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Finance islamique: La douce révolution mauritanienne?


Economie
Samedi 3 Décembre 2011 - 09:52

La banque islamique de Mauritanie vient d'ouvrir ses portes; cette structure s'ajoute à celles déjà présentes, notamment Al Watani, la Bamis et FCI, et qui témoignent de la relative confiance que les investisseurs placent dans l'avenir de la finance islamique en Mauritanie, relativement peu popularisée jusqu'à présent.


Finance islamique: La douce révolution mauritanienne?
Avec un taux de bancarisation d'à peine 20% de sa population active, la Mauritanie voit son secteur bancaire, paradoxalement, accueillir régulièrement de nouvelles structures. Parallèlement, la finance islamique voit ses investisseurs augmenter aussi. C'est dans ce contexte qu'arrive la banque islamique arabo-turc, la banque islamique de Mauritanie, qui compte sur un «secteur porteur et plein d'opportunités dans un avenir proche», selon les mots de son directeur général, Mohamed Ben Othman.

Un optimisme partagé par le directeur des opération d'Al Watani, filiale islamique de la banque nationale de Mauritanie (BNM), Mohamed Mahmoud Ould Baye, qui estime que certaines preuves ont été faites quant à la transposition efficace d'une telle finance en Mauritanie, au moins à une échelle microéconomique. «Sur la demande d'Ahmed Ould Khatri, ancien directeur de PROCAPEC, j'ai expérimenté la micro-finance islamique et ce fut un succès. Je crois que c'est l'un des facteurs qui a fait tripler le nombre d'adhérents des CAPEC: De 50 000 ce chiffre est passé à 160.000 membres en 2008. Nous avons fait des tournées dans le pays pour expliquer le système qui a l'avantage d'avoir la Baraka. C'est un moyen de lutter contre la pauvreté» explique-t-il.

Une finance limitée à cause de son coût

La cherté des produits financiers islamiques freinent l'essor de cette finance
La cherté des produits financiers islamiques freinent l'essor de cette finance
Au niveau bancaire, plus globalement, la finance islamique reste tout de même très limitée en Mauritanie. Elle représente à peine 1% des actifs bancaires totaux du pays! Une situation justifiée, selon un cadre d'une des banques «classiques», par la «trop grande cherté des produits financiers de ce circuit». «La finance islamique est certes plus éthique que les circuits de financement classiques par certains aspects, mais elle est également beaucoup plus chère. Les solutions proposées par les instruments financiers islamiques résident dans le partage du profit et dans la notion de travail, contrairement à celle du capital, comme source de revenu» explique-t-il. La banque n’applique donc pas d’intérêt à un prêt. Elle se rémunère directement sur les bénéfices de l’investissement via une commission définie à l’avance avec le client.

«Nous appliquons le même taux que les banques, à la différence que nous ne prêtons pas d'argent. Quand un client désire un stylo, nous le lui livrons avec une marge bénéficiaire de 20 ouguiyas si nous l'avons acquis à 100; c'est le principe de l'achat et de la vente qui est appliqué» soutient Ould baye, en éludant la taxation multiple, dont ces opérations seraient trop souvent assorties.

Mais certains produits financiers, comme les sukuks, s'en sortent relativement bien en Mauritanie.

La réussite des sukuks

Emprunter à la l'éthique islamique et au pragmatisme libéral?
Emprunter à la l'éthique islamique et au pragmatisme libéral?
La société de finance conseil et investissements (FCI) a ouvert ses portes il y a bientôt quatre ans. Un pari avec les Sukuks présentés sur le marché financier mauritanien, et sur lesquels se sont rués les acheteurs dès le départ. C'était la première expérience du genre en Mauritanie, et la surprise a été de taille pour les offreurs du produit. «Au bout de 15 jours, nous avions collecté des fonds dix fois plus importants que les prévisions initiales sur le mois entier» explique Issa Ould Cheiguer, PDG de FCI.

Sukuk est le pluriel du mot arabe «sak» qui veut dire «titre». Il s’agit d’un document qui atteste de l’endettement d’un émetteur auprès du marché. C’est une dette échangeable, une obligation non basée sur le taux d’intérêt mais adossée à un sous-jacent et structurée. La création de la richesse rémunère les détenteurs des obligations. Le prix de l’obligation, c’est son taux.

Pour le cas de FCI, ce sont les sukuks adossés aux infrastructures qui sont les plus demandés. La réussite fulgurante des sukuks proposés par cette société financière le prouverait. «Nous sommes spécialisés dans la mobilisation de ressources pour des opérations à capital-risque ou de capital/investissement. Nous avons créé un premier fonds d’investissement appelé SUKUK, un produit financier en rapport avec l’immobilier. Nous voulions proposer aux Mauritaniens détenteurs de capitaux un investissement dans ce secteur» explique Issa Ould Cheiguer.

Au-delà du secteur immobilier, très porteur en Mauritanie, une des autres raisons du succès de ce produit tiendrait à la nature même de l'institution financière.
«Notre institution se situe à mi-chemin entre la SICAV et l’obligation Islamique. Il y a un support foncier clair, un partage des risques et une participation au produit, ce qui en fait un produit purement islamique. Mais, en même temps le mode de fonctionnement correspond à un instrument normal, la SICAV qui est adossé au foncier» explique le PDG de FCI.

Du coup si le principe éthique est emprunté aux exhortations islamiques, le principe technique lui est issu de la nomenclature financière classique. Un mariage qui augure peut-être de l'avenir mauritanien de la finance islamique.

Mamoudou Lamine Kane


Le Soudan, leader africain de la finance islamique:

Le Soudan, pionnier de la finance islamique, reste leader sur le continent. Le Nord a un secteur bancaire 100% «charia-compatible». Ses 22 banques islamiques et ses 10 milliards de dollars d’actifs conformes à la loi islamique pèsent pour près des deux tiers du total des actifs de la finance islamique sur le continent. Cette dernière représente d’ailleurs une option pour contourner l’embargo que les États-Unis font peser sur le marché financier soudanais depuis 2007. Khartoum s’apprête à lancer un emprunt obligataire islamique (sukuk) de 300 millions $ destiné uniquement aux pays du Golfe. Emprunt initialement prévu en 2009 mais repoussé à cause de la crise.
Mamoudou Kane


              

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