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Noorinfo

Etats généraux de l’éducation : La montagne qui va (encore) accoucher d’une souris


Société
Lundi 4 Février 2013 - 10:30

Dites-le vous bien : Ce n’est pas pour ces prochains EGE que les parents pourront souffler, assurés que l’éducation de leurs enfants sera sérieusement prise en mains par des acteurs d’un système encore pris dans la tenaille idéologique.


L'enjeu véritable des EGE est de faire enfin émerger un citoyen mauritanien.
L'enjeu véritable des EGE est de faire enfin émerger un citoyen mauritanien.
Mise à jour du lundi 4 février 2013 : Les assises des états généraux ont lieu à partir de ce lundi ' février à Nouakchott, lancé par le premier ministre et boycotté par la coordination de l'opposition démocratique, qui dénonce l'amateurisme dans la gestion de "l'avenir de nos enfants".

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Cet article a été publié pour la première fois sur ce site le 28 juillet 2012

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Lancés au début de ce mois de juillet, les états généraux de l’éducation ont été décentralisés, pour ce nouvel épisode que tout le monde suit avec appréhension. Des commissions régionales ont été formées, et à leur charge, sans méthode, ni axe précis, de trouver des idées pour sortir l’école mauritanienne du marasme dans lequel elle se trouve depuis une trentaine d’années.

Dans cette optique, les critiques enflent déjà et remettent en cause cette méthode de décentralisation. «Les autorités éducatives ont choisi la voie de la décentralisation moins couteuse en termes de moyens financiers et logistique mais pas toujours efficace du point de vue de la rigueur dans la réflexion et la méthode» estime Amadou Diarra, journaliste au quotidien le rénovateur.

Mais la balle étant tirée, il faut tout de même maintenant qu’elle atteigne un but, que tous vainement, en l’état actuel de l’actuel état, espèrent en pleine cible des problèmes structurels de notre système éducatif.

A cet égard, partis, syndicats et indépendants font part de leurs réflexions, et de leurs avis sur la question. Mais au cœur de toutes ces réflexions, la question centrale et majeure des langues dans l’éducation mauritanienne.

« Aucune nation au monde ne s’est véritablement développée en dehors de sa propre culture, il demeure évident que la langue, vecteur essentiel de cette culture, est la pierre angulaire du projet éducationnel visant le développement intégral et authentique d’un pays quel qu’il soit » avance l’AJD-MR dans sa « contribution » à ces états généraux.

« Jusqu’ici les efforts fournis sont allés dans une confrontation stérile et sans lendemain en vue de consacrer l’hégémonie d’une culture nationale sur les autres et la résistance acharnée des autres composantes nationales. Un tel antagonisme a entrainé des situations dramatiques qui n’ont fait que retarder le projet d’intégration national qui doit consister en une symbiose de toutes nos cultures nationales donnant naissance à une véritable inter-culturalité» soutient le parti d’Ibrahim Sarr.

Or, selon l’avis des professionnels et acteurs de l’éducation, toutes les réformes de ces dernières décennies, exceptée celle de 1979, visaient à « accorder à chaque fois plus de place à la langue arabe avec comme but ultime la « re-personnalisation de l'homme mauritanien », expression apparue dans le rapport issu du congrès du Parti du Peuple Mauritanien (PPM) en juillet 1971 » explique un directeur d’école à la retraite.

Le gouvernement actuel, durant ces trois dernières années, a démontré sa tendance (ravivée) à placer exclusivement l’arabe comme identifiant de l’homo-mauritanus. On se souvient des propos (calculés) de la ministre de la culture à l’UNESCO où seuls sous férule, sont représentés des éléments culturels de la société maure, comme identifiants mauritaniens. On se souvient, il y a quelques jours à peine de l’interdiction faite à un député de se prononcer dans l’hémicycle dans une langue nationale, autre que l’arabe ou le français. On se souvient du premier ministre, il y a deux ans, qui avait entamé ce sulfureux débat sur l’arabisation exclusive des communications administratives.

Ce retour en force de l’idéologie nassériste dans les sphères étatiques n’augurent pas de bonnes conclusions, pragmatiques, réalistes et enfin prometteuses, pour l’éducation mauritanienne.

Une guerre idéologique en réalité

Une manifestation de TPMN réclamant des EGE loin de toute idéologie, à la mi-juillet 2012, à Nouakchott
Une manifestation de TPMN réclamant des EGE loin de toute idéologie, à la mi-juillet 2012, à Nouakchott
Et c’est bien d’une bataille idéologique dont il s’agit avant tout.

«Le ministère de l’éducation nationale est miné par les nasséristes, et les baathistes. Tant qu’ils auront une certaine exclusivité dans ces bâtiments, rien ne se fera réellement sur le terrain» critique un professeur de philosophie dans une école privée.

«Au-delà du système éducatif mauritanien, c’est toute la politique linguistique de ce pays qui doit être revue et ce en dehors de toute considération idéologique» argue Bayal Sy, enseignant chercheur.

"On a prétendu, à une époque, recourir à cette langue arabe pour rendre notre enseignement « authentique »,« national» ; mais en réalité ceci n'était qu'une supercherie, un écran de fumée , destiné d'abord, à renverser le rapport de force, ou l'ordre colonial existant, en faveur des négro -africains ; sous le couvert d'une « indépendance culturelle », Moctar ould Daddah ne visait, en réalité , rien d'autre ; ce que , du reste, honnêtement , confirme Moustapha Ould Bedredine de l'Ufp, par ce témoignage accordé, en1998, à Fresia Marion* : " Les Négro-africains représentaient 80% des cadres de l'Etat mauritanien naissant . Alors l'état, essentiellement maure, a voulu rétablir les rapports de force en faveur de la communauté qu'il représentait majoritairement, en utilisant deux instruments: la langue et l'école" rappelle Bara Ba, militant des FLAM.

Un des éléments «refondateurs» de l’éducation, et par cette voie de la citoyenneté et de l’unité nationale (la vraie) tiendra nécessairement dans l’avenir à cette inter-dépendance linguistique que les autorités devront rechercher dans l’éducation nationale.

«Les maures devront apprendre comme langue secondaire, une des autres langues nationales, et les négro-mauritaniens, devront prendre forcément comme deuxième langue l’arabe. C’est le seule moyen de faire reparler entre elles les communautés, et forger un système qui fasse sortir des mauritaniens au socle éducationnel commun, et forger des hommes neufs pour notre pays de demain» insiste Ibrahima Sarr.

Mamoudou Lamine Kane

*F Marion, ( Crise mauritano-sénégalaise : la rupture d'une alliance inter- ethnique ', Inst-Etudes politiques -Aix en Provence, page 151..).
Mamoudou Kane


              

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