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Noorinfo

Foncier dans le Brakna : Quand la forêt classée est exploitée


Société
Jeudi 13 Décembre 2012 - 13:00

Depuis quelques semaines, la tension est vive sur les terres du Wawo, domaines qui appartiendraient à la forêt classée de Silbé. Aux manifestations populaires rejetant l’exploitation desdites terres, de nombreuses arrestations dans les rangs des populations perpétrées par une administration de plus en plus dépassée par les événements. Lasses de l’attitude clientéliste de l’autorité publique qui semble avoir pris fait et cause pour les nouveaux occupants fonciers, les populations, ou leurs représentants ont décidé de se rendre à Nouakchott où elles ont commencé à poser leurs problèmes. Après avoir été reçues en début de semaine par le ministre délégué chargé de l’Environnement qui a affirmé ne pas avoir été saisi avant que les terres cibles n’aient été cédées à leurs nouveaux propriétaires, les représentants desdites populations ont décidé d’écrire une lettre ouverte au ministre des Finance. L’Authentique en a reçu une copie, qu’il propose à votre lecture.


Un village près de la forêt déclassée, dans le Brakna
Un village près de la forêt déclassée, dans le Brakna
A Monsieur le Ministre des Finances

Objet : révision de décisions

Monsieur le Ministre,


Nous, représentants des communautés Edi, Lehratine, Thiélaw, riveraines des bois ElMavoud, ou Wawo, appelés également forêt classée de Silbé sommes surpris par l’octroi, par vos soins de concessions qui seraient de plusieurs dizaines d’hectares au profit de promoteurs qui, exploitant ces mesures, s’évertuent à délimiter eux-mêmes les contours de leur domaine sans aucun contrôle. Opérant en pleine brousse, ils n’hésitent pas à l’agrandir à leur guise. Nous vous faisons savoir que le terroir en question est très exigu. Trois Km séparent le fleuve de la cuvette dite Balla qui lui est parallèle. Le projet initial de Mr Diop Ibrahima en occupe 67 ha. Il ne l’exploite qu’au 10ème à peu près. La partie restante très bien clôturée sert de villégiature à son cheptel.

En plus, celui-ci compte faire une extension de 70 ha. Ce qui ressemble à de l’accaparement des terres à des fins spéculatives. C’est ce qui choque particulièrement l’opinion locale. D’autres opérateurs détiendraient des titres de propriété. Il y a deux jours l’un d’eux a lancé ses engins à l’assaut du bois.

Des arbres centenaires sont abattus. Heureusement, les populations sont venues s’interposer. Alertés, les gendarmes arrêtent les travaux. Il reste que ces opérateurs sont sur place et n’attendent qu’un affaiblissement de la résistance pour revenir à la charge et détruire le reliquat du bois. A cette cadence, c’en est fini de toute trace de foret classée dans les parages. Cette perspective est catastrophique pour ces populations pour lesquelles cette forêt constitue une ressource vitale. En effet, c’est le lieu de pâturage du cheptel, celui de la cueillette, de fabrication des outils de culture traditionnelle.

C’st en particulier un immense réservoir d’espèces arboricoles locales parfois rares, qui se reconstituent rapidement. Il y existe aussi des mares où prolifèrent toutes espèces de poissons que certains citoyens exploitent pendant une grande partie de l’année. Il s’agit d’une source de revenus indispensable pour les riverains. En réalité, il s’agit d’un patrimoine national qui est à sauvegarder. En tout cas, les populations locales y tiennent comme à la prunelle de leurs yeux. En outre, l’extension dont bénéficierait Mr Diop va enclaver quelques villages par rapport aux autres, va les compartimenter. Elle comprend également un emplacement sacré dénommé Roumdy El O. Yara où se trouve un cimetière de nos ancêtres qui risque la profanation. Ainsi, les préjudices moraux et matériels sont-ils incommensurables. Il s’agit surtout d’une forêt classée dont on n’a pas connaissance qu’elle a changée de statut.

A défaut d’une mesure de déclassement, tout acte y afférent peut être qualifié d’inexistant au sens de la législation. Par ailleurs, les populations n’ont pas été impliquées à aucun niveau de cette attribution. Aucune campagne de sensibilisation n’a été menée. Les bénéficiaires des concessions ne cessent de les narguer en dressant contre ces pauvres, autorités et forces de l’ordre.

Pour éviter tout dérapage, cette affaire devra être traitée avec le maximum d’équité. A cet effet, nous vous demandons de bien vouloir revoir vos décisions en la matière.Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de notre haute considération. Les représentants des communautés .

Nouakchott, le 9 décembre 2012

Signé : les représentants des communautés :

Brahim Ould Brahim
Djibrirou Thiofol
Lam Abdoulaye
Mamoudou Kane


              

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