élections, dialogue, scandales, drogue, enregistrements, les sujets ne manquent vraiment pas pour alimenter la polémique entre le camp de la majorité et celui de l’opposition. On passe de l’un à l’autre avec une déconcertante facilité comme pour dire, qu’en fin de compte, l’important est de « réchauffer » la scène.

Il faut occuper les pauvres citoyens pour qu’ils oublient que tous les problèmes qu’ils vivent ne sont que le fait de ces personnes qui n’ont pas de problèmes. Qui achètent leurs rations alimentaires en gros dans les épiceries achalandées de Tevragh-Zeina, qui ne se bousculent pas le soir aux abords de la Polyclinique ou de l’Arrêt bus pour regagner leurs « abris » dans les moughataas populaires ou la nouvelle « grande kebba » de Nouakchott que sont les quartiers « tarhil ». Qui ne se bousculent pas, aux premières heures de la journée, devant les boutiques «Emel» se demandant si demain elles seront encore là. En fait, c’est comme si la Mauritanie roulait à deux vitesses : Celle des politiques qui entretiennent la crise et n’en subissent pas les conséquences désastreuses, et celles des citoyens ordinaires qui l’ignorent superbement bien qu’ils en soient les principales victimes.

Alors que pour la crise cesse, il faut bien que le peuple se remue, montre son mécontentement aux politiques et même les « presse » pour faire cesser une situation qui n’a que trop duré. L’un des représentants des dockers à la signature de l’accord mettant fin au mouvement de revendication au Port autonome de Nouakchott dit port de l’Amitié (PANPA) ne dit pas autre chose, quand il annonce : « Nous n’acceptons plus d’être roulés par les politiques et les syndicats, nous voulons prendre notre destin en main et notre action ne s’arrêtera pas là ; on va même prendre part aux élections pour le sénat et l’Assemblée » ! Le mot est lâché mais ce brave homme ne se rend pas compte qu’il redonne de l’estime à la politique quand il annonce que la lutte des dockers pour leurs droits peut les amener à plonger dans les eaux troubles de cette mare aux caïmans. Toujours est-il qu’à peine ce problème qui embarrassait le pouvoir réglé, un autre surgit : La destruction de dizaines de maisons et de baraques dans la « gazra » (squat) de Toujounine.

L’œuvre du hakem de cette moughataa où les pauvres n’ont pas le droit de squatter comme le font les riches dans des zones à très haute valeur marchande, a soulevé un vent de révolte chez les déguerpis que les chaînes de télévisions privées se sont évertuées à faire entendre. L’une d’elle a même passé le « témoignage » d’un démolisseur étranger, probablement recruté sur la « bourse de l’emploi » de la Polyclinique, et qui déclare sans gêne : « Je fais mon travail, je casse tout, ce n’est pas mon problème et je ne crains rien puisque les gardes nous protègent » ! Les autorités ne se rendent-elles pas compte que les problèmes de survie au port, avec une ouguiya de plus au kilogramme porté, réclamé par les dockers, ne sont nullement différents de ceux qui peuvent naître de la destruction, sans crier gare, des abris de fortune de citoyens pour la plupart pauvres ?

Eux aussi peuvent dire, comme les dockers, que ceux qui n’hésitent pas à recourir à la force brute pour mater de pauvres citoyens sont contre le président Mohamed Ould Abdel Aziz. L’exacerbation des tensions sociales est le pire ennemi de la politique et, à l’approche des élections municipales et législatives, cela peut se payer cash. C’est à l’Union pour la République (UPR), parti au pouvoir, à le faire comprendre au président Aziz et au gouvernement pour recadrer une action qui ne doit plus se faire sans penser aux conséquences qu’elle peut produire sur un électorat des plus fragiles et des plus inconsistants.

Car malgré ce que l’on croit, la majorité dont dispose aujourd’hui le pouvoir, au sein du Parlement et des conseils municipaux, ne reflète pas forcément le rapport des forces entre les différents camps politiques. D’ailleurs, certains observateurs pensent même qu’une bonne partie des Mauritaniens n’ont pas d’appartenance précise à la Majorité ou à l’Opposition depuis l’élection présidentielle de juillet 2009. Qu’il y a ceux qui ont soutenu, massivement, le programme réformiste du président Aziz, le « changement constructif » mais pourraient bien avoir changé d’avis à force d’entendre parler de scandales à répétition et d’être mis en face de la dure réalité de la vie.

Car cette « déception » des pauvres qu’illustrent parfaitement la grève des dockers et les bavures au niveau de la gestion du problème des « gazra » est aussi vécue à Nouadhibou par le secteur de la pêche qui n’est plus que l’ombre de lui-même, l’agriculture et le commerce. Dans ce dernier domaine, l’émergence d’une nouvelle classe d’hommes d’affaires plus en phase avec le pouvoir et ses préoccupations de développement par « niveaux », la guerre au capital ancien justifient, en grande partie, les disfonctionnements d’une économie qui nage dans la confusion la plus totale, malgré le satisfecit de la Banque mondiale et du FMI et le fait que l’Etat s’arrange encore pour respecter ses engagements »vitaux » (salaires et autres). En fait, plus que les difficultés nées de la crise politique, le pouvoir doit agir avec prudence sur les questions sociales.

Sneiba Mohamed
Pour
l'authentique
Mamoudou Kane


              

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