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Géraldine, voilée, convertie : « J’ai choisi l’islam, pas les musulmans »


Lu sur le web
Vendredi 16 Août 2013 - 19:22

Géraldine ne savait pas ce qu’étaient le rejet et le racisme avant de mettre le voile. Avec sa peau blanche et ses yeux bleus, elle dit qu’elle est l’archétype de « la française de souche ».


Géraldine, voilée, convertie : « J’ai choisi l’islam, pas les musulmans »
A Trappes (Yvelines), une adolescente voilée de 16 ans dit avoir été agressée. Elle a porté plainte mardi. Selon ses déclarations, elle a été abordée par deux hommes qui l’auraient menacée avec un « objet tranchant », et lui aurait ensuite arraché son voile, tout en proférant à son encontre des insultes à caractère islamophobe. Le ministre de l’Intérieur Manuel Valls a condamné « avec sévérité cette nouvelle manifestation de haine et d’intolérance anti-musulmane ».
 
Mi-juillet, à Trappes, la verbalisation mouvementée d’une femme voilée, convertie comme Géraldine, avait donné lieu à des violences.
 
Géraldine, la trentaine passée, s’est convertie à l’Islam il y a un peu plus de dix ans :
 
« Pour certains, je suis devenue une traîtresse. C’est comme si, de fait, j’avais perdu ma culture et ma patrie. »
 
Son frère lui a claqué la porte au nez quand il l’a vue la tête couverte, sa mère a mis du temps à accepter son choix.
 
« Forcément, certains pensent que je suis embrigadée », glisse-t-elle, tandis qu’elle égrène les anecdotes :
 
« Ma pharmacienne a changé d’attitude du jour au lendemain en me voyant changer d’apparence. Elle me parlait plus lentement, insistait sur chaque mot, un peu comme si j’avais aussi perdu mon cerveau. »
 
Apprendre seule, pour ne pas être influencée
 
Géraldine ne sait plus trop quand elle est devenue musulmane. Elle évoque une réflexion qui a duré environ deux ans, après un voyage humanitaire au Sénégal, à la fin des années 90.
 
Jusque-là, l’image qu’elle avait des musulmans était plutôt mitigée :
 
« J’en côtoyais beaucoup, notamment en banlieue parisienne, mais je restais très sceptique quant au décalage entre le discours prôné et les comportements.
 
En Afrique, c’était différent. J’ai ressenti plus de spiritualité, trouvé les valeurs que j’ai toujours recherchées. »
 
Elle achète des bouquins à la Fnac pour en savoir plus et prend ceux qui lui tombent sous la main. Elle préfère apprendre seule, pour ne pas être influencée, ni instrumentalisée :
 
« Une association m’avait approchée quand je vivais dans le XVIIIe arrondissement de Paris. C’était tentant, parce qu’on se dit qu’on peut faire partie d’une famille. Mais ce n’est pas comme ça que j’envisageais ma quête spirituelle. »
 
« On se dit qu’on doit prouver deux fois plus »
 
Manipulables, paumés, dangereux. Les convertis à l’islam – ils sont 4 000 chaque année, selon le ministère de l’Intérieur – doivent composer avec ces clichés, que l’actualité récente – « les djihadistes aux yeux bleus » ou encore l’agresseur du militaire à la Défense – contribue à alimenter.
 
Géraldine sourit :
 
« C’est difficile de faire ce genre de généralités. Les parcours, les attentes et les interprétations sont différents. Si un individu au profil psychotique se convertit, la religion musulmane n’y est absolument pour rien. »
 
Les nouveaux musulmans ont surtout la réputation d’être zélés. Géraldine acquiesce :
 
« On se dit qu’on doit prouver deux fois plus pour être légitimes. On peut donc être tenté de faire dans le mimétisme, voire le dogmatisme. »
 
Elle admet qu’au début, elle ne voulait rien laisser passer, pour tendre très vite vers la perfection. Qu’elle se cherchait encore. Avant le voile, elle a porté le jilbab, un long vêtement qui couvre la femme de la tête aux pieds :
 
« J’ai laissé tomber. Je me sentais en décalage avec moi-même, mais aussi avec la société. »
 
« Troublée par des sœurs en niqab »
 
Le niqab s’immisce dans la conversation. Beaucoup de femmes qui le portent sont des converties. Si elle revendique le droit de se couvrir ou de se dévêtir librement, Géraldine entend le scepticisme dont le voile intégral fait l’objet :
 
« Nous vivons dans un pays où le visage est important. Moi-même, il m’arrive d’être troublée par des sœurs en niqab […]. Je pense qu’il est toujours nécessaire de s’adapter à la culture dans laquelle on vit. De toute façon, il y a une loi.»
 
Elle tripote ses lunettes de soleil quand elle raconte des choses plus personnelles. Sa naissance en Haute-Savoie, ses nombreux déménagements (elle habite aujourd’hui en région parisienne) et le divorce de ses parents, très tôt. Son père, décoré de la Légion d’honneur, est catholique, sa mère soixante-huitarde et athée :
 
« Je suis une vraie fille de la République. »
 
Après son bac, elle passe plusieurs années à travailler dans le social, puis suit plusieurs formations pour devenir psychothérapeute, un métier qu’elle exerce aujourd’hui en région parisienne.
 
« On me demande de m’intégrer, dans mon propre pays »
 
Quand elle annonce à sa mère qu’elle s’est convertie, Géraldine prie, jeûne et mange halal, mais ne porte pas encore le voile. « C’était sa grande crainte », sourit-elle.
 
Pourtant, à ce moment, sa décision de mettre le voile est déjà prise :
 
« J’avais besoin de pudeur, tout simplement. Me couvrir m’a très vite fait perdre beaucoup de poids, comme si avant, je me cachais derrière mes kilos en trop. »
 
Elle poursuit :
 
« J’ai attendu de me marier [en 2003] pour franchir le pas. Il me fallait un soutien, parce que je savais que mon choix aurait des conséquences. Effectivement, tout s’est compliqué à partir du moment où je suis devenue une musulmane visible. »
 
Sa mère mettra plusieurs années à sortir avec sa fille en public, quand son frère a définitivement coupé les ponts.
 
Dans la rue, elle doit encaisser les réflexions, plus ou moins blessantes :
 
« On me dit parfois d’aller pratiquer ma religion chez moi. Je crois que c’est ça le plus violent : entendre des gens me demander de m’intégrer, dans mon propre pays.
 
Certains connaissent ça depuis leur enfance. Pour moi ça a été quelque chose de nouveau. »
 
On lui demande si elle se sent belle
 
Elle remarque que la défiance s’est renforcée au fil des années. Que souvent, les réactions les plus véhémentes proviennent de personnes d’origine immigrée, qui ne comprennent pas pourquoi « une blanche » fait le choix de se mettre en marge.
 
De femmes maghrébines, pour lesquelles le voile est un symbole de soumission :
 
« Il ne faut pas tout confondre. Quand il est imposé, c’est intolérable. Mais dans mon cas, c’est une démarche personnelle. Aucun père, frère ou mari ne m’y a obligé. »
 
Professionnellement, sa tenue devient un frein. Elle a choisi de travailler à son compte, pour assumer son choix et « ne pas se complaire dans une posture de victime ». Récemment, au cours d’une formation, des participants lui ont demandé si elle était bien dans sa peau. Si elle se sentait belle :
 
« Aurais-je eu droit à ces questions déplacées si je n’étais pas voilée ? J’ai tourné ça à la dérision, comme je fais chaque fois que ma tenue provoque un malaise.
 
Il suffit parfois d’une explication, d’un mot ou d’un sourire pour dédramatiser le voile et faire comprendre que je suis une femme comme les autres. »
 
Traumatisée par les boucheries halal
 
Au sein de la communauté musulmane, très hétérogène, ce n’est pas simple non plus. On l’a déjà accusée d’être « un loup déguisé en agneau », convertie uniquement pour pouvoir épouser un homme. Donc de manquer de sincérité dans sa foi et sa pratique.
 
On l’a déjà renvoyée à sa différence, ainsi qu’ à sa nécessité de s’assimiler. « Mais à qui ? Et comment ? ». Arabes, noirs, asiatiques : la conception et la pratique de la religion diffèrent plus ou moins selon les cultures. Géraldine :
 
« En tant que musulmane d’origine française, j’ai compris au fil du temps qu’il était impossible pour moi de m’identifier et de m’intégrer aux uns et aux autres. »
 
Elle plaisante en se remémorant « ses premiers pas » de femme voilée dans les boucheries halal. Un traumatisme :
 
« Des maghrébins me parlait en arabe dialectal, comme si j’étais désormais obligée de le comprendre. Ce n’était pas le cas. Surtout, c’était très gênant, parce qu’on se sent à part. Pas à sa place. Maintenant, je laisse mon mari y aller seul. »
 
« J’ai choisi l’islam, pas les musulmans »
 
Géraldine n’a pas changé de prénom. Elle se marre en disant que choisir l’islam ne veut pas dire s’arabiser et s’approprier « le couscous et le thé à la menthe ». Son mari – qu’elle a rencontré après s’être convertie – est d’origine marocaine, mais elle ne veut pas devenir plus marocaine que lui.
 
Elle répète à l’envi qu’elle est fière de son histoire et de sa culture d’origine, « qui, heureusement, ne se résume pas au béret, au saucisson et à la baguette de pain » :
 
« J’insiste pour dire que mes trois enfants sont issus d’un couple mixte. »
 
Qu’elle refuse de s’enfermer dans le communautarisme, qu’elle considère comme contraire à la foi :
 
« J’ai choisi l’islam, pas les musulmans. »
 
Ramses Kefi
Pour rue89.com
Mamoudou Kane


              

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