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Gabegie : Le système de Ben Ali mis à jour, si similaire à celui qui se met en place en Mauritanie


Economie
Samedi 29 Mars 2014 - 14:41

Comme à leurs habitudes médecins après la mort, la banque mondiale vient de publier une étude, selon laquelle la famille de l'ex-président Ben Ali et des proches du régime ont bel et bien manipulé la réglementation à leur avantage. Mais il y a plus grave : selon les auteurs de l'étude, la structure réglementaire créée par l'ancien régime reste en grande partie inchangée aujourd'hui. Une situation qui évoque la situation mauritanienne aujourd'hui sous le régime d'Aziz, qui enrichit une nouvelle oligarchie financière et militaire, une poignée de personnes, autour desquelles gravitent tous les intérêts du pays, à travers des structures et entreprises qui raflent tous les marchés et des prises d'intérêts illégales et opaques. La banque mondiale ou le FMI en feront une étude dans 10 ans.


Mohamed Ould Abdel Aziz et Ben Ali.
Mohamed Ould Abdel Aziz et Ben Ali.
La banque mondiale vient de publier une étude qui vient prouver ce que tout le monde savait déjà : l'ancien régime tunisien s'est servi de la réglementation en vigueur et a créé de nouvelles lois pour servir les intérêts de la famille de l'ex-président Ben Ali et des proches du régime. Cette étude vient cependant à la fois quantifier et démontrer les mécanismes de cet accaparement à grande échalle. La réglementation a été manipulée au point que ce groupe de privilégiés avait la mainmise, à la fin de 2010, sur plus de 21 % des bénéfices réalisés par le secteur privé dans le pays.
 
Capitalisme de copinage
 
Intitulée All in the Family, State Capture in Tunisia, l'étude est publiée le 28 mars dans la série des documents de travail de la Banque mondiale consacrés à la recherche sur les politiques. Ses auteurs concluent que le "clan" de l'ancien dirigeant tunisien, défini comme le groupe de personnes reconnues coupables de corruption dont les biens ont été confisqués, a investi dans des secteurs lucratifs dont l'accès était protégé, principalement par un système d'autorisations préalables et le recours aux pouvoirs exécutifs pour modifier la législation en faveur du régime, créant ainsi un système à grande échelle de capitalisme de copinage.
 
Les auteurs ont établi une base de données unique portant sur 220 entreprises liées à Ben Ali et recensées par la commission de confiscation créée peu de temps après le soulèvement de 2011 afin de recenser et de confisquer les biens appartenant aux proches de l'ancien président Ben Ali. L'analyse des données de la commission révèle que les entreprises étudiées étaient étroitement liées à la famille de l'ancien président. L'examen des données des entreprises et des décrets signés par Ben Ali sur une période de 17 ans prouve que la législation a souvent servi à promouvoir les intérêts du clan et à les protéger de la concurrence. Les données collectées font état de 25 décrets promulgués au cours de cette période qui introduisaient de nouvelles exigences d'autorisation préalable dans 45 secteurs différents et de nouvelles restrictions en matière d'investissements directs étrangers (IDE) dans 28 secteurs. Conséquence : plus d'un cinquième des bénéfices du secteur privé revenait aux entreprises des proches du régime.
 
"Cette étude apporte une confirmation irréfutable que l'ancien régime a bénéficié du capitalisme de copinage", remarque Bob Rijkers, chercheur au département de la recherche de la Banque mondiale et auteur principal de l'étude. "Nous démontrons que l'action interventionniste de l'État dans le secteur industriel profitait à la famille du président et servait en fait à camoufler un système de rentes. Il est en effet prouvé que l'État a permis aux membres du régime à la recherche de rentes d'accaparer une partie importante du secteur privé en mettant les entreprises proches de la famille à l'abri de la réglementation en vigueur ou en leur octroyant des avantages particuliers. Plus pernicieux encore, nous avons la preuve que les règlements ont été aménagés pour servir des intérêts personnels et favoriser la corruption".
 
Une ouverture apparente
 
Selon l'étude de la Banque, l'ouverture du cadre réglementaire du pays portant sur l'investissement prive n'était qu'apparent et l'attitude favorable de l'ancien régime à l'égard du développement du secteur privé cachait les pratiques discriminatoire et les problèmes sous-jacents de l'économie tunisienne. L'ouverture de la Tunisie a été en grande partie un mirage, de vastes pans de l'économie étant fermés et nombre d'entre eux étant aux mains d'intérêts proches du régime.
 
La corruption de la famille Ben Ali était notoire et constituait une source de frustration manifeste pour la population tunisienne, comme en témoigne le pillage ciblé et systématique des propriétés du clan après le soulèvement de 2011. Pourtant, les preuves de corruption étaient jusqu'ici en grande partie anecdotiques, à l'instar des communications de l'ambassade des États-Unis dévoilées par Wikileaks et des histoires circulant sur la fermeture d'écoles privées en concurrence avec celles des proches du régime. À l'analyse, cependant, les données révèlent que ces anecdotes étaient non seulement vraies, mais aussi révélatrices d'une perversion systématique de la politique industrielle du pays.
 
Une structure inchangée
 
Cependant, il y a presque plus grave : le système mis en place perdure encore aujourd'hui. En effet, selon les auteurs de l'étude, la structure réglementaire créée par l'ancien régime reste toutefois en grande partie inchangée aujourd'hui.
 
"Le problème du capitalisme de copinage ne concerne pas seulement Ben Ali et son clan : il demeure l'un des principaux problèmes de développement auxquels la Tunisie est confrontée aujourd'hui", commente l'économiste de la Banque mondiale Antonio Nucifora, économiste principal pour la Région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA).
 
"Trois ans après la révolution, le système économique qui existait sous Ben Ali n'a pas changé de façon significative. À la faveur de la révolution, les Tunisiens se sont débarrassés de l'ex-président Ben Ali et des pires aspects de la corruption, mais les politiques économiques restent largement intactes et sujettes à des abus. Le cadre de politiques publiques hérité de l'ère Ben Ali perpétue l'exclusion sociale et favorise la corruption".

Source (hors chapô)  : JA
Mamoudou Kane


              

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