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Esclavage : Les rafles voilées (+VIDÉO)


Lu sur le web
Mercredi 19 Février 2014 - 11:48

L’Histoire est propagande. Les vainqueurs écrivent leurs légendes et les vaincus s’y soumettent. Des axes et des cycles balisés de lumières savantes canonisant toujours plus les pouvoirs en place. La moindre révision demeure délicate au point de devenir prohibée si elle dévoile l’embryon d’une imposture. La raison du plus fort est ainsi faite. Elle sacralise un passé pour mieux dominer le présent.
Les hommes ont toujours été des conquérants. Ils ne sont que frères à l’heure de partager le butin et de raconter leurs mémoires. Ils glorifient de la sorte leurs barbaries tout en diabolisant ou jetant aux oubliettes ceux entachant leur légitimité.


Esclavage : Les rafles voilées (+VIDÉO)
Combien pour rappeler que l’Afrique fut razziée entre autres par les arabes pendant treize siècles sans interruption ? Entre 15 et 20 millions de victimes. Un crime majeur dont les médias, les films ou autres romans se font trop rarement l’écho, alors que le massacre des Indiens d’Amérique, la traite transatlantique et l’Holocauste se déclinent en abondance dans toutes sortes de récits historiques allant parfois même jusqu’à se contrefaire en fictions quelque peu outrées…
 
Pour Diktacratie.com, un abrégé s’imposait. Trois livres ont donc constitué la base de cette étude : "Le génocide voilé" de Tidiane N’Diaye, "Les négriers en terre d’Islam" de Jacques Herrs et "L’esclavage en terre d’Islam" de Malek Chebel.
 
Naissance d’un empire
 
Tout débuta en 652 après J.C. lorsque l’Emir Abdallah ben Saïd imposa aux Soudanais un "bakht" (accord) les obligeant à livrer trois-cents-soixante esclaves de bonne stature chaque année. Jusqu’à cette date un servage traditionnel soulageait de nombreuses tribus africaines. Il s’agissait essentiellement de captifs affectés aux tâches domestiques ou guerrières. Il n’y avait à proprement parler ni chasses, ni déportations. A la différence de cette traite arabo-musulmane qui mit alors en place un système d’exploitation encore jamais vu, nécessitant rabatteurs, fournisseurs, acheteurs, relais et circuits.
 
Mais ce genre de commerce procédait avant tout d’une logique impériale. Entre 639 et 642 le général Amr Ibn Al’As, aux ordres des califes omeyyades de Damas, envahit l’Egypte. Puis grâce à Ogba ben Nefi, le califat s’étendra sur tout le Maghreb. En 703 l’Afrique du Nord est totalement occupée. Arabes et Berbères, désormais alliés et unanimement convertis, pouvaient amorcer la conquête et le saccage du continent.
 
L’Afrique a été une terre luxuriante sur laquelle s’est épanouie une population variée autant par sa culture que par sa croyance. Quel empire pouvait se refuser à un tel eldorado ?
 
On comprend désormais mieux cette charitable islamisation de masse avec ses pionniers, ses missionnaires, tous armés, instaurant lieux de culte et écoles coraniques toujours à proximité…de mines d’or. Aussi dès le VIIIème siècle le Soudan offrit une main-d’œuvre opportune, d’abord pour extraire le précieux métal, puis pour travailler aux services des riches acquéreurs. A tel point que l’île de Zanzibar devint rapidement le plus important marché d’esclaves à destination du golfe Arabo-Persique. Les lignes de comptoirs s’étendront ensuite jusqu’à la Somalie puis Quiloa et Djibouti.
 
De même en Afrique de l’Ouest, l’Empire du Ghana, gouverné alors par la dynastie des premiers Wolofs, regorgeait d’or. Au XIème siècle leur souverain War Diabi N’Diaye fut converti à l’Islam. Il facilita ainsi l’accès aux musulmans Sahariens Almoravides –un ordre militaro-religieux plus ou moins ancêtre des touaregs actuels – sur son territoire. Débuta alors une guerre sainte détruisant au passage Koumbi Saleh, la capitale de son empire, et subdivisant ce dernier en royaumes désunis : Diarra, Soss et Ouagadou. A noter en revanche que certains souverains courageux, à l’image de Soundiata Keïta (fondateur de l’Empire du Mali), ont su, malgré leur conversion, préserver les coutumes et croyances de leur terre et protéger leur peuple de l’odieux trafic.
 
Islam et servitude
 
Mais malgré ces premières résistances, les conversions à la religion musulmane ne préservèrent aucun africain de l’état de proie. En effet, d’un coté l’on convertissait les chefs de tribu, qui comme tous les hommes de pouvoir sont facilement corruptibles ; on les incitait ensuite à collaborer en dénonçant les infidèles ou les idolâtres. S’ils résistaient, les missionnaires fomentaient des conflits avec les tribus voisines, histoire de fragiliser la contrée pour ensuite mieux s’imposer en réconciliateur au nom de l’unité islamique.
Les populations convertis, quant à elles, subissaient les razzias en fonction des besoins de l’Empire arabo-musulman, et ce au moindre faux pas : une danse impudique, un totem trop insolent, un voile oublié, une gorgée de bière de mil…et les aloufas (marabouts), les fakis (prêtres) ou encore la secte des assassins débarquaient pour aligner les punitions.
Et même si, comme le prône l’Islam : « le pire des hommes est celui qui vend des hommes », il n’en demeure pas moins qu’un Noir dans l’absolu ne pouvait être qu’au mieux un affranchi du prophète et en aucun cas un de ses descendants. Il restait ainsi à tout moment l’ennemi du musulman en proie à ses démons.
 
A quoi bon une justification religieuse dans un monde où seule l’issue des luttes décide du sort des hommes ? En invitant à une grande bienveillance envers les esclaves ou à expier ses pêchés par un affranchissement, l’Islam validait du même coup la possibilité d’asservir des êtres humains. Aussi de nombreux érudits musulmans n’ont pas hésité à trancher dans le vif, comme par exemple Ahmed al-Wencharisi déclarant : « l’esclavage est une humiliation due à l’incroyance présente ou passée » ; ou Ilan al Fagi affirmant que les peuples Noirs étaient « à peau brûlée, parce que trop cuits dans la matrice » ; ou encore Ibn Khaldun soulignant la « légèreté, l’inconsistance et un goût prononcé pour la danse » pour mieux justifier leur asservissement. On retrouvera d’ailleurs les mêmes stéréotypes chez les esclavagistes européens quelques temps plus tard.
 
Toute religion pour prospérer trouve nécessairement un intérêt en s’associant avec les forces politiques et armées du moment. Ces dernières l’aideront surtout à s’accroître, voire à s’enrichir. De fait l’Islam fut utile pour perpétrer et légitimer la domination des maîtres, bannir la révolte et faire l’éloge de la soumission. Aussi, cette relative obligation du jihâd fut bien utile pour asservir les non convertis ! De la sorte ils légalisaient une traite assurant en contre-partie prestige et richesse. Plus un chef jouissait de captifs, plus il était respecté et donc puissant.
 
Pendant des siècles ce trafic n’a été que l’affaire de riches oligarques dans la mesure où seuls ceux possédant une force militaire suffisante pouvaient se procurer des captifs et les acheminer vers la côte. Avec le temps sultans, notables et aristocrates de Turquie, d’Egypte, de Perse, d’Arabie, de Tunisie, du Maroc ou d’ailleurs, de plus en plus accoutumés à la débauche et la paresse, ne purent plus se passer des serviteurs travaillant pour eux.
 
Ainsi le développement agricole des pays arabes fut relatif au nombre d’esclaves importés chaque année. On comprend mieux de surcroît comment sur plusieurs siècles les forces vives soustraites à leurs terres n’ont pu engendrer que pauvreté, retard, faillite, oubli et déni de tout ce qui faisait l’épanouissement économique, culturel et spirituel de leur continent.

"Aucun prophète ne s’est montré chez eux, aussi sont-ils incapables de concevoir les notions de commandement et d’interdiction, de désir et d’abstinence. Leur mentalité est proche de celle des animaux." – Al-Dimeshkri

De nombreuses résistances
 
Combien ont su résister et dont on tait les noms et récits ? Comme pour mieux avaliser leur destinée et leur condition de servitude.
Comment passer sous silence les insurrections des Zendjs en Mésopotamie à la fin du VIIème siècle et IXème siècle ? En effet, à l’initiative d’Ali ben Mohamed, plus connu sous le nom de Sâhib al-Zand, une armée d’esclaves infligea, en 869, de lourdes défaites au calife d’une Bagdad décadente. Quatorze années de lutte et de liberté suivront avec à la clé un embryon d’Etat autonome fixant sa propre monnaie. (Entreprise qui n’est pas sans rappeler celle dans la cité portuaire de Thurium où, plusieurs siècles auparavant se réfugièrent Spartacus et ses compagnons.) Une révolte qui prit fin en 883 face à une trop importante coalition mais qui néanmoins permit l’abandon définitif de grands chantiers d’esclaves.
 
S’ensuivront d’autres remarquables soulèvements, comme celui du converti Ahmed Baba à Tombouctou ; ou celui du pacifiste Cheikh Ahmadou Bamba au Sénégal et son mouvement mouridiste.

Il y eut aussi en novembre 1819 ces femmes sénégalaises qui, promises aux mutilations des Maures, ont préféré, encouragées par l’héroïque Mbarka Dia, mourir libres en s’immolant que vivre en esclaves sexuelles.
 
Enfin, qui pour encore ignorer les exploits de Chaka Zoulou refusant le trafic sur ses terres ?
 
Il faudra attendre l’aide implicite et opportune des Occidentaux pour continuer en toute quiétude le juteux commerce. A l’exemple de ces millions de fusils abandonnés par les vétérans des récentes guerres napoléoniennes ayant directement avantagé les négriers en mal d’arguments percutants.
 
Par ailleurs, les Européens se proclamaient les champions de l’abolition en Occident tout en laissant favorablement la traite perdurer sur le continent africain. Ainsi de nombreuses nations occidentales, comme les Anglais, ont colonisé les terres, profité de leurs richesses, en pactisant sur place avec les arabes ayant, eux, la garantie de préserver les bénéfices de leur trafic d’humains. De fait et par delà tous leurs discours altruistes, ces Occidentaux rivalisaient de vitesse pour planter leurs drapeaux en Afrique, afin de la dépouiller en règle. Quand diplomatie rime avec économie, la rentabilité se pare souvent du masque de la philanthropie.

L’amnésie vectrice de fraternité ?
 
Pourquoi braquer les projecteurs exclusivement sur la traite transatlantique si ce n’est pour mieux voiler toutes ces atrocités à même le continent ?
D’impitoyables chasses à l’homme, à la femme et l’enfant ; des milliers de caravanes échouées dans le Sahara balisant par moult cadavres les chemins de la traite ; des villes entrepôts à Khartoum, Kouka, Ouidah, Tunis ou Zaouila où les « nègres » étaient inscrits parmi d’autres marchandises ; des esclaves soldats, chair à canon ; des esclaves castrés, eunuques de luxe pour surveiller ces harems de femmes objets, violées à la mode abyssine ou pour enchanter l’impuissance des sultans, voire pour mystifier une Mecque immaculée…
 
Qui, du coté des érudits et dirigeants arabes ou des imams de renom, pour dénoncer ces horreurs ? Pour stopper la tragédie ? Ne peut-on réciter l’amour du prochain avec tous, sans exception ?
N’aura-t-il pas fallu attendre que les colons européens, dans leur quête suprématiste, n’y trouvent plus d’intérêts pour que cela cesse ? Un paradoxe pour les uns, un transfert pour les autres, toujours est-il qu’aujourd’hui les maîtres proviennent d’un autre camp et que l’oubli de cette traite ne peut que favoriser la solidarité religieuse des arabes et des afro-descendants dans leur résistance commune contre le mondialisme.

Source : Diktacratie
Mamoudou Kane


              

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