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Noorinfo

Garde nationale : Le syndrome du colon dans les quartiers de Sebkha


Société
Lundi 18 Novembre 2013 - 10:08

Dans les quartiers populaires de Sebkha, à majorité négro-mauritanienne, ce ne sont ni la gendarmerie, ni la police, qui sont chargées de veiller à la sécurité des citoyens, mais bien la garde nationale. Une anomalie spécifique à ce type de quartiers qui corrobore l'idée de plus en plus avancée d'un "état de siège" dans ces périphéries. Un syndrome du colon s'y opère chaque jour, au sein de ces forces de l'ordre, pérennisé par un racisme d'état au goût du jour.


Des éléments de la garde devant les locaux de la radio nationale.
Des éléments de la garde devant les locaux de la radio nationale.
Une mère de famille brutalisée verbalement par un jeune garde du quartier 5ème, à la périphérie sud de Nouakchott. Lui parle en hassaniya, et la maman répond en pulaar. Elle a visiblement compris après qu'on l'ait fait descendre d'un taxi, que les gardes allaient faire mariner le chauffeur un moment dans l'espoir d'obtenir quelques centaines d'ouguiyas.
 
On lui demande des détails sur les raisons de sa présence nocturne dans le quartier. En plus d'une carte d'identité qu'elle tarde à sortir. Dialogue de sourds. Un attroupement ne tarde pas à se former autour de la patrouille mobile de gardes, qui sent la tension, palpable, monter d'un cran.
 
Un jeune homme sort de la petite masse de curieux qui observaient la scène, et se dirige vers l'interlocuteur de la dame, faisant mine de jouer l'intermédiaire, pour calmer les esprits.
 
- "Goulou ya atinii card'identité hou"* exhorte en hassaniya le garde.
- "Mii famaanii"**, répond en pulaar le jeune homme.
- Tu ne parles pas hassaniya? Tu n'es pas mauritanien? demande en français, arrogant, le garde, au jeune venu s'enquérir des raisons de l'attroupement inhabituel près de l'agence SOMELEC du quartier, en face des Jardins.
- Et toi tu ne parles pas pulaar? Tu n'es pas mauritanien? Rétorque du tac au tac, un brin énervé, le jeune grand gaillard.
 
Silence tendu dans l'assistance, avant que le garde ne se détourne du jeune "impertinent" (en français dans la conversation) et retourne à la dame qu'il finit par laisser aller. Ce genre de scène, à chaque fois tendue, il y en a des dizaines par mois dans ces quartiers, où les forces de l'ordre sont considérées par les habitants, comme celles du chaos et d'occupation.
 
"Ils s'en fichent royalement de notre sécurité, ou de la recherche éventuelle de drogue, comme ils disent parfois. La drogue est à Tevragh Zeina, quant à la sécurité, il n'y a jamais eu autant de viols, dagressions, et de cambriolages que ces derniers mois. Ces gardes ne sont que sur les axes et ne patrouillent pas entre les pâtés de maison, où tout se passe. Pareil pour la police. Ils ne sont là que pour racketter taxis et immigrés" s'insurge le jeune "impertinent".
 
Une accusation corroborée il y quelques semaines à peine par un scandale révélé par le site Alakhbar: "Le Commissariat Sebkha 1 à Nouakchott a libéré plusieurs personnes, quelques heures après leur arrestation, faute de pièce d’identité. Chacune a payé 1.200 UM en échange de sa libération". Des pratiques quotidiennes. "Les gardes et policiers ne pratiquent cette magouille que dans les quartiers peuplés de noirs", s’énerve une autre personne arrêtée puis libérée. 
 
Particulièrement dans ces quartiers, où résident de fortes communautés sénégalaises et anglophones (Ghanéens essentiellement), les autorités se comportent comme en terre étrangère et conquise dans leur propre pays.
 
"Pendant l'intervalle pénible de la chasse aux étrangers noirs dépourvus de carte de séjour, les traques des gardes, gendarmes, policiers se poursuivaient jusque dans les maisons!" Se rappelle Maimouna, une étudiante à la faculté de lettres de Nouakchott, et qui était dans l'attroupement.
 
"Quand j'étais dans l'armée et en poste au sud du pays, au bord du fleuve, en tant qu'officier, on nous donnait clairement des instructions dans le sens de ne pas nous "mélanger" avec les autochtones, pourtant nos compatriotes. Ça m'a choqué, et cela a fortement ébranlé ma confiance dans nos corps armés" raconte un ancien sous-officier de la garde, qui a aujourd'hui quitté ce corps. Pour lui, c'est le même comportement, et le même syndrome que l'on retrouve à sebkha.
 
Mamoudou Lamine Kane
 
* Dis-lui de sortir sa carte d'identité
** Je n'ai pas compris
Mamoudou Kane


              

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