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Entretien avec le maire de la Communauté Urbaine de Nouakchott, Ahmed Hamza: «En cinquante ans, le pays n'a pas reculé, il est parti de travers!»


Société
Mardi 24 Mai 2011 - 17:34

Cinquante ans après son indépendance, on ne peut pas dire que notre pays ait connu beaucoup d'hommes politiques ayant le courage de leurs opinions. Il en est un pourtant qui tente de donner un nouveau relief à «l'engagement politique» et aux actions qu'elles devraient engendrer. Ahmed Ould Hamza, maire de la communauté urbaine de Nouakchott a œuvré au rapprochement des communautés, à une réelle unité nationale, qui dans sa bouche n'est pas un discours creux. Entretien.


Entretien avec le maire de la Communauté Urbaine de Nouakchott, Ahmed Hamza: «En cinquante ans, le pays n'a pas reculé, il est parti de travers!»
On entend beaucoup le thème de l'unité nationale depuis 2005 particulièrement. Pourtant, on a l'impression d'un discours creux, si on se réfère à la société mauritanienne composée de communautés complètement cloisonnées aujourd'hui...

C'est un constat juste malheureusement. J'en suis triste et choqué. Les différences qui nous forgent doivent être un plus. Ce n'est plus le cas depuis longtemps pour les raisons historiques et politiques que l'on sait. Mais il y a des raisons plus mécaniques, comme la fin des internats par exemple, qui étaient une assurance, à mon époque, d'un vrai brassage des cultures et des points de vue des différentes communautés. Il faudrait les réhabiliter.
Pourtant, avec l'exode rural et l'avènement de l'urbanisme, le renforcement des liens inter-communautaires aurait dû continuer. Mais c'est le contraire qui a eu lieu. Vous pouvez découper la ville par quartiers, avec pour chaque une communauté particulière qui lui correspond: Ryad c'est le quartier des Haratines, Toujounine celui des maures, Cinquième celui des négro-mauritaniens!

La question récurrente des langues participe à l'envenimement de la situation?

Il ne faut pas se mentir: l'unité nationale tant criée n'est que de façade pour le moment, et le fossé est très profond, plus qu'on ne le dit. Il faut prendre le taureau par les cornes.
La question de la langue qui a resurgi il y a quelques mois avec la problématique de l'arabisation de l'administration contribue à creuser plus profondément ce fossé. L'arabe est la langue de l'Islam; on est tous d'accord là dessus. Ça ne veut pas dire qu'on doit s'abstenir de s'ouvrir sur les autres langues, notamment celles comme le français qui peuvent contribuer à cette unité nationale. Ceux qui pensent le contraire sont les ennemis de ce pays.


Il y a vingt-cinq ans on remarquait des couples mixtes . Aujourd'hui c'est quasiment impossible de concevoir une telle chose.

Le problème des couples mixtes évoque cette Mauritanie divisée: pourtant on est dans un pays musulman. Allah nous a déclarés tous égaux devant Lui. Mais il est rare de voir un couple maure/négro-mauritanien. La modernité n'est pas passée par là, ni une application simple des principes de l'Islam. Le métissage est notre avenir. Nous sommes de toute l'Afrique, le seul réel trait d'union entre le Maghreb et l'Afrique noire. Et notre pays doit représenter cela socialement. Nous ne devons pas être qu'un amas de communautés.

Ce communautarisme se retrouve à tous les niveaux...

On assiste à un délitement de l'unité nationale dans les faits. Ce constat doit être fait crûment pour pouvoir y remédier une fois pour toute. Remarquez par exemple qu'il y a des institutions où on retrouve plus telle communauté ou telle autre!
Et au sein de ces mêmes institutions, dans un milieu professionnel, les communautés se regroupent entre elles. Le problème qui découle de ces constats, est celui de la citoyenneté mauritanienne, qui n'existe pas encore solidement. On se sent avant tout d'une tribu, d'un village, d'une communauté, avant de se dire mauritanien. Et il faut travailler sur cette conscience citoyenne.

On peut parler d'un retour à la CEDEAO aujourd'hui?

On doit revenir dans la CEDEAO, on y a plus d'intérêts. Je ne dis pas qu'il faut lâcher l'UMA pour la CEDEAO, mais nous devons affirmer ouvertement et avec fierté nos différences.

Comment bâtir, ou rebâtir une réelle unité nationale, dans les actes, au-delà des discours?

Les événements déclencheurs ont été ceux de 1989. Depuis on se regarde en faïence. Il faut travailler à exorciser cela. En ce sens, le geste de Kaédi de Abdel Aziz est positif mais il faut aller bien plus loin.
Dans l'armée il faut reconnaître que ça commence à évoluer: on promeut de plus en plus de négro-mauritaniens. Mais ce brassage professionnel doit aussi se répercuter au niveau de la culture. Nous avons besoin de rapprocher les gens au niveau de la culture.
Notre radio ainsi que notre télévision nationales ne jouent pas leurs rôles d'ouverture et de réunion. Elles sont quasi exclusivement consacrées aux maures.
Les lacunes au niveau de la promotion des sports, notamment du plus populaire, le football ne sont pas un hasard, car dominé par les négro-mauritaniens.

Et nos élites dans tout ça?

Le problème se situe aussi au niveau de notre élite c'est vrai. Mais nous sommes un pays pauvre, et absolument tout le monde dépend de l'État, d'une façon ou d'une autre. Dans les pays où il y a des cadres privés indépendants de l'administration, les élites sont libres donc plus actives. Il n'y a pas de politique du ventre. Nous n'en sommes pas encore là. Mais nous aurons une élite quand nos responsables politiques, civiles, économiques diront leurs idées même après avoir accédé à des postes de responsabilité. C'est là que les positions et les idées prennent du poids.

La Mauritanie a cinquante ans. Quel bilan faites-vous de cet anniversaire, en tant que citoyen simplement?

Un diplomate étranger faisait cette remarque sur notre pays, il y a quelques années déjà; remarque que je partage totalement. Il disait: «la Mauritanie n'a pas reculé, elle est partie de travers!». Elle est très juste. Mais rien n'est jamais perdu.
Je me considère comme complètement imprégné de la culture wolof ou halpulaar, je me sens «black»; je suis un exemple que ça peut marcher. Le fait d'être un «fils de lion» ne m'a pas empêché d'épouser d'autres points de vue.
Propos recueillis par Mamoudou Lamine Kane


              

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