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Etat d’exception en Mauritanie : L’armée aux affaires


Actualité
Jeudi 22 Novembre 2012 - 10:51

Les problèmes d’intendance interne qui devaient relever du ressort du Ministère de l’Intérieur sont désormais gérés par les généraux, avec un Premier ministre relégué au rang de simple secrétaire de séance. La preuve, le meeting du 21 novembre que l’opposition compte organiser et qui fut l’objet d’un véritable conseil de guerre, où il fallait déterminer la conduite à tenir : "encadrer " la manif, la mater ou la tolérer.


Etat d’exception en Mauritanie : L’armée aux affaires
Même si cette dernière option semble avoir été retenue, l’immixtion de l’armée dans la gestion des affaires publiques consacre désormais l’état d’exception qui sévit désormais en Mauritanie. Personne ne doit plus à présent se demander où se trouve le pouvoir depuis l’évacuation en France du Président Mohamed Ould Abdel Aziz. La destinée des Mauritaniens est désormais gérée à partir de l’Etat-major des forces armées en attendant l’arrivée improbable du président de la République.

A voir comment le pays se gère depuis l’incident du 13 octobre dernier et l’absence du président de la République, le doute n’est plus permis. La Constitution est bien rangée aux vestiaires, confortant la thèse de la vacuité institutionnelle que vit la Mauritanie, et que l’opposition ne cesse de clamer. Nulle part en effet dans la Constitution, l’armée n’a été citée parmi les institutions ayant autorité dans la gestion politique.

Le rôle d’une armée républicaine

D’ailleurs, les forces armées ne sont citées qu’une seule fois dans la Constitution, précisément à l’article 34 qui stipule que le Président de la République est le Chef suprême des forces armées, qu’il préside les conseils et comités supérieurs de défense. Même la guerre, elle ne peut être déclenchée qu’avec l’autorisation du Parlement. Dans ce cadre, par quel argument juridique, les généraux qui dirigent actuellement le destin du pays dans les coulisses, peuvent-ils se prévaloir pour s’ériger en intendant des affaires nationales en l’absence du Chef de l’Etat ? Les mécanismes de remplacement du président sont pourtant bien définis. En cas de vacance ou d’empêchement définit dûment constaté par le Conseil constitutionnel, c’est le président du Sénat qui doit assurer l’intérim.

Dans le cas contraire, l’usage veut que le président en cas d’indisposition provisoire délègue tout ou partie de ses prérogatives au Premier ministre. Dans le scénario que vit aujourd’hui la Mauritanie, ni le Conseil constitutionnel n’a été saisi pour annoncer la vacance ou l’empêchement définitif, ni le Premier ministre n’a été pourvu de la moindre prérogative. L’armée, qui est une institution républicaine aux ordres de l’autorité publique, n’a en aucun cas, une prérogative pour gérer la moindre parcelle du pouvoir politique. C’est pourtant elle qui détient aujourd’hui l’initiative des décisions.

Sinon, un meeting de l’opposition qui doit être directement gérée par les services du Ministère de l’Intérieur n’allait pas faire objet d’un conseil de guerre, où les principaux chefs de corps de l’armée ont planché pendant des heures sur l’attitude à adopter face à la manifestation programmée demain, mardi 21 novembre. Selon les informations de presse, les généraux ne se sont pas contentés de discuter avec le Premier ministre, le ministre de l’Intérieur et celui de la Défense, des seuls défis sécuritaires tant au niveau interne qu’aux frontières Est du pays. Ils ont également parlé de politique, surtout de cette agitation menée par l’opposition depuis le départ du président Mohamed Ould Abdel Aziz. Si la première partie des discussions est tout à fait normale, la seconde l’est moins.

Même si selon certaines sources, les généraux et le gouvernement ont décidé de gérer le meeting prévu par l’opposition d’une manière pacifique et calme, il reste que cette immixtion de l’armée dans le politique ne fait que conforter l’analyse selon laquelle les institutions républicaines sont aujourd’hui par terre et que la Mauritanie évolue hors de toute norme juridique. Avec un Parlement jugé de "périmé", un Conseil constitutionnel non fonctionnel dans sa composition actuelle où trois de ses membres n’ont pas prêté serment, une institution présidentielle entre parenthèse, la gestion du quotidien se fait désormais par le guichet fermé de l’Etat-major des forces armées et de sécurité.

Les politiques se font entendre

L’autorité de fait du pouvoir martial qui dirige, et qui a toujours dirigé la Mauritanie depuis 1978, donne ainsi toute sa signification à la "Grande Muette", mais aussi à la "Grande Sourde". Désormais, la Mauritanie se gère dans le plus grand secret et la plus profonde opacité. Rien qu’à voir la fluidité de la circulation routière en centre ville par journée ouverte, n’importe quel citoyen lambda peut se rendre compte combien le pays vit au ralenti. Les administrations sont vides et même les passants ont perdu l’entrain qui faisait la chaleur du cœur de la Capitale. Le flou et l’incertitude qui font désormais le quotidien du Mauritanien ne sont perturbés que par les informations diffuses qui parlent de fuite de capitaux, d’exfiltration de quantités colossales de devises, comme si quelques nantis qui n’ont rien d’irréprochables tentaient de déguerpir du pays et leur fric avec, pour échapper à on ne sait quel cataclysme.

Pour maintenir une impression de normalité, des ministres font du réchauffé, en inaugurant par ci par là des ateliers sans importances, des ouvrages formatés, la tête ailleurs. Sourde, l’armée l’est encore plus, refusant de regagner ses casernes et laisser les institutions républicaines retrouver leur automatisme. La situation actuelle requiert en effet des solutions politiques, loin des bruits de botte et de l’éclat des épaules galonnés. C’est à cette perspective que les acteurs politiques s’activent. "For Mauritania", une organisation d’intellectuels et de penseurs indépendants vient de lancer un appel pour un "Dialogue bis" qui réunirait toutes les forces vives, afin d’éviter au pays les glissements auxquels l’expose la gestion obscurantiste actuelle.

Moustapha Ould Abeiderrahmane, homme politique qui se réclame de la majorité présidentielle et non moins membre de cette organisation, n’a-t-il pas souligné au cours de la conférence de presse que For Mauritanie vient d’organiser qu’il "n’existe pas un unique centre de décision au sein des forces armées et de sécurité, mais plutôt des brigades militaires qui n’obéissent qu’aux ordres de leur chef direct". Pour lui, la situation au sein de l’armée est grave et que seul le consensus peut épargner à la Mauritanie les affres d’un avenir sombre. Il prône le retrait de l’armée du jeu politique afin qu’elle puisse mener à bon escient sa mission de défense et de sécurité que lui dévolue la Constitution.

D’autres intervenants diront que la crise que vit la Mauritanie date de 2008, lorsque l’armée a décidé de mettre fin au pouvoir démocratique et que l’incident du 13 octobre n’a fait qu’amplifier la crise politique et la rendre davantage compliquée. Cette position évolutive d’un membre du sérail présidentiel de l’envergure de Moustapha Ould Abeiderrahmane ne fait que conforter l’opposition dans ses thèses. L’autre opposition, la Coalition pour une alternance pacifique (CAP) avec laquelle la Coordination de l’opposition démocratique (COD) a débattu de la situation politique, reste encore réticente à partager la même vision, bien que les deux parties aient décidé de poursuivre le dialogue et la concertation. Sourde, l’armée la reste face aux voix de plus en plus nombreuses qui cherchent à lui faire comprendre que le temps où elle régentait les affaires du pays est révolu et qu’il est temps qu’elle se sépare de la gestion politique pour se consacrer à sa mission traditionnelle.

C’est dans cette foulée que la Jeunesse de la COD a organisé hier, lundi 19 novembre devant la Primature, un sit-in de longue durée pour dénoncer le vide institutionnel et politique qui sévit. Les manifestants ont brandi des banderoles et répété des slogans pour exprimer leur ras-le-bas face à la situation floue que vit le pays. Cette sortie de la Jeunesse de l’opposition n’est en fait qu’un avant-goût de ce que sera l’imposante meeting que la COD compte organiser demain pour demander la mise en place d’une période de transition politique avant des élections générales qui devront restaurer les institutions bafouées de la République.

Cheikh Aïdara
Pour lauthentic.info
Mamoudou Kane


              

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