Connectez-vous S'inscrire
Noorinfo

Expulsions d’étrangers : "Titre de séjour ou lutte contre AQMI", il faut choisir !


Société
Jeudi 12 Avril 2012 - 18:39

Depuis plusieurs jours, on assiste à des refoulements d’étrangers sur le sol mauritanien, particulièrement à Nouadhibou, qui apparemment serait le repaire d’AQMI, à en croire les justifications du gouvernement auprès des autorités sénéglaises. Décryptage d’un événement au déroulement peu commun.


Expulsions d’étrangers : "Titre de séjour ou lutte contre AQMI", il faut choisir !
Les autorités mauritaniennes ont refoulé plusieurs ressortissants de la sous-région, à partir de Nouadhibou, pour défaut de titres administratifs de séjour au niveau de la frontière de Rosso Sénégal. Cette situation découle de l’entrée en vigueur d’une nouvelle disposition administrative prise par les autorités de Nouakchott qui exigent désormais des étrangers, toutes nationalités confondues, de se munir désormais d’une carte de séjour, délivrée contre 25.000 UM pour entrer et vivre sur le territoire Mauritanien.

Si l’intention, au niveau purement administratif est louable, la manière, la localisation des contrôles et des expulsions, ainsi que les segments exclusifs d’étrangers touches, laisse douter légitiment la société civile, ainsi que certaines chancelleries, quant aux motivations sous-jacentes à ces mesures.

À Nouadhibou justement, l’heure est à l’incompréhension pour les familles qui ont subi les contrôles musclés de la direction de la sureté nationale, et de la gendarmerie. "Il y a des familles sénégalaises ici depuis des années qui ont été controlees comme de vulgaires délinquants, leurs portes défoncées. C'est de cela dont nous nous occupons aujourd’hui. En priorité, réparer les dégâts des autorités et les esprits" raconte ému El Hadj Kebe, joint au téléphone.

«Nous n’avons été contactés à aucun moment par les autorités. Je me réveille le jeudi 5 avril et je suis interpellé par des compatriotes qui me signifient des rafles au niveau du quartier de la SNIM, par la gendarmerie» témoigne El Hadj Kebe, représentant à Nouadhibou, de l’association des ressortissants sénégalais vivant en Mauritanie.

«J’ai été aussitôt voir le commandant de la gendarmerie qui n’a pas pu me donner d’informations tangibles quant au pourquoi de ces rafles, tout en m’assurant tout de même que ce n’était pas lié aux cartes de séjour. C’est en allant voir le Hakem, qu’il me sera spécifié que ces rafles sont bien en rapport avec la détention de titre de séjour en Mauritanie, communication qui aurait commencé aux télévision et radio mauritaniennes depuis deux mois m’a-t-il souligné. Mais sérieusement, quand vous menez une opération à l’encontre de communautés, vous vous assurez de veiller à ce que l’information soit reçue» continue longuement El Hadj Kebe.

Dans les chancelleries ouest africaines concernées, l’heure est à l’expectative aussi. Dans l’une d’entre elles, un des diplomates joints assure que toute la chancellerie ignorait la mise en place de telles mesures. «Quand de telles mesures, légitimes en passant, sont décidées par l’état, et surtout qu’elles n’existaient pas avant, et qu’elles touchent directement au bien-être de nos ressortissants dans le pays, nécessairement les chancelleries doivent être prévenues, car ce sont elles qui sont le plus à même de relayer l’information» explique le diplomate.

Des mesures discriminatoires

Expulsions d’étrangers : "Titre de séjour ou lutte contre AQMI", il faut choisir !
Les événement de 1989 avaient commencé ainsi : tout ce qui était noir était étranger, et c’est à travers ce prisme que des dizaines de milliers de mauritaniens ont été expulsés de chez eux. Le souvenir est encore trop chaud pour qu’on dise tranquillement aux mauritaniens de ne pas s’inquiéter.

Là, comme pour les opérations de recensement qui avaient débuté avec des « relents clairement racistes » tonnait Abdoul Birane Wane, coordinateur du mouvement Touche pas à ma nationalité, avant d’êtres ramenées dans leur cadre strictement administratif et efficace, les opérations d’expulsions sont clairement dirigées contres les communautés noires africaines. Ce que laisse entendre tous les présidents d’associations des communautés concernées par les expulsions, qui avaient été convoqués le 1er avril dernier par le wali de Nouakchott, Fall N'Guissaly; reunion à laquelle curieusement aucun représentant de communautés maghrébines, arabes ou touarègues n’était présent.

“À ce que je sache, il n’y a pas que des étrangers noirs sans titres de séjours dans ce pays” argue Tijane Tchongane, vice-président de l’association des sénégalais de Mauritanie. Tous ces représentants sont conscients du droit régalien de tout état de pouvoir et vouloir controler les flux migratoires, dans son pays, mais, pointent du doigt les méthodes et le manque de communication, qui ne laissent planer aucun doute à leurs yeux sur les véritables raisons d’un tel ressort.

“On prévient les communautés de Nouakchott, et on contrôle exclusivement et on n’expulse que les migrants de Nouadhibou? C’est bizarre vous en conviendrez” continue le vice-président.

West Sahel ou AQMI en arrière-fond ?

La localisation exclusive des contrôles et des expulsions à Nouahdibou suscite des doutes sérieux auprès des concernés, quant à des raisons purement administratives. Nouadhibou, où se trouve notre tristement célèbre «Guatanamito» est un lieu de transit important des migrants clandestins vers l’Europe, et certains voient dans ces rafles une étape au projet West Sahel initié par l’Union Européenne, en partenariat avec la gendarmerie et les douanes mauritaniennes il y a quelques mois, dans le cadre de la lutte contre l’immigration clandestine, mais aussi AQMI.

Le projet vise à «contribuer au renforcement des capacités dans la gestion des flux migratoires des pays du Sahel ciblés par cette action; à savoir le Niger, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal. Par ce biais, il vise aussi à renforcer la coopération régionale en favorisant les échanges au niveau de la sous région.» expliquait alors Hans-Georg Gerstenlauer, chef de la délégation européenne en Mauritanie, à l'occasion de l'inauguration du démarrage des activités du projet.

Autre motif invoqué ? La lutte contre l'infiltration d'Aqmi (Al Qaida au Maghreb islamique). Le site sénégalais seneweb.com relate une source diplomatique sénégalaise qui évoque l’argumentation envoyée par le ministère des affaires étrangères mauritanien, et qui évoque une telle raison pour justifier les rafles. “AQMI entre en Mauritanie par la frontière malienne, avec souvent des complicité mauritaniennes. Et ils n’ont encore jamais opéré à Nouadhibou” affirme le site.

D’autres raisons sont évoquées, comme l’idée que ces rafles seraient un test de Mohamed Ould Abdel Aziz à la nouvelle présidence sénégalaise. Un test, si la réciprocité est appliquée au Sénégal et dans les autres pays de la sous-région, pourrait bien nuire aux intérêts suprêmes de la Mauritanie, notamment économiques, qui sont "nettement inscrits dans cette partie ouest africaine, et centrale de l’Afrique" rappelait sur ce site il y a quelques mois, Ely Ould Alaf, ancien diplomate.

Mamoudou Lamine Kane
Mamoudou Kane


              

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Actu Mauritanie | Actualité | Economie | Sport | Culture | Société | Lu sur le web | International | Tribunes | Vu de Mauritanie par MFO | Blogs | videos | A.O.S.A | Communiqué | High-Tech | Politique | Sciences | Insolite | Histoire





Suivez-Nous
Rss
Recherche
En clair
Inscription à la newsletter