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Françoise Dexmier, peintre, photographe et réalisatrice: «A Allah Seul, appartiennent l'Orient et l'Occident»


Culture
Mercredi 2 Novembre 2011 - 13:21

Entre l'Islam et l'Occident, un mur d'incompréhension s'est érigé ces dernières années, avec en point d'orgue une islamophobie, qui tiendrait plus selon Françoise dexmier, de l'ignorance. c'est pour combler une telle ignorance, qu'elle a entrepris de faire ce film sur le soufisme en Mauritanie, et faire découvrir ces pans de tolérance, de pardon, de générosité, issus de l'enseignement du Coran. Entretien avec une dame en quête de sens.


Françoise Dexmier, peintre, photographe et réalisatrice: «A Allah Seul, appartiennent l'Orient et l'Occident»
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Pourquoi ce film-documentaire sur le soufisme en Mauritanie?

C'est toute une histoire que je nourrissais depuis quatre ans. Je partage ma vie depuis dix ans entre la France et la Mauritanie. J'étais sur Nouadhibou avant; et c'est là-bas que j'ai découvert, et suis devenue très amie avec Bâ Thierno, le leader de la confrérie Tijane Niasse, accessoirement maire-adjoint de la ville. Et il se trouve qu'à une époque j'ai commencé à faire une série de rêves, qui étaient liés au Coran. Comme j'ai aussi une formation psychanalytique, et que je suis psychothérapeute, je m'interrogeais sur le sens de ces rêves, sans trouver une réponse satisfaisante, par ce prisme là en tout cas.

J'ai cherché des marabouts susceptibles de m'éclairer sur ces rêves; c'est par cette porte que je suis entrée dans cet univers du soufisme. De fil en aiguille, je me suis naturellement intéressée au soufisme; et cette confrérie m'a accepté dans leurs «zikr» successifs. À la longue, je crois que je faisais partie des meubles (rires)! On ne faisait plus attention à ma présence.

Un jour, je leur apporte un film d'un réalisateur français Arnaud Desjardins, sur le soufisme en Afghanistan. On le visionne, et sous le charme, Thierno Bâ me demande pourquoi on ne ferait pas un film sur la confrérie. L'idée m'a accrochée, car je découvrais aussi un Islam extrêmement éloigné de celui que les français, et les occidentaux plus généralement, véhiculent dans leurs a priori, qui a conduit à l'islamophobie que l'on connaît là-bas aujourd'hui.
J'avais donc envie de montrer cet Islam ouvert, joyeux, festif, tolérant, portés sur le cœur, le pardon et la rencontre avec Autrui, loin de tout intégrisme religieux! Et donc, avant d'être un film, c'est une rencontre, avec un homme, une religion.

Dans ce plongeon dans l'univers du soufisme justement, qu'est-ce qui vous a marqué le plus?

Étant dans une quête personnelle, permanente, de sens, par rapport à moi, mais aussi à la vie, cette démarche de détachement de l'ego, qui est très proche de ce qu'on trouve en psychanalyse, mais aussi dans le Bouddhisme, m'a interpelé, car je ne connaissais pas cet aspect dans le soufisme. D'ailleurs dans le Coran, il est mentionné de se connaître soi-même, pour connaître Dieu. Et ça c'est une démarche très proche de ma foi intime.

Il y a un vrai travail d'ouverture du cœur, de pardon, et surtout une grande tolérance pour ceux qui sont allés loin, ceux qui ont passé des strates morales, religieuses; ceux qui se sont élevés plus que les autres.

Vous teniez à expliquer des choses sur le soufisme?

Ce n'est pas un film didactique sur le soufisme en Mauritanie, mais réellement un film pour que l'Occident ait un autre regard sur l'Islam. C'est un film donc pour sentir les choses, d'où la forte proximité avec les personnes interrogées. C'est ainsi que j'ai construit le film, dans le ressenti; avec un moment de jour et un moment de nuit, comme une journée qui passe, avec cinq arrêts d'ombres et de lumières, avec des versets du Coran qui expliquent certaines orientations, comme les cinq prières quotidiennes.

Le film se termine sur un passage en France, où un des témoins, Djibril Ly, lit ce verset du Coran: «A Allah Seul, appartiennent l'Orient et l'Occident». Il n'y a pas plus beau pont entre ces deux ensembles.

Depuis trois ans que vous naviguez dans le milieu cinématographique mauritanien, quels changements percevez-vous?

En tant qu'artiste, je fais le pont entre les artistes mauritaniens et français; là par exemple, j'amène depuis trois ans, des toiles de peintres, des poésies, des films mauritaniens au festival Maghreb. Ce qui me surprend, c'est la maturité et le courage des jeunes réalisateurs mauritaniens. Il y a un vrai cinéma mauritanien qui émerge, avec de vrais talents, comme Ousmane Diagana, avec la «blessure de l'esclava». «Mon ami disparu» de Zeïn est un film remarquable à plus d'un titre aussi. Djibril Diaw, avec «1989».

Ces trois films traitent du terrorisme, pour Zeïn, des événements douloureux de 1989, et de l'esclavage. Trois sujets relativement tabous en Mauritanie; il faut oser quand même, et bien les traiter! Et ça a été le cas pour ces trois exemples mentionnés, avec une beauté indéniable.

Vous êtes aussi photographe et peintre; vous initiez des enfants à ces arts-là. C'était le fil conducteur de votre premier film «murmures d'Afrique». Comment ça se passe avec les jeunes mauritaniens?

Je fais des ateliers par rapport à tous ces arts, et il y a quelques jours on a animé un atelier de mise en scène à Nouakchott. Ce qui m'a fasciné et étonné, c'est que très jeunes, ces enfants ont un vrai regard de l'image, et c'est particulièrement étonnant pour des enfants issus de cultures orales. Pareil en peinture. J'ai vu des enfants talentueux, passionnés, mais malheureusement pas encadrés en ce sens, pas stimulés. C'est tout ce dont ils manquent.

Dans le Fouta, j'ai rencontré des enfants qui dessinaient, non pas comme dessinent la plupart des enfants, mais stylisaient leurs dessins. Et ça je ne l'avais jamais vue ailleurs. C'est extrêmement rare de voir des enfants avec une patte graphique. Et je peux en témoigner après mes expériences en Inde, en France, au Maroc, à travers un peu le monde avec mon projet «murmures».

Des projets en cours?

Je prépare un film sur Mamadou Wane, un poète mauritanien atteint de drépanocytose. Là encore, c'est le projet qui est venu à moi! Mais ce n'est pas un film sur la maladie, mais un film sur sa poésie qui évoque sa douleur, avec en voix-off une lecture de ses poèmes.

Propos recueillis par MLK
Mamoudou Kane


              

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