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Femmes en Arabie Saoudite : l'ère des petites réformes


International
Samedi 11 Mai 2013 - 16:30

Durant cette dernière décennie, la monarchie saoudienne a semblé donner une plus grande place aux femmes. Dans les établissement privés, les filles ont désormais accès au sport. Simple opportunisme ou tournant politique?


Dans les établissements privés, les filles auront désormais accès au sport. L'an dernier, deux athlètes saoudiennes ont participé aux JO de Londes. Une première. REUTERS/Suzanne Plunkett
Dans les établissements privés, les filles auront désormais accès au sport. L'an dernier, deux athlètes saoudiennes ont participé aux JO de Londes. Une première. REUTERS/Suzanne Plunkett
Ryad légalise la pratique du sport pour les jeunes filles inscrites dans des écoles privées. Annoncée le 5 mai par le porte-parole du ministère de l'Education, la nouvelle a fait grand bruit. Pourtant cette mesure ne concerne que les établissements privés: dans les écoles publiques, les filles demeurent au ban des gymnases et des terrains de jeu.

L'Arabie saoudite est un cas unique. C'est le seul pays au monde où les écolières sont persona non grata dans les cours de sport. Comme l'exige la loi islamique wahhabite en vigueur, les fillettes sont séparées des garçons et restent dispensées d'activités physiques à l'école.

Chez les adultes, cette discrimination perdure. Officiellement, l'Etat saoudien n'alloue aucun budget à la construction d'infrastructures de sport dédiées aux femmes.

Des avancées par à-coup

Un état des lieux qui tranche avec l'enthousiasme suscité dans les médias occidentaux par la participation de deux femmes saoudiennes aux Jeux Olympiques de Londres en 2012, la judoka Wujdan Shahrkhani et l'athlète Sarah Attar. Une première dans l'histoire des Jeux, s'était félicité le Comité International Olympique (CIO). "Il ne faudrait pas sous-estimer l'impact positif de la participation de la jeune judoka saoudienne", souligne Olivier Da Lage, auteur de Géopolitique de l'Arabie Saoudite. Cet épisode illustrerait la politique de réforme impulsée au début des années 2000 par la famille régnante. Pour une partie de l'aile progressiste du royaume, ce type d'événement, d'envergure mondiale, permet de créer un précédent et accélère le train des réformes dans la péninsule. La société civile est très peu organisée et quand elle l'est, les initiatives sont réprimées. Dans le royaume des Saoud, aux allures de gérontocratie, les réformes viennent donc d'en haut.

Parfois, c'est un fait divers dramatique qui permet une avancée. Le 11 mars 2002, aux alentours de huit heures, dans l'école de filles n°31 de la Mecque, un incendie se propage. Les grilles sont fermées. Les hommes de la défense civile ne sont pas autorisés à entrer dans l'établissement pour porter secours aux écolières. Ordre de la police religieuse: les hommes ne rentrent pas si toutes les fillettes ne sont pas drapées du long vêtement noir islamique (abaya). Le bilan est lourd: une quinzaine d'adolescentes, entre 12 et 17 ans, trouvent la mort. Depuis, les écoles de filles ne sont plus rattachées au ministère des Affaires religieuses, mais au ministère de l'Education.

L'oeuvre d'un clan

Le roi Abdallah, souvent décrit dans le royaume comme un grand défenseur de la cause des femmes, a veillé à féminiser l'image du régime. Un gage de changement aux yeux des démocraties occidentales. "A l'étranger, des délégations de professionnelles saoudiennes (professeures d'université, femmes d'affaire) accompagnaient le roi en visite diplomatique. A l'intérieur, le gouvernement a récemment pris des mesures contre le chômage qui facilitent l'emploi des jeunes Saoudiens, mais également des jeunes Saoudiennes, et ce, aux dépends des résidents non-nationaux travaillant en Arabie Saoudite", précise Amélie Le Renard, sociologue chargée de recherche au CNRS et auteure de Femmes et espaces publics en Arabie Saoudite (Editions Dalloz, mars 2011). Selon elle, les réformes conduites par le gouvernement saoudien s'inscrivent dans un discours politique cohérent depuis le début des années 2000.

Le 11 janvier dernier, 30 femmes ont été nommées au Conseil de Choura. Cette assemblée de concertation, dont les 150 membres sont nommés par le roi, était jusqu'alors réservée aux hommes. Décrété par le monarque, l'entrée des femmes au Conseil de Choura a suscité de vives critiques de la part de cheikhs et de princes membres de la famille royale.

Les femmes à la merci des luttes d'influence

De fait, accroître les droits des Saoudiennes ne fait pas l'unanimité. Pour adopter une loi, "la coalition progressiste [autour du roi, ndlr] profite des occasions qui se présentent et de l'affaiblissement temporaire de la coalition réactionnaire, analyse Olivier Da Lage. Mais rien n'est jamais acquis car la société reste profondément divisée sur la question. Ce n'est pas seulement une lutte d'influences entre princes ou religieux".

Du côté des organisations internationales des droits de l'homme, la prudence s'impose. L'Arabie Saoudite demeure le pays du golfe le plus conservateur, notamment sur la question des femmes. "Sans réduire la portée de ce qui a été fait, il ne faut pas oublier que toutes ces mesures sont des petits pas, souligne Tamara al-Rifai, porte-parole de Human Rights Watch au Moyen-Orient. Les femmes demeurent sous la tutelle d'un homme: un mari, un oncle, un fils. Elles ne peuvent pas décider de leur sort. Si une femme veut se faire opérer, elle n'est pas libre de le faire sans l'autorisation de son tuteur."

Même si l'Arabie Saoudite n'a pas directement été touchée par les mouvements populaires qui ont émergé dans la région en 2011, la monarchie veut montrer qu'elle est capable de se réformer de l'intérieur. Encore faudrait-il que la rhétorique aboutisse un jour à l'abolition d'un système patriarcal et conservateur.

Nadéra Bouazza
Pour lexpress.fr
Mamoudou Kane


              

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