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France : La suspicion à peine voilée qui plane sur l’islam


International
Samedi 30 Mars 2013 - 16:45

La 30ème Rencontre annuelle des musulmans de France s'ouvre ce vendredi 29 mars 2013 au Bourget, au nord-est de Paris, à l'initiative de l'UOIF, l'Union des organisations islamiques de France, considérée comme proche des Frères musulmans. Réputée rigoriste, donc, pour ne pas dire radicale et anti-laïque. Des confusions qui connotent de plus en plus l'islam en France.


La rencontre annuelle des musulmans est organisée par l'Union des Organisations Islamiques de France (UOIF). ( Photo : Mehdi Fedouach / AFP )
La rencontre annuelle des musulmans est organisée par l'Union des Organisations Islamiques de France (UOIF). ( Photo : Mehdi Fedouach / AFP )
Islam, islamisme, menace anti-démocratique, voire terrorisme : les glissements et les amalgames n’ont rien d'inédit. Mais ils progressent d'année en année, sans pour autant, que la deuxième religion la plus pratiquée en France, pèse d'un poids très lourd. Le nombre d'adultes, hommes et femmes, pratiquants réguliers ou occasionnels est en effet de l'ordre de 2 millions, tout au plus.

Pourtant on parle presque toujours de 5 millions voire 6 millions dans la presse, les discours politiques et les débats, toujours plus polémiques sur une communauté placée sous très haute surveillance statistique. « Il n’y a pas d’autre religion au monde qui fasse l’objet d’une telle comptabilité, constate Raphaël Liogier, directeur de l'Observatoire du religieux à l'Institut d'études Politiques d'Aix-en-Provence. On compte sans arrêt, les mosquées, les minarets, les fidèles… Et on a tout le temps le sentiment qu’il y en a trop. Souvenez-vous de la phrase de Claude Guéant, ancien ministre de l’Intérieur. Comme si un musulman de plus, c’était un musulman de trop ».

Paranoïa

Confondu très souvent avec immigration et assimilé à la culture d’origine des populations de France issues de pays à majorité musulmane, l’islam souffre d’une image négative. Celle d’une religion extérieure. « Les chiffres sont exagérés, pour justifier la paranoïa qui s’exprime en France à l’encontre les musulmans, poursuit Raphaël Liogier. On a le sentiment d’être atteint, d’être l’objet d’une guerre. D’où le besoin d’un ennemi fort, nombreux. Ça justifie le sentiment d’agression ».

Les mots sont violents. Mais, pour l’auteur du Mythe de l’islamisation, ils sont à la mesure du procès en invasion fait à l'islam, un peu partout en Europe et singulièrement en France, à travers des statistiques erronées sinon mensongères. A travers, aussi, une suspicion qui blesse les croyants. « On se sent littéralement agressé, en permanence, par des images, des propos qui ne nous concernent pas du tout », raconte Rachid, gérant d’un petit restaurant associatif du nord de Paris. « Les gens ne comprennent pas l’islam, qui est une religion de tolérance. Et ce n’est pas parce que quelqu’un qui se dit musulman commet un crime que sa religion doit en pâtir », poursuit-il. Le nom de Mohamed Merah, ses 7 assassinats et les propos tenus autour du drame, l’an dernier dans la région de Toulouse, n’ont pas besoin d’être explicités.

Le ressenti d’injustice est très fort. « Il y a bien des prêtres qui sont montrés du doigt pour des sévices infligés à des mômes. On ne dit pas pour autant que la religion catholique est synonyme de ça », se désole Rachid, qui déplore aussi la caricature menaçante qui est faite du musulman. « Les gens ont peur de devenir musulmans, malgré eux ! Alors que c’est un choix personnel ! ».

Peur et défi

L'islam fait peur. Parce qu'il serait intolérant ou pressé de convertir celles et ceux qu'il rencontre. Les musulmans en France ont de plus en plus conscience de cette crainte qu’ils inspirent. A regret. Mais ils développent aussi des réactions de défi à ce climat de défiance, aux critiques très négatives dont ils font l’objet et aussi à des lois vécues comme discriminatoires.

Il en est ainsi de la loi de 2004 contre les signes religieux ostentatoires à l'école, qui a principalement ciblé les collégiennes et lycéennes voilées. Ainsi encore de l'interdiction dans l'espace public du voile intégral depuis 2011. Une législation qui pourrait fabriquer ce qu'elle assurait vouloir prévenir. « La majorité des femmes en voile intégral aujourd’hui disent le porter depuis l’entrée en vigueur de la loi », souligne la sociologue Agnès de Féo, spécialiste du voile en France. « La plupart de ces musulmanes en niqab ou sitar sont des converties, dont certaines depuis le vote de la loi. C’est ce qu’on appelle la " prophétie auto-réalisatrice " ». « On est en train de créer des fanatiques, des musulmans radicaux, avec ces lois stigmatisantes et discriminatoires. Avant la loi, le niqab était un symbole inoffensif arboré par des femmes qui voulaient se prouver quelque chose à elles-mêmes ou qui étaient dans une démarche piétiste très pacifique. Aujourd’hui, elles sont entrées en résistance et peut-être dans un intégrisme potentiellement dangereux ».

Dérive législative ?

Seule sociologue à enquêter depuis plus de quatre ans sur ces musulmanes de France, Agnès de Féo s’inquiète donc de la contrainte imposée à ces femmes, tenues de renoncer à leurs foulard, à leur voile, ou bien poussées à s’exclure de la vie sociale. Au nom de la lutte contre la pression religieuse, qui alimente désormais un nouveau débat sur une éventuelle troisième loi étendant l'interdiction du voile jusque dans les entreprises privées. Comme c'est déjà le cas dans le secteur public.

84% des Français y sont favorables, dans les commerces, y compris les supermarchés, les crèches, les cabinets médicaux et même les écoles privées, selon un sondage Ifop paru le 24 mars 2013, dans le quotidien régional Ouest-France. Plus sévère encore, une autre proposition de loi, votée par le Sénat et inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée, exige la neutralité religieuse jusqu’au domicile des assistantes maternelles.

« Une nounou, qui garde des enfants chez elle, devrait, par exemple, si elle est croyante, enlever la décoration religieuse de son appartement, et donc son foulard si elle musulmane ou juive orthodoxe, ou ne cuisiner ni halal, ni casher », s’étrangle Raphaël Liogier. « On est en plein délire et en dehors des clous de la laïcité définie par la loi de 1905 ! », autrement dit de la laïcité qui garantit la neutralité de l'Etat à tous les citoyens, sans distinction d'origine, de sexe ou de religion. L'Etat et lui seul. Le reste relevant des libertés individuelles, consacrées par la Constitution et d'une sociabilité manifestement à la peine.

Alain Renon
Pour RFI
Mamoudou Kane


              

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