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Eric Massi, porte-parole de la Séléka : « Le plus dur reste à faire en Centrafrique »


International
Mardi 26 Mars 2013 - 18:30

Il n’aura fallu que 48 heures aux rebelles de la Séléka pour destituer François Bozizé de son trône. Si la prise du pouvoir a été rapide, le chantier est colossal pour les nouveaux leaders d’un pays, où tout est à faire. De quoi l’avenir sera fait en Centrafrique ? Entretien avec Eric Massi, porte-parole de la rébellion.


Eric Massi, porte-parole de la Séléka : « Le plus dur reste à faire en Centrafrique »

Son téléphone sonne sans arrêt. Il reçoit des messages de félicitations en provenance du monde entier. Ce soir il semble l’homme le plus heureux au monde. Vêtu d’un costard bleu de nuit, assorti d’une chemise rose à carreaux, c’est avec un large sourire qu’Eric Massi se présente à l’hôtel Lutetia, à Paris. « Voilà, on l’a fait. Il est parti ! » Pour le porte-parole de la rébellion qui a mis fin au règne de François Bozizé, tout reste encore à faire, en Centrafrique, où les infrastructures sont en lambeaux, où les hôpitaux sont en piteux état, où l’économie est en berne, où les instances politiques sont chaotiques, où la population ne mange pas à sa faim, où l’armée n’a pas les moyens de sécuriser le territoire… En clair, un immense chantier, auquel les nouveaux dirigeants de la Centrafrique vont devoir se confronter.

Afrik.com : Comme François Bozizé, vous avez pris le pouvoir par les armes. N’êtes vous pas en train de reproduire le même schéma que lui, alors que vous affirmez défendre la démocratie ?
Eric Massi : Il arrive des moments, où les valeurs que nous défendons, doivent être défendues par les armes lorsqu’elles sont systématiquement bafouées.

Afrik.com : Comment va se dérouler la transition politique ?
Eric Massi : Michel Djotodia a annoncé qu’il restera trois ans à la tête du pays pour diriger la transition politique. Il est donc conforme aux accords de Libreville, qui ont défini la feuille de route justement qui nous permettra d’aller jusqu’aux élections libres, démocratiques et transparentes. D’ailleurs, nous avons demandé à Nicolas Tiangaye de rester Premier ministre pour rétablir les conditions qui permettront d’installer la démocratie dans notre pays.

Afrik.com : Trois ans pour une transition politique, ce n’est pas trop ?
Eric Massi : L’état actuel du pays ne nous permet pas d’organiser immédiatement des élections. Les accords de Libreville avaient prévu de nouvelles élections en 2016. La sécurisation du territoire est une étape importante qui va prendre du temps. Or, on ne peut pas organiser d’élection sans la sécurisation du territoire. C’est quand même un point qui doit être traité avec sérieux. Ensuite, il faut aider nos compatriotes à retrouver une vie normale. Il va aussi falloir réparer les dégâts qui ont été causés dans le pays. Donc trois ans me semblent un temps tout à fait raisonnable.

Afrik.com : Est-ce qu’au bout de ces trois ans vous rendrez le pouvoir ?
Eric Massi : Qu’entendez-vous par rendre le pouvoir ?

Afrik.com : Michel Djotodia est le nouvel homme fort du pays. Qu’est ce qui garanti qu’il ne mettra pas en place une nouvelle dictature comme ses prédécesseurs ?
Eric Massi : C’est une question de fond. Je connais Michel Djotodia. C’est un homme bon, qui a lutté contre Bozizé au nom des valeurs que nous défendons. Je n’imagine pas que nous ne permettions pas la tenue d’élections réellement libres, démocratiques et transparentes ! Je pense que le peuple centrafricain doit pouvoir choisir son dirigeant. Il appartient ensuite à Michel Djotodia de se prononcer son avenir politique.

Afrik.com : Michel Djotodia a affirmé à demi-mot qu’il n’est pas impossible qu’il se présente aux prochaines élections. Doit-on comprendre qu’il compte rester au pouvoir à la fin de la transition ?
Eric Massi : Moi je pense que c’est aux Centrafricains de choisir. J’insiste, il faut vraiment que les prochaines élections soient libres, démocratiques et transparentes. Il faut vraiment laisser le choix aux Centrafricains ! C’est ça la démocratie. Les urnes ne sont pas une science exacte. On peut très bien être candidat et échouer.

Afrik.com : Quel est votre programme politique pour redresser la Centrafrique ? Quels sont les actions que vous comptez mener durant ces trois ans ?
Eric Massi : On a un bureau politique actuellement à Bangui. Nous avons des projets politiques qu’on présentera très prochainement. Le premier point de ce programme était de faire partir Bozizé du pays. C’est fait. D’autre part, on a une feuille de route sur la sécurisation du territoire. Il faut aussi que nous fassions face à la crise humanitaire. Le pays est en difficulté depuis des années, il faut que nous aidions nos compatriotes à avoir une meilleure vie. Ensuite, nous mettrons tout en œuvre pour permettre l’organisation d’élections démocratiques et transparentes. Le plus dur reste à faire. Il y a beaucoup de travail. C’est d’ailleurs pour cela que je pense que le délai des trois ans est tout à fait raisonnable car on est tombé très bas. Il nous faut du temps pour reconstruire le pays et permettre au peuple centrafricain de choisir son prochain chef d’Etat en toute tranquillité. Ce qui importe c’est la reconstruction du pays. Il faut proposer des projets de développement. Or en Centrafrique on vote encore par rapport aux clivages ethniques.

Afrik.com : L’Instabilité règne toujours dans le pays. Comment comptez-vous rétablir l’ordre ?
Eric Massi : C’est une situation de trouble. Nous avons été débordés par des pillages dernièrement. Nos appels avant et pendant les troubles n’ont pas été entendus par ceux qui les ont commis. Nous avons fait appel aux forces de la fomac pour qu’elles se déploient dans la capitale. Aujourd’hui l’électricité a été rétablie. Mais des petits groupes ont continué à piller. Nous avons pu récupérer des objets volés. Et nous comptons les restituer à leur propriétaire. On doit encore faire face à cette instabilité pendant un moment mais l’avenir sera meilleur pour le pays. Nous allons garantir aux Centrafricains qu’ils auront un meilleur avenir.

Afrik.com : Votre prise du pouvoir a été très rapide. Avez-vous été soutenu par les chefs d’Etat tchadien, gabonais et congolais ?
Eric Massi : Les Chefs d’Etats de la Communauté économique des Etats de l’ Afrique centrale (CEEAC) nous ont laissé faire car ils ont été lassés par l’attitude de Bozizé, dont il exigeait le respect des accords de Libreville. Il s’entêtait à ne jamais respecter ses engagements. Il ne mettait pas l’énergie nécessaire à les respecter et commettait un certains nombre de violations. Les Chefs d’Etats de la CEEAC ne voulaient pas s’immiscer dans un problème inter-centrafricain après avoir fait tout le nécessaire pour nous aider. Après des négociations qui allaient d’échec en échec avec Bozizé, ils ne pouvaient pas se substituer au peuple centrafricain. On n’a une chance de faire nos preuves. Il ne faut pas la gâcher ! Les Centrafricains nous regardent. Le monde entier nous observent, il ne faut pas perdre toute crédibilité.

Afrik.com : Votre prise du pouvoir a été condamnée par l’Onu et l’Union africaine. Comment comptez-vous asseoir votre légitimité auprès de la communauté internationale ?
Eric Massi : Il est normal que la communauté internationale, avec les valeurs qu’elle défend, condamne ce coup d’Etat. Nous même, nous espérons que c’est la dernière fois qu’en Centrafrique nous vivons ce genre d’évènements. Ce n’est pas de gaieté de cœur qu’on en arrive à de telles extrémités. L’histoire de la Centrafrique est connue de tous. Le président François Bozizé n’avait aucune légitimité lorsqu’il est arrivé au pouvoir. Le résultat des élections de 2001 n’était pas reconnus par l’ensemble de la classe politique qui dénonçait une agression. Son maintien au pouvoir n’était lié qu’aux accords de Libreville qu’il devait exécuter de bonne volonté. Mais tout le monde a constaté qu’il n’était pas de bonne volonté et qu’au contraire il a loupé l’opportunité de terminer normalement un mandat qu’il a obtenu à Libreville. Aujourd’hui François Bozizé n’est plus à la tête de l’Etat. Séléka a été reconnu comme acteur légitime à Libreville, donc il faut en tenir compte. Il ne faut pas oublier que nous sommes dans une situation difficile. Nous avons des éléments armés sur l’ensemble du territoire. Nous avons besoin d’avoir un pouvoir à Bangui en qui les rebelles ont confiance pour déposer les armes justement. Avec François Bozizé, la confiance n’était pas revenue. Au delà de la légitimité, il faut rétablir la confiance dans l’unité et dans notre avenir. Tout le monde est la bienvenu pour redresser le pays. Il n’y aura pas de chasse aux sorcières.

Afrik.com : Comptez-vous poursuivre en justice François Bozizé maintenant qu’il n’est plus au pouvoir ?
Eric Massi : Nous ferons le bilan des exactions qu’il a commis le moment venu en fonction des réalités pour que la vérité soit établie.

Afrik.com : Quels sont vos ambitions politiques ? Avez-vous l’intention de vous présentez aux prochaines élections ?
Eric Massi : Pour moi le plus important est de penser aux familles. Je suis un homme de mission. J’ai essayé comme j’ai pu avec mes moyens d’aider la séléka. Je pense que ce n’est pas le poste qui compte mais la manière d’atteindre nos objectifs pour développer le pays. Nous venons juste d’arriver. Et le peuple centrafricain attend que nous posions des actes pour que la situation change. La Centrafrique compte de nombreux talents. Nous invitons toutes les personnes de bonne volonté à nous rejoindre pour redresser le pays. Il faut qu’on soit capable de se donner la main, d’avancer ensemble, car on est tous condamné à vivre ensemble.

Afrik.com : Que dîtes-vous aux Centrafricains qui ne vous connaissent pas, qui ont peur pour l’avenir du pays ?
Eric Massi : Nous pensons d’abord aux familles qui ont vécu des pillages dans la capitale. Nous savons qu’elles traversent une situation extrêmement difficile. Je veux dire à tous ceux qui craignent pour l’avenir du pays : ne soyons plus victimes ! Soyons responsable et ensemble nous bâtirons le pays.

Source:[Afrik]urlblank:Afrik.com
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