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Flagrant délit : d’après un forgeron de chez nous, voilà comment des marocains nous dépouillent…


A.O.S.A
Mercredi 13 Mai 2015 - 02:02


Flagrant délit : d’après un forgeron de chez nous, voilà comment des marocains nous dépouillent…

Le sort de nos forgerons de talent ou ce qu’il en reste, me fend toujours le cœur devant tant de gâchis, devant une telle gabegie culturelle à ciel ouvert. Tout à l’heure, je suis passé voir un jeune forgeron qui me sert de guide quand je cherche ou je dois faire faire une pièce particulière. Cette fois, je voulais tout simplement un « mag-reuj » de chez nous, une bouilloire telle que j’en ai toujours connue autour de moi avant que même l’inox Français ne soit remplacé par une vulgaire ferraille venue d’on ne sait trop où. 


C’est dans la cuisine de l’artiste portugaise Isabel de zeinart que j’en ai vu un des plus charmants. Tout simple avec quelques touches de chez nous en cuivre. J’explique donc la chose à mon forgeron et nous voilà partis à pied au cœur du marché « leh-moum » à savoir le petit marché au charbon qui vient après le grand marché Capitale. Quelques mètres carrés où l’on trouve pêle-mêle sous un nuage de mouches, un rayon de bijoutiers spécialisés dans l’or, des étals de fruits et légumes face auxquels des rangées de marchands de mort aux rats et autres poisons contre les cafards et autres viranes, puis en équerre les marchands de viande. Tout ce beau monde vit en bonne intelligence comme coupés du monde.


Le jeune forgeron entre ici et là, salue et se renseigne. On lui explique qu’on ne trouve plus ce genre de chose par ici sauf peut-être chez quelqu’un là-bas. Nous voilà en direction de là-bas. On atterrit chez un autre forgeron en train de réparer un fer à repasser Philips… Soudain je vois à côté de son matériel de thé, le mag-reug en question. C’était le sien ou celui d’une grande dame de Tevrag-zeina si on en croit sa rhétorique pour monter les prix.


Il nettoie la chose comme il faut, fait ici et là quelques réglages, passe le tout au sable, à la flamme, aux petits coups de marteau et hop ! une heure et demie plus tard voilà le mag-reuj tout neuf. J’en profite pour voir si je ne trouverai pas ici quelques autres trésors. Voilà bien quelques morceaux d’authentiques théières de jadis, mais on m’explique qu’on ne peut les utiliser que sur du charbon car cela fond au gaz. Ne sachant pas faire le thé et n’ayant hélas personne pour me le faire comme il faut, au charbon, je renonce à lancer une commande pour rafistoler toutes ces précieuses antiquités car il faut s’en servir sinon à quoi bon ?


Pendant cette matinée, j’ai eu tout loisir de discuter avec mon forgeron, comme on dit mon électricien, mon plombier ou mon ami, j’ai ainsi découvert l’ampleur d’un détournement culturel sans précédent au profit du Maroc. Déjà les vendeuses de hsérates, les nattes maures, qu’on trouve dans une ruelle à l’ouest du marché Capitale, m’avaient dit que les plus belles cachées à l’intérieur dont j’en voulais une, étaient pour des marocains qui n’allaient pas tarder à passer. 


Cette fois mon forgeron m’a tout expliqué sans savoir qu’il parlait à un journaliste.


J’avais lancé la discussion à propos du sort des forgerons en demandant pourquoi le ministère de l’artisanat n’ouvrait pas aux meilleurs des ateliers avec tout le matériel nécessaire pour travailler dans les meilleures conditions et sauver non seulement un savoir-faire mais aussi pour pouvoir former des apprentis, comme on en voit chez les menuisiers et autres ouvriers artisans ? 

 

Il m’a alors expliqué comment le monde des forgerons et du travail bien fait a été assassiné à petit feu non seulement par une mafia au cœur du ministère mais surtout à cause de la précarité généralisée qui fait que désormais à force de vouloir vendre moins cher, tout est devenu de la pacotille dont ne veulent même plus les touristes quand il y en a. De là les expos minables qu’on envoie à l’étranger salir l'image du travail des forgerons mauritaniens.


Pendant qu’on parlait en marchant, Dieu a fait qu’il a reconnu devant nous un très vieux maure qui semblait tenir dans sa main quelque chose roulé dans un petit sachet. Il m’a dit : « regarde ce vieux, depuis hier il cherche à vendre un vieux cadenas maure en excellente qualité mais il ne trouve personne. Il est venu à moi en désespoir de cause et il en voulait juste 12000 mais je ne les avais pas. Là il va s’arrêter chez les marocains qui habitent là-haut…


En effet devant nous à 15 mètres, le vieux maure blanc s’est arrêté dans une petite ruelle entre la route des quincailleries qui aboutit au marché des poulets à médina 3 et le grand marché de l’autre côté. J’avais laissé mon scooter beaucoup plus loin et nous étions partis à pied. Nous voilà devant le vieux maure. Salutations. Je me mets en retrait et j’écoute discrètement. En effet le vieux dit qu’il est repassé à l’atelier du jeune forgeron mais il n’était pas là. Je m’approche, je salue, je regarde en direction de la main de ce vieux monsieur à l’air honnête et démuni avec une énorme barbe blanche.


Le jeune forgeron redemande à voir et voilà sous nos yeux un magnifique cadenas de chez nous qui servait à fermer les grands sacs de voyage. Jamais rien vu de tel, dans un tel état. Un pur trésor. Je me renseigne sur le fonctionnement, je regarde la mécanique, les différentes couches de métal, les motifs et je demande si c’est à vendre. 


Le vieux me lance d’un trait « tu veux acheter ?  » comme quelqu’un qui vient de traverser le désert rencontre une possibilité de verre d’eau. J’acquiesce. Il me dit 20 mille d’un ton que je ne n’oublierai jamais comme s’il tentait sa dernière chance de vendre à un bon prix avant de monter là où on allait l’égorger. 

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chezvlane


              

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