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Géostratégie: Le pétrole, principale donnée des mouvements géopolitiques


International
Jeudi 17 Novembre 2011 - 07:15

De plus en plus d'historiens, de politiques et de militaires (dans leurs mémoires ou des analyses post-retraites) témoignent que l'essentiel des guerres contemporaines sont des guerres liées à la sécurisation de l'approvisionnement en pétrole et autres énergies, de certains grands pays, occidentaux entre autres. Sous couvert d'envolées humanitaires, l'Irak, la Libye, les guerres en Asie du sud-est durant la guerre froide, et tant d'autres, sont des "guerres du pétrole".


Géostratégie: Le pétrole, principale donnée des mouvements géopolitiques
La géostratégie du pétrole- Peu après l’entrée des Marines dans Bagdad, et qu’ils aient mis à terre une statue de Saddam Hussein, les troupes américaines entouraient le ministère du Pétrole, le protégeant comme un joyau de première importance. Or, non loin de là, les pillards débarrassaient le Musée National de ses véritables joyaux. Bagdad était alors le théâtre de scènes de pillage généralisé. La preuve était faite que les USA étaient venus sécuriser leur «bien», par la force.

On sait aujourd’hui que la guerre du Kippour, dite des Six Jours fut largement une guerre du pétrole. On sait moins que la guerre du Vietnam, dont 20% des revenus sont issus du pétrole, en est une autre. «C’est que le pétrole est le sang des civilisations modernes. Sans lui, tout s'arrête» expliquait déjà il y a quarante ans dans un essai, «la guerre secrète du pétrole», les auteurs Jacques Bergier et Bernard Thomas.

Le mensonge à l'ONU des USA pour justifier l'invasion irakienne, n'avait pour but que de sécuriser l'approvisionnement du précieux produit fossile. «Regardons les choses simplement. La principale différence entre la Corée du Nord et l'Irak, c'est qu'économiquement nous n'avions pas le choix pour l'Irak. Le pays nage dans le pétrole» rappelait après-coup, le Secrétaire à la défense des USA de l'époque, Paul Wolfowitz, à Singapour, en 2003 (http://watd.wutheringheights.co.uk/francais/fpages/foilwars.html)

Donald Rumsfeld, ancien Secrétaire à la défense insistait alors sur le fait que l’invasion de l’Irak n’avait «rien à voir avec le pétrole». Mais Alan Greenspan, ancien président de la Réserve fédérale, a rejeté cette explication: «Il est gênant politiquement d’admettre ce que chacun sait», écrit Greenspan dans ses mémoires, «Le temps des turbulences»: «La guerre d’Irak est pour l’essentiel une guerre pour le pétrole».

En Libye (photo) comme en Irak, la guerre a été préparée médiatiquement et psychologiquement sur les raisons "humanitaires" de celles-ci
En Libye (photo) comme en Irak, la guerre a été préparée médiatiquement et psychologiquement sur les raisons "humanitaires" de celles-ci
De l'usage des médias- Alors qu'on a longtemps cherché des raisons alternatives pour justifier l'invasion, le seul but qui résiste à un examen approfondi est celui de sécuriser les futurs approvisionnements en pétrole. Toutes les autres raisons – «humanitaire», liens avec Al-Qaïda, menaces pour le monde, les fameuses armes de destructions massives – ont été réfutées tour à tour. «Pour des raisons qui ont à voir avec la bureaucratie gouvernementale américaine, nous avons choisi une menace à laquelle tout le monde adhère: les armes de destruction massives» continuait Wolfowitz, dans le magazine Vanity Fair, de mai 2003. «Les état mentent effrontément, ce n'est pas nouveau. Avec le phénomène des médias de masse, c'est encore plus facile et subtil aujourd'hui» analyse Dominique Wolton, sociologue français de la communication.

Les dépenses militaires liées au pétrole ne sont jamais évoquées dans les médias. Pour les hommes politiques, le terrain serait glissant: «En évoquant trop ouvertement le sujet, ils risquent de mettre à mal la notion clé de la politique étrangère américaine: notre-seule-ambition-est-de-bâtir-un-monde-meilleur» continue le sociologue. Il faut remonter près de vingt ans en arrière pour trouver quoi que ce soit sur ce sujet au sein du GAO (Government Accontability Office), organe d’investigation du parlement américain qui, en 1991, estimait qu’entre 1980 et 1990, les États-Unis avaient dépensé 366 milliards de dollars pour protéger les sources de pétrole au Moyen-Orient. Le rapport du GAO n’était qu’un instantané, concernant une région à un moment donné et à une époque où l’Amérique n’était pas impliquée dans une guerre majeure.

Principalement les USA ont joué à un dangereux jeu de déstabilisation au Moyen-Orient pour mieux contrôler une partie de l'or noir de la région
Principalement les USA ont joué à un dangereux jeu de déstabilisation au Moyen-Orient pour mieux contrôler une partie de l'or noir de la région
Un historique qui remonte à la guerre froide- Dans son monumental essai «La guerre de la civilisation», le journaliste anglais Robert Fisk décrypte les rouages de la géostratégie au Moyen-Orient avec comme toile de fonds, l'or noir. Le récit est accablant pour les chefs d’état criminels de la région, qu’ils soient saoudiens, irakiens, koweïtiens ou iraniens. Mais la responsabilité des ex-puissances coloniales européennes (France, Angleterre, de l’URSS, d’Israël et, au-delà de toute mesure, des États-Unis) est écrasante. Ce sont eux, les soi-disant postes avancés de la civilisation, qui ont mis le feu aux poudres, soutenu les uns contre les autres, puis lâché les uns, armé les autres, elles qui ont fermé les yeux sur les horreurs irakiennes, cautionné l’occupation israélienne, fait main basse sur le pétrole qui baigne le sous-sol, détruit d’une main pour reconstruire de l’autre.

Les années 50 voient s'intensifier les luttes d'influences dans les nouveaux pays producteurs. Exemple: en 1951, le docteur Mossadegh fait nationaliser l'exploitation des richesses pétrolières dans un Iran jusqu'à présent sous influence Anglaise. Deux ans plus tard, une « révolte populaire » montée par la CIA le destitue et l'emprisonne tandis que le nouveau pouvoir confie l'exploitation et le raffinage de ses ressources à un consortium dans lequel les Américains figurent pour 40%. La crise de Suez en 1956 marque la fin de l'influence Européenne et partout la prépondérance des États-Unis.

Depuis 1990-91, les États-Unis sont donc en position d’hégémonie. «Faut-il s’étonner que, dans ces conditions, l’hyper-puissance soit tentée d’imposer au reste du monde sa vision d’un ordre international qui coïncide -au nom de la morale et du droit- avec ses propres intérêts?».argue l'attaché à la défense.

Au Sud-Soudan, chinois et américains se positionnent pour le fameux sésame noir
Au Sud-Soudan, chinois et américains se positionnent pour le fameux sésame noir
Les futures guerres du pétrole- Il n'est pas inhabituel pour un pays d'entrer en guerre pour s'assurer d'un bien dont il a besoin et ne dispose pas. Comme dit plus haut, c'est ce qui s'est passé en Irak, et en Libye aujourd'hui. «Il est probable qu'il y aura beaucoup d'autres guerres dans les décennies à venir. Les USA ont démontré leur volonté et capacité d'attaquer d'autres pays pour leurs propres intérêts et il est peu probable qu'ils y renoncent si leur élément vital, l'approvisionnement en énergie, est menacé» estime un attaché à la défense d'une ambassade africaine à Nouakchott, qui a requis l'anonymat.

La situation tendue qui perdure au Soudan, malgré l'indépendance du sud devenu le 193ème état au monde, est un exemple efficace de la géostratégie du pétrole. L’économiste F. William Engdahl note: « Le conflit du Darfour est qualifié de génocide. Les USA font pression pour intervenir sur place, afin de protéger les populations déplacées. Voilà la version officielle. Mais si les victimes sont bien réelles, cette guerre a pour véritable enjeu le contrôle du nouvel Eldorado pétrolier du Sahara. Et les protagonistes en sont la Chine et les États-Unis qui, comme en Irak, s’abritent derrière une noble cause pour mener une politique qui l’est fort peu. (…) Qu’est ce qui est en jeu dans la bataille pour le Darfour ? Le contrôle du pétrole, de beaucoup, beaucoup de pétrole».

Aujourd'hui, 50% de la production mondiale de pétrole provient des pays de l'OPEP. Lors de conflits futurs, il sera dur pour n'importe lequel de ces pays de rester neutre. «Il y a de grands risques que les USA soient rançonnés à l'avenir, particulièrement parce qu'ils utilisent bien plus de pétrole que n'importe quel autre pays. Il n'est donc pas surprenant en termes de stratégie, que le gouvernement et les militaires des États-Unis pensent à sécuriser l'accès aux puits du Moyen-Orient» évoque l'attaché à la défense.

Mêmes si les pays de l'OPEP voulaient être «justes» et répartir équitablement le pétrole quand la production déclinera, les plus gros consommateurs devront faire face aux pénuries et prix élevés. Est-ce que les dirigeants américains ou chinois vont rester les bras croisés face aux augmentations de prix et troubles intérieurs, ou vont-ils utiliser la force militaire, peut-être sous prétexte de menaces terroristes ou d'instabilité? «Les zones d’affrontement du XXIème siècle sont, pour une part, déterminées par les contours des gisements pétroliers. Sur ces enjeux et les luttes ouvertes ou indirectes qu’ils provoquent, se greffe la donnée nouvelle qu’est le terrorisme transnational» analyse le général français Henri Paris sur le site de son association Démocraties (www.democraties.info). «La série de conflits à prévoir, issue de l’enjeu pétrolier, ne peut donc cesser qu’avec la mise en place d’énergies de substitution au pétrole. La perspective s’établit pour la fin du XXIème siècle». Il y aurait donc des guerres à venir, qui cesseront selon le militaire, avec l'arrivée de technologies alternatives, et l'extinction des puits de pétrole.

Mamoudou Lamine Kane
Mamoudou Kane


              

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