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Noorinfo

Fin de la mixité sociale à Nouakchott : les hratines priés de quitter les beaux quartiers…


A.O.S.A
Dimanche 7 Août 2016 - 23:41


Ce matin, j’ai vu mon voisin, le chef d’une famille hratine pauvre, en train de démonter une des pièces  de son logement : la cuisine exactement. En tout et pour tout, cela correspond à quatre feuilles de zinc rouillées et quelques piquets en bois, une petite planche fatiguée pour la porte et quelques tissus ayant fait office de murs.

 

Naïvement, je croyais qu’avec la saison des pluies, il comptait refaire l’installation surtout que tout autour de l’habitation, la terre avait du mal à avaler les premières pluies. Vu que je gare ma voiture devant  ses baraques, 3 exactement, je ne pouvais rester insensible bien que ne connaissant pas le monsieur. Je suis donc allé le voir pour lui demander ce qu’il faisait exactement puis je lui ai remis une contribution pour soulager au moins le transport de son patrimoine.

 

Face à ma question, il n’a pas répondu clairement, il s’est juste contenté de me dire en baissant les yeux que ce n’était pas grand chose. Il a juste dit que ce tas de zinc et de bois devait aller quelque part. Puis du troisième étage, j’ai vu arriver un petit camion de déménagement et là j’ai compris que toute l’habitation partait…  Ma première pensée fut que mon geste du matin était bien petit car je lui ai donné 5000 ouguiyas croyant qu’il prendrait un taxi dont le tarif ne peut pas dépasser 1500 ouguiyas pour la cuisine qui à plat peut tenir dans le coffre.

 

J’ai voulu y retourner pour l’aider mieux mais je me suis dit que cela allait arriver aux oreilles de tous les gardiens autour qui estimeraient mon geste excessif ce qui les inviterait sous peu à me solliciter car eux aussi ont toujours un problème à portée de main. J’ai appelé le gardien de mon immeuble qui m’a expliqué que l’état a demandé à toute cette famille de déguerpir mais que l’état leur a donné un terrain à Tarhil : les voilà donc propriétaires…

 

C’est là que j’ai réalisé que toutes les familles hratines de cette rue sur la route de Nouadhibou ont été aussi priées de déguerpir. Il faut dire que parmi mes voisins on trouve des colonels, des conseillers à la présidence.

 

Renseignements pris, c’est un grand mouvement qui consiste à en finir avec les occupations illégales dans les soi-disant "beaux quartiers" qui risque à terme de mal tourner comme ce qu’on a pu voir devant l’hôpital Bouamatou.

 

D’un point de vue légal, il n’y a rien à dire et on peut même se féliciter que l’état donne un terrain à chaque famille aux frontières de Nouakchott qui grandit très vite. Du point de vue des riverains, certains disent que ça ne se fait pas de laisser des pauvres qui manquent de tout vivre dans le dénuement complet à côté de bourgeois du tiers-monde.

 


Toutes ces remarques sont consistantes mais le problème est ailleurs car le remède peut être pire que le mal.

 

D’abord, il ne faut pas confondre le mouvement de pauvres qui viennent s’installer massivement dans des terrains privés et les familles qui vivent dans ces terrains car le propriétaire voulait un gardien des lieux et il a laissé le gardien s’installer là avec sa famille pour lui éviter de faire des aller-retour entre son lieu de travail, où il est censé être H24 toute l’année, et sa famille.

 

Mon voisin est un pauvre gardien comme on en trouve mille ou peut-être des milliers dans les beaux quartiers occupant un terrain vide le temps que le propriétaire sache ce qu’il veut en faire, le squattant ou logeant là le temps de la fin des travaux. Mon voisin surveillait une belle maison presque achevée par un ministre de Sidioca. Comme d’autres, l’ex-ministre croyant sa chute certainement moins rude, il n’a pas pu la finir… Qu’en a-t-il fait ? On m’a raconté l’histoire rocambolesque mais j’en ai oublié l’articulation, toujours est-il que le gardien s’est retrouvé aussi sans ressources planté là.

 

Sauf que tous ces pauvres hratines dont on trouve une ou deux familles par rue dans les beaux quartiers, vivent de la générosité du voisinage où les membres de la famille trouvent du travail soit comme boy, gardien, blanchisseur ou laveur de voiture des "patrons" tout autour. De plus à la longue tout le monde se connaît et dans les familles africaines il y a une certaine redistribution verticale.

 

Ne serait-ce qu’au niveau de la nourriture : ces familles de hratines ne souffrent pas de la faim comme celles qui sont parquées dans des ghettos de la pauvreté. Une famille mauritanienne bourgeoise cuisine pour une famille nombreuse machallah, plus les domestiques. Il reste toujours de quoi nourrir le gardien d’à côté exploité sèchement par une société de gardiennage ou le laveur de voiture en face car les domestiques soutiennent les gens de leur condition.

 

chezvlane


              

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