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Expo à l'IFM : DU 11 AU 30 AVRIL Artistes : Oumar BALL, Michel BARJOL, François BRUESCHY, Michel HOUSSIN, Béchir MALOUM, Gérald PANIGHI Emmanuel REGENT


Culture
Vendredi 12 Avril 2013 - 09:02

" Dessine-moi un mouton
Exposition de dessins " intervention de Jany Bourdais


Expo à l'IFM : DU 11 AU 30 AVRIL  Artistes : Oumar BALL, Michel BARJOL, François BRUESCHY,  Michel HOUSSIN, Béchir MALOUM, Gérald PANIGHI Emmanuel REGENT
Ce n’est pas un hasard si aujourd’hui nous inaugurons cette exposition. En effet, aujourd’hui même s’ouvre à Paris le 7ème Salon du dessin contemporain au Carrousel du Louvre, salon qui est dirigé par Philippe Piguet que nous avons accueilli en novembre dans le cadre du premier Salon des arts plastiques mauritaniens. Cela nous a donné 2 bonnes raisons pour faire cette exposition.
 
Traditionnellement, le dessin était souvent le domaine que l’artiste réservait à sa recherche.
Au 20ème siècle  le dessin s’est libéré du traditionnel exercice académique!
Longtemps cantonné à l’émergence d’une simple figure sur un support papier, dans cette qualité réductrice d’ébauche, d’esquisse ou de croquis, le dessin a conquis aujourd’hui de nouveaux espaces en se confrontant à de nouveaux médiums.
Qu’il soit tour à tour ou simultanément projet et concept, processus, généalogie, idéogramme, réflexion sur la notion de limite, manière de s’approprier une image, manifestation pulsionnelle, voire vecteur de la création, le dessin procède d’un langage propre.
Tracé au doigt dans l’argile tendre, figure charbonneuse posée sur un rocher, entaillée dans du bois ou sur un os, forme nouée par une ficelle chez les Inuits, ou signe taggé ou graffé sur une rame de métro. Des signes les plus rudimentaires relevés sur les parois des grottes où vivaient nos ancêtres aux images numériques tracées sur les écrans de nos ordinateurs, la différence n’est somme toute que matérielle. Le dessin est toujours affaire d’identité.

Pierre noire, sanguine, fusain, craie, détrempe, encre, aquarelle, lavis, gouache, pastel, etc., ne sont plus les matériaux exclusifs du dessin. L’homme préhistorique dessinait en utilisant des pigments naturels, Léonard et Raphaël employaient la pointe d’argent, Delacroix affectionnait l’aquarelle, Matisse découpait dans le papier, Tinguely laissait dessiner ses machines.

La pratique du dessin s’est considérablement enrichie et le dessin contemporain est devenu autre. Du tracé à la trame, de la réserve à l’accumulation, de l’organique au construit, de la feuille au mur, il n’en finit pas d’occuper l’espace. Le dessin s’est offert au fil du temps de nouveaux territoires d’expression.
Le dessin s’empare de tous les moyens pour que le monde dessine également sans nous. Tout devient signe de multiples façons dans la rêverie du regardeur.

Vous l’avez compris : Le dessin, depuis une bonne décennie, n'est donc plus considéré comme un genre mineur.

Jany Bourdais
Jany Bourdais
C’est pourquoi je vous propose ce soir de vous présenter 7 artistes et de vous montrer la façon dont ils participent au grand jeu figuré du monde (pour citer Jean de Loisy).
 
 
1/ Gérald PANIGHI
Panighi pratique le dessin avec un certain sens de l'économie. Au centre des feuilles de papier, il inscrit de petites figures dessinées à la mine de plomb, souvent rehaussées au crayon de couleur ou à l'encre, parfois à l'huile. Cette figure pudique est d'ailleurs souvent fragmentaire ce qui complique d'autant plus son appréhension. Elle n'apparaît que pour mieux disparaître sous la forme de bribes, comme une conversation lointaine que l'on entendrait d'une oreille distraite. Réticente, la figure qui a manifestement du mal à s'assumer en tant que telle est systématiquement un motif volé à la bande dessinée, à l'illustration, au cinéma, etc.
Le dessin naît chez lui d'une sorte d'hésitation où l'accident est aussi cultivé que le trait, si ce n'est plus. C'est ainsi que toutes les traces relatives à la pratique, taches, empreintes de doigts, s'inscrivent sur le papier. L'idée du lapsus ou en tout cas de l'image onirique qui s'inscrirait à la manière d'un cadavre exquis, explore toutes sortes d'astuces de symétrie ou de mise en abîme de la figure.
Dans une autre partie de son travail, Gérald Panighi part d'aphorismes qui viennent à son esprit, comme ça, le soir souvent, et qu'il tape à la machine sur des feuilles de papier de toutes tailles, comme le début ou le passage possible d'un roman. Puis arrivent les images qui répondent à ces ébauches poétiques sans jamais vraiment les illustrer, créant ainsi une sorte de dialogue de sourd.
 
 
2/ Emmanuel REGENT
Emmanuel Régent pratique le dessin avec un intérêt particulier pour ce qui représente la lenteur, l'attente, le vide ou l'absence. Dans ses œuvres il élabore un travail discret et silencieux, à la frontière du visible.
Il y a cette idée de basculement, de retournement. Certains dessins sur papier apparaissent effacés ou flous. Les sujets des dessins entièrement perceptibles sont aussi des métaphores propres aux questions de disparition, souvent partie visible de l’iceberg. IIs révèlent une absence, un décalage, un glissement en dehors du cadre de la feuille. 
Il y a plusieurs dessins dans l'exposition dont un dessin qui représente une manifestation du printemps arabe à Tunis, aussi une file d'attente. Ce sont des gens qui attendent d'aller au cinéma ou au théâtre dans une société épanouie où tout va bien mais c'est aussi une référence à des choses plus dramatiques, c'est à dire attendre, faire la queue pour avoir de la nourriture, pour avoir des papiers et puis ça rappelle les choses les dramatiques de l'histoire. Il dessine avec un feutre très fin à l'encre et joue sur ce temps d'exécution où il laisse la part belle au blanc.
 
3/ Michel HOUSSIN
Michel Houssin se consacre uniquement au dessin considérant la couleur comme un camouflage du réel. La mine de plomb lui offre des noirs assez doux qu'il modifie à grands tracés de gomme. Dans l'entre-deux règne la pénombre des gris puisque ce qu'il soigne particulièrement ce ne sont pas les extrêmes mais les passages. Il retrouve ainsi dans le dessin des effets connus dans la peinture à la Renaissance, des « sfumato ».
Confronté à la singularité du modèle choisi, il aime avant tout le refaire d'après nature. Mais comme pour les herbes il se donne parfois l'outil régulateur de la photographie, elle aussi en noir et blanc. Cette étape lui permet de garder une sorte de distance critique. Un fonctionnement « à blanc ».
 
4/ Oumar BALL
J’ai déjà beaucoup parlé du travail de Oumar lors de son exposition personnelle. Je ne voudrais pas me répéter. Mais je ne peux m’empêcher de penser que le dessin chez Oumar Ball, comme l’a écrit Baudelaire en 1863, « permet de s’élever au-dessus de la nature pour mieux subjuguer les cœurs et frapper les esprits ». (l’art romantique 1863)
C’est bien à l’œil et à l’esprit que parlent ses dessins, proposant dans sa diversité d’approches de comprendre quel a été le parcours de l’animal dans l’univers personnel, pictural et onirique de Oumar. Pour Oumar Ball, l’animal, c’est le vrai « sujet » du dessin.
 
5/ Michel BARJOL
La première fois que j’ai vu une œuvre de Barjol je ne portais pas mes lunettes et j’ai cru qu’on me montrait une feuille de papier sur laquelle un vélo aurait laissé les traces de ses pneus. J’ai pensé que, de nos jours, les gens font n’importe quoi, pourquoi pas de la peinture à vélo... Puis j’ai mis mes lunettes et j’ai découvert des paysages bouleversants. Des vignobles et des vergers, des cultures alignées ou groupées où s’inscrivent les actions des gens et celles de la nature ; la jeunesse et la vieillesse des végétations, les ruissellements des orages, les blessures de l’érosion. Des sols livrés au ciel comme la paume d’une main ouverte, aussi nus et indécents que ça, aussi touchants aussi. Comme les images satellitaires. L’univers de Barjol est un univers poétique. C’est comme se balader seul dans un paysage.
 
6/ François BRUETSCHY
Françaois, dans son travail, noue, dénoue, renoue et re-dénoue les rapports du artiste et de la toile, de la liberté et de la contrainte, du désir et de la géométrie. Tout cela en fait une histoire qui dure et qui se construit. On dirait aussi que la superposition de codes empruntés au langage constructiviste et architectural, au lyrisme gestuel aussi, est pour lui l’image même de la pensée et du langage. Un langage qui converge vers les quatre côtés de la feuille du dessin, où sans cesse se noue le dépassement de la modernité et de la nostalgie.
François est un solitaire, très éloigné des mouvements. Sur la surface de ses dessins, il inscrit un langage de formes et de signes peu identifiables, parfois genre collage, presque une écriture secrète dont le sens nous échapperait si certains éléments n’apparaissaient pas comme des repères. S’il peint l’extinction du sujet, François Bruetschy laisse transparaître le réel dans ses œuvres. Ses dessins sont habités par une mémoire : celle qui nous livre le souvenir du quotidien, le presque rien de l’univers du peintre. Les paysages abstraits de François Bruetschy révèlent sa proximité avec Henri Michaux. Comme l’auteur d’Emergences-Résurgences, il cherche à rendre (je cite) « le lieu sans lieu, la matière sans matérialité, l’espace sans limitation » et à représenter « l’objet quand il a cessé d’être pesant, cessé d’être impénétrable, cessé d’être objectif, cessé d’être fixe ; intact et pourtant ruiné ». 
 
7/ Béchir MALOUM
Béchir Maloum est un artiste qui allie, comme vous le savez, plusieurs activités artistiques, entre autres, la peinture, la photographie, la sculpture et aussi le dessin. On connaît moins bien cet aspect de son travail. On connaît mieux le photographe… Mais Béchir continue à dire qu’il n’est pas du tout un photographe, ose-t-il dire : «la photographie n’est qu’un passe-temps pour moi». Mais il a aussi, c’est certain une main de dessinateur. Et son dessin reste secret. Ils les cachent presque en faisant preuve d’imagination et de créativité depuis un certain temps. J’ai vu dans son atelier de magnifiques dessins de corps, de corps féminins  débordant de chair, je lui ai demandé d’en exposer ce soir. Béchir est quelqu’un de modeste et réservé, il préfère se cacher, voire s’autocensurer pour ne pas se révéler complètement. Il nous montre, avec retenue, son regard intransigeant sur des quartiers de Nouakchott, des espaces de vie où se cachent le charnel qu’il nous cache…
 
Mais alors pour conclure qu’est-ce que le dessin au juste ?
Avant toute chose, le mot « dessin ». À l’origine, celui-ci s’écrivait « dessein », c’est dire directement assimilé à l’idée d’une destination. Avoir le projet de faire quelque chose, c’est en avoir le dessein, en avoir l’intention. En passant du statut immatériel à sa manifestation plastique, le concept de « dessein » a donc perdu son « e », ce qui ne devait pas déplaire à Georges Perec dont les Notes préparatoires pour La Vie mode d’emploi sont un pur chef-d’œuvre où le dessin devient roman. La référence à cet auteur signale bien la diversité illimitée de ses états.
De fait, la personnalité enfin de celui qui produit le dessin confère au dessin une singularité absolue. Paraphrasant le Discours sur le style prononcé par Buffon à l’Académie française le jour de sa réception, le 25 août 1753, affirmant que « le style est l’homme », nous pourrions dire que le dessin scelle l’homme. Il est sa marque. Sa signature. La simple croix que trace l’analphabète sur un papier en guise de signature acte bien plus que son identité, elle témoigne de sa présence. Le dessin est de cet ordre primordial, existentiel.
 
Jany Bourdais

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