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Finances : Toutes les banques blanchissent-elles l’argent de la drogue ?


Economie
Lundi 23 Juillet 2012 - 15:19

Après la crise financière et bancaire de 2008, encore ressenti aujourd’hui, les anglais révèlent une nouvelle faillite morale des institutions liées à l’argent. Cette fois-ci, plus gravement qu’en 2008, on découvre que la première banque européenne verse dans la criminalité, en blanchissant l’argent de la drogue. Mais sont-ils les seuls ? Qu’en est-il de nos institutions bancaire et financière en Mauritanie, où on sait que la drogue fait (encore et toujours) des fortunes.


Finances : Toutes les banques blanchissent-elles l’argent de la drogue ?
La goutte d’eau qui risque de faire déborder le vase- Décidément, les banques britanniques ne sont pas à la fête en ce moment. Après Barclays empêtrée dans le scandale du Libor, voici HSBC accusée d’avoir participé au blanchiment d’argent aux États-Unis. Selon un rapport de 400 pages du sénat américain, la banque n’a pas suivi, entre 2004 et 2010, les règles de lutte contre l’argent sale lié à la drogue ou au terrorisme. La liste des accusations est longue : HSBC aurait notamment participé au blanchiment de l'argent de la drogue des cartels en acceptant 7 milliards de dollars (5,7 milliards d’euros) de sa filiale mexicaine. Autre transfert étrange : 290 millions de dollars (236 milliards d’euros) auraient été écoulés en chèques de voyage émis par une banque japonaise au bénéfice de ressortissants russes qui prétendaient travailler dans les voitures d'occasion...

Dans le rapport, précise Bloomberg, HSBC aurait également fourni des fonds et des services, à hauteur de 16 milliards de dollars, à des établissements bancaires situés en Arabie Saoudite (Al Rajhi), soupçonnés d’avoir des liens avec des groupes terroristes.

Parce que les sommes en jeu sont potentiellement colossales. Parce que de nombreuses banques sont concernées. Parce que c'est aussi la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Depuis 2008 en effet, le comportement des banquiers n'a pas évolué malgré les critiques formulées à l'encontre du système financier. La publication de courriers électroniques montrant des banquiers se félicitant de l'efficacité de la manipulation du taux a aussi scandalisé une opinion publique déjà échaudée par les scandales.

Si dans des économies et des systèmes politiques dits démocratiques, où la transparence est érigée en règle de tels dysfonctionnements (on peut même parler de crimes) peuvent avoir lieu à cette échelle, on peut se poser la question de la crédibilité morale de nos banques, surtout dans un contexte où l’Afrique de l’ouest est la nouvelle plaque tournante de la drogue latine.

Finances : Toutes les banques blanchissent-elles l’argent de la drogue ?
La Mauritanie dans tout cela- Les cartels sud américains ont élu depuis une dizaine d’année leurs quartiers en Afrique de l’ouest, dont la Mauritanie. En Guinée ils ont littéralement miné le pouvoir et l’armée. Au Sénégal, des ONG issues de la société civile estime qu’une relative majorité des nouveaux riches de Dakar voient leurs richesses issues de la drogue, directement ou indirectement.

En Mauritanie, les différentes saisies de drogue ces dernières années n’ont jamais permis de poser réellement le fond du problème dans le débat politique, et surtout ne semble pas soulever une volonté ferme et affichée par le pouvoir, de lutter contre.

La récente éviction du général Mohamed Ould Hady, dont l’ancien service de la Sureté aurait été minée par la corruption liée à la drogue, ou encore l’arrestation d’un ancien commissaire de police pris en flagrant délit dans l’affaire dite de la drogue, et qui n’a donné lieu à aucune enquête sérieuse, montrent l’étendue de l’implantation du trafic de la drogue en Mauritanie, qui marche plus que jamais.

De tels niveaux d’implication peuvent difficilement s’imaginer sans des systèmes solides de blanchiment d’argent. «Les maisons de luxe qui fleurissent à tout-va, les voitures de luxe rutilantes, mais aussi une partie du système financier du pays, prospèrent grâce à la drogue. On peut raisonnablement penser qu’il y a quelque part dans tout cela des réseaux de blanchiment» explique un analyste de risques financiers, qui a eu à travailler en Mauritanie.

«Ce doute raisonnable peut être poussé plus loin avec bientôt 17 banques en Mauritanie, qui vont être en compétition pour un marché bancarisé d’à peine 20% de la population active, et pour des secteurs économiques, surtout dans le privé, qui envoient l’essentiel de leurs devises à l’étranger, et bien souvent en cash ! » continue l’analyste.

Finances : Toutes les banques blanchissent-elles l’argent de la drogue ?
La richesse engendre le crime- Ces affaires financiaro-bancaires ont culminé à ce faite criminel grâce au silence coupable des états plus obnubilés par les intérêts des différents lobbys bancaires. Ce qu’avait pourtant prévu Karl Marx : L'avidité a été érigée par les théoriciens du marché libre, comme par ses praticiens, en maxime universelle, pour employer le vocabulaire d'Emmanuel Kant. Le respect, la réputation, la renommée, sont réservés au seul gagnant de la spéculation, quelles que soient les méthodes qu'il emploie, quels que soient les chemins tortueux par lesquels il est arrivé à la fortune. La seule valeur reconnue par ce milieu très particulier, c'est la valeur en bourse. Les autres valeurs – le courage, la droiture, l'honnêteté, la rectitude – ne sont que des survivances archaïques du temps où il y avait, à côté de l’argent, d'autres critères de la réussite individuelle. Tout cela, hérité d’un temps irrationnel et quelque peu boy-scout, a été noyé, comme l’écrivait Marx, "dans les eaux froides du calcul égoïste".

Et si l'argent est la mesure de toute chose, la tentation devient forte d’en accumuler en dehors de toute règle, de toute morale, de toute loi. En supprimant toute autre référence que la réussite financière, on mine toute résistance au vol, à l’escroquerie, à la fraude ou à la tromperie. Pas vu pas pris : celui qui remplit son compte en banque a toujours raison. Les sociologues mettent souvent en relation le taux de délinquance observée dans tel ou tel secteur de la société avec le niveau de vie des personnes concernées. Il est entendu que la pauvreté, pour faire court, encourage l'illégalité, dans la mesure où les plus pauvres sont plus enclins, pour sortir de leur misère, à courir le risque de la délinquance. Les chercheurs doivent revoir leurs raisonnements. Dans le cas des marchés financiers, ce n’est pas la misère qui engendre le crime ; c’est la richesse.

Noorinfo avec agences

Selon l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), des dizaines de milliards de dollars provenant du trafic de drogue ont permis au système financier mondial de se maintenir à flots au plus fort de la crise financière en 2008, rapporte The Observer.

Antonio Maria Costa, directeur de l'ONUDC, a déclaré le mois dernier que le plus gros des 352 milliards de dollars issus du trafic de drogue a été sciemment blanchi par les institutions financières. Courant 2008, il a ainsi reçu la preuve que les profits de la criminalité organisée ont été "la seule source de liquidités" pour certaines banques au bord de la faillite.

Les barons de la drogue au secours de l'économie mondiale...

S'exprimant depuis son bureau de Vienne en Autriche, Costa a déclaré que cette preuve lui a été fournie par des agences de renseignement et des procureurs 18 mois plus tôt. "Dans de nombreux cas, l'argent de la drogue a été la seule source de liquidités disponibles. Dans la seconde moitié de 2008, le manque de liquidités a été le principal problème du système bancaire" a-t-il dit.

"Les prêts interbancaires ont été financés par l'argent du trafic de drogue et d'autres activités illégales... Il y a des signes qui indiquent que certaines banques ont été sauvées de cette façon". Costa a néanmoins refusé de nommer les pays ou les banques impliquées, affirmant que son activité se limite à répertorier les problèmes, pas de distribuer les blâmes. La preuve avancée par Costa proviendrait d'informations issues de banques et d'officiels britanniques, suisses, italiens et américains.
Mamoudou Kane


              

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