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Espionnage : La NSA surveille aussi les banques


Lu sur le web
Samedi 21 Septembre 2013 - 12:24

L'Agence nationale de sécurité américaine (NSA) stocke une multitude d'informations sur les flux financiers internationaux, mais aussi sur les transactions par cartes bancaires. De quoi filer l'itinéraire d'un individu.


De grandes sociétés bancaires comme Visa ou Mastercard sont régulièrement espionnées par la NSA - AFP/Nicholas Kamm
De grandes sociétés bancaires comme Visa ou Mastercard sont régulièrement espionnées par la NSA - AFP/Nicholas Kamm
Un homme d'affaires du Proche-Orient voulait transférer 50 000 dollars dans un autre pays de la région en toute discrétion, et il savait parfaitement comment s'y prendre : il ne fallait pas que l'opération passe par les Etats-Unis, et le nom de sa banque devait rester secret. Le transfert s'est fait à l'été 2010, selon ces modalités, et n'est pourtant pas passé inaperçu : il apparaît dans des documents confidentiels de la NSA. 
 
Ces documents, que Der Spiegel a pu consulter, montrent que la NSA surveille les flux d'argent internationaux pour les enregistrer dans une banque de données puissante, spécialement conçue à cet effet. La branche de la NSA chargée de cette mission s'appelle Follow the Money [Suivez l'argent].
Les transferts d'argent sont le talon d'Achille des terroristes, expliquent les analystes de la NSA dans un rapport interne. Outre la lutte contre le terrorisme, le renseignement financier peut permettre de repérer des livraisons d'armes illégales et des activités de cybercriminalité, ainsi que de révéler des crimes d'Etat et des génocides ou de vérifier le bon respect de sanctions internationales.
 
"L'argent est la cause de tous les maux", plaisantent les barbouzes de la NSA. Ils visent essentiellement des régions comme l'Afrique ou le Moyen-Orient – et souvent des cibles qui entrent dans le cadre de leur mission d'observation. Cependant, en matière de finance comme dans les autres domaines, la NSA mise sur une exploitation maximale des données – ce qui la met manifestement en conflit avec les lois nationales et les accords internationaux.
 
180 millions de fichiers en 2011 contre 20 millions en 2008
 
Les agents des services secrets eux-mêmes s'en inquiètent. La collecte, le stockage et le partage des données "politiquement sensibles" sont profondément invasifs car ils portent sur "des masses de données pleines d'informations personnelles" dont "beaucoup ne concernent pas nos cibles", considère un document du GCHQ (un des services secrets britanniques qui examinent d'un point de vue juridique la question des données financières et sa collaboration avec la NSA dans ce domaine).
 
Tracfin, la banque de données financières de la NSA qui regroupe les résultats de l'opération Follow the Money concernant les virements, les transactions par cartes de crédit et les transferts d'argent, contenait 180 millions de fichiers en 2011 contre 20 millions seulement en 2008. La plupart des informations sont conservées pendant cinq ans.
 
Selon les documents de la NSA, l'agence dispose de plusieurs accès aux données internes de la société SWIFT, par laquelle transitent les transactions de plus de 8 000 banques dans le monde. Elle a également d'autres institutions dans le collimateur et possède une connaissance approfondie des processus internes de sociétés de cartes de crédit comme Visa et Mastercard. Même des nouveaux moyens de paiement supposés anonymes, comme la monnaie virtuelle Bitcoin [une monnaie que l’on peut gagner – ou, dans le jargon du réseau, "extraire" – en mettant ses moyens informatiques au service du réseau], ne lui échappent pas. Les résultats de cette surveillance donnent souvent une image complète d'un individu : déplacements, contacts et communications.
 
A titre d'exemple de réussite, la NSA a détecté des agissements qui ont valu à certaines banques du monde arabe de se retrouver sur la liste noire du ministère des Finances américain.
 
Coup de froid sur les relations Etats-Unis/UE
 
Le plus délicat politiquement, ce sont les incursions furtives auxquelles [la NSA] se livre dans le réseau SWIFT. Cette société, qui a son siège en Belgique, effectue des transferts d'argent pour des banques et autres institutions financières. Après les attentats du 11 septembre 2001, les Etats-Unis ont fait pression pendant des années pour avoir accès à ces informations sur lesquelles la société jouit d'un quasi-monopole. Un premier accord à cet égard a été conclu en 2009, mais a été rejeté par le Parlement européen début 2010. Quelques mois plus tard, une version légèrement atténuée a été signée – avec la bénédiction du gouvernement allemand.
 
Les documents de la NSA collectés par le lanceur d'alerte Edward Snowden montrent que les Etats-Unis contournent allègrement le compromis négocié avec l'Union européenne (UE). Un document de 2011 qualifie clairement le réseau informatique de la société SWIFT de "cible". La surveillance est confiée entre autres à la division des "opérations sur mesure". La NSA a accès aux informations de SWIFT par plusieurs moyens, dont l'un est effectif depuis 2006.
 
Après l'espionnage des missions de l'UE à New York et à Washington, le cas de SWIFT pourrait bien être le plus gros test de résistance pour les relations entre le gouvernement américain et l'UE. Cecilia Malmström, la commissaire aux Affaires intérieures, a demandé à la mi-septembre aux Américains de "dire immédiatement et précisément ce qu'il s'était passé" et de "mettre les cartes sur la table".
 
Tout aussi sensible, l'espionnage des transactions par cartes de crédit. Sous le nom de code Dishfire, la NSA collecte par exemple des informations sur les transactions par cartes de crédit de quelque 70 banques dans le monde. La plupart des établissements visés se trouvent dans des Etats sensibles, mais certains se situent en Italie, en Espagne et en Grèce. Les Américains exploitent le fait que nombre de banques informent leurs clients de leurs transactions par SMS. Ce programme est en cours depuis le printemps 2009.
 
Les données de Visa fouillées méthodiquement
 
La NSA a aussi dans son collimateur de grosses sociétés de cartes de crédit, comme Visa. Lors d'une conférence interne qui s'est tenue en 2010, ses analystes ont décrit en détail comment ils fouillaient le réseau complexe par lequel le groupe américain effectue ses transactions pour trouver des informations – avec succès selon eux. Sont visées les transactions des clients européens, du Proche-Orient et d'Afrique. Un transparent montre en détail le processus d'autorisation de toutes les transactions : de la machine qui se trouve dans le magasin à la société de cartes de crédit elle-même.
 
Interrogée, une porte-parole de Visa exclut que les données figurant dans le réseau exploité par Visa puissent filtrer à l'extérieur. Les données de la société venant du Proche-Orient ne s'en retrouvent pas moins dans la banque de données de la NSA.
 
La NSA semble rafler tout ce qu'elle peut dans le difficile secteur de la finance. C'est du moins ce que laisse entendre une présentation du mois d'avril, selon laquelle la NSA avait pour mission de trouver "accès à un gros volume d'informations financières" et de les stocker dans Tracfin. L'analyse des réseaux et le programme espion XKeyscore ont permis de tomber sur des informations codées émanant d'un gros réseau financier du Proche-Orient. Si on ne pouvait auparavant décoder que les paiements effectués par les clients des banques dans cette région, on a désormais accès aux communications internes codées des succursales d'une société. On va pouvoir "obtenir un nouveau flux de données financières" et peut-être aussi "de communications internes codées" des prestataires de services financiers, jubile-t-on. Les informations bancaires qui deviennent ainsi lisibles viennent de pays qui présentent "un grand intérêt".
 
Comme le montrent les fichiers de la NSA, l'accès des services secrets au monde de la finance peut néanmoins être bref, et le codage peut encore leur poser des problèmes. L'agence américaine a eu pendant longtemps accès aux données de Western Union, une société qui organise des transferts de fonds dans plus de 200 pays, mais celle-ci s'est mise à coder très sévèrement ses fichiers en 2008. Il est désormais pratiquement impossible d'y accéder. Du moins, les salariés de la NSA s'en plaignent.
 
Laura Poitras et Marcel Rosenbach
Pour Der Spiegel
Lu sur courrier international
Mamoudou Kane


              

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