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Enfants-mendiants : Talibés, l’innocence calcinée


Société
Mardi 15 Mai 2012 - 22:05

Leur nombre a explosé ces dernières années. Les enfants-talibés, sous couvert d’un enseignement coranique, arpentent les rues, délaissés par familles et marabouts.


Mamadou A., au premier plan. Crédit : Noorinfo/Fatimetou Boughaleb
Mamadou A., au premier plan. Crédit : Noorinfo/Fatimetou Boughaleb
Mamadou A. 11 ans, est originaire d’un village de la vallée du fleuve. Ses yeux jaunis par une alimentation déséquilibrée et irrégulière, ne voile pas le perpétuel sourire qui s’affiche sur son visage. Tout le temps posté au carrefour du ministère du pétrole, plus que la faim et les brimades des talibés plus âgés, il craint surtout de ne pas satisfaire le maitre coranique. «Notre maître coranique exige de nous un versement journalier de 150 ouguiyas. Quand l’un d’entre nous manque à cette obligation, il est bastonné, et souvent il ne mange pas au diner» témoigne le jeune garçon.

A côté de lui, pieds nus, récurant finement son nez et arborant un maillot Blaugrana déchiré de Messi, Ibrahima, 10 ans, un autre enfant du sud du pays, confié à un marabout depuis prés de 2 ans. Les mêmes yeux jaunes que Mamadou. Le même sourire aussi. Intéressé par la discussion, il s’y insère juste le temps de demander des chaussures, même des «tcharaaka» (sandales en plastique- ndlr). «Le soleil tape de plus en plus les après-midi, et ça fait mal aux pieds» se plaint-il, visiblement épuisé.

«Nous marchons des kilomètres et des kilomètres chaque jour. Nous faisons le tour de plusieurs maisons de Cinquième, avant de nous fixer à ce carrefour pour le reste de la journée» précise le garçon avec un ballon de foot à moitié gonflé posé sur son pot de quêtes. Le seul élément de ce décor qui rappelle le statut d’enfant de ces exploités des temps modernes, à Nouakchott.
«Le maître nous réveille tôt le matin pour une courte séance de récitation du Coran. Tout juste après, souvent sans déjeuner, on est obligé d’aller quêter en ville, à la recherche d’argent ou de vivres. Sinon c’est bastonnade et privation de nourriture» raconte Idi, 12 ans.

«Plusieurs enquêtes sur la situation de ces talibés en Mauritanie, font apparaître que leur niveau coranique en général est bas par rapport à leur âge, et rares sont ceux qui sont relativement avancés. Le temps qu’ils passent dans la rue ne laisse pas beaucoup de place pour l’apprentissage. Ce que ces enfants apprennent, ce n’est pas le Coran mais l’art d’attendrir les automobilistes au stop» rappelle pour sa part Khalilou Diagana, journaliste au Quotidien de Nouakchott.

Des enfants exploités

Ignorés par les politiques publiques de lutte contre la mendicité, les talibés sont laissés à leur sort. Crédit : Noorinfo/Fatimetou Boughaleb
Ignorés par les politiques publiques de lutte contre la mendicité, les talibés sont laissés à leur sort. Crédit : Noorinfo/Fatimetou Boughaleb
«Ces enfants sont des mendiants exploités. Ce ne sont pas des talibés comme les gens le répètent. Et ce mot doit être abandonné, car il occulte la dimension misérable de leur situation, et leurs droits fondamentaux d’enfants bafoués» s’emporte d’emblée le président de l’observatoire mauritanien des droits de l’homme (OMDH), Amar Mohamed Najem.

Ces petits enfants confiés en principe à un maître coranique itinérant, sont en réalité laissés à leur propre compte. «Allez vers minuit aux alentours du marché de la Capitale, et de la Médina R, vous les verrez dormir à même le sol, agglutinés les uns aux autres pour éviter de se faire agresser» témoigne le président de l’OMDH.

Les autorités ont bien tenté une réaction, mais celle-ci fut relativement timide dans le sens de la prévention au regard de l’ampleur du phénomène. Au contraire, ses premières actions au cours des dernières années furent d’opérer des rafles de talibés et autres mendiants. Une action aux effets plus que limités. Les raflés du jour réinvestissant immanquablement la rue le lendemain, parfois quelques heures plus tard.

Du côté de la prévention, le gouvernement par l’intermédiaire du Commissariat aux Droits de l’Homme, à l’Action humanitaire et aux relations avec la Société Civile, lance une campagne de lutte contre le phénomène de la mendicité en novembre 2009, en dégageant une enveloppe de 300 millions d’ouguiyas. 1780 mendiants sont ainsi recensés et regroupés dans plusieurs sites situés notamment à Arafat et Dar Naim. Ils y reçoivent trois repas par jour et apprennent un métier.

Toutefois, la première et grande faiblesse de cette campagne, très largement critiquée par les ONG locales sur le terrain de la lutte contre l’exploitation des talibés, est d’avoir ignoré le cas de ces derniers, qui ne mendient pas, mais sont utilisés littéralement à l’enrichissement d’un maître.

Des acteurs investis mais livrés à eux mêmes

Mariame Diallo, dans la cour de son institut pour enfants abandonnés et talibés, à Nouakchott.
Mariame Diallo, dans la cour de son institut pour enfants abandonnés et talibés, à Nouakchott.
Si l’état ne fait pas grand-chose pour ces enfants, grands oubliés de la société mauritanienne, la société civile elle ne baisse pas les bras. Et des acteurs isolés notamment, à les moyens à leur disposition, tentent ce qu’ils peuvent, pour donner une lueur d’espoir à ces enfants.

Kane Abderhamane a été enfant talibé sur une période suffisamment courte pour lui donner la force de lutter contre ce phénomène. Engagé depuis 1999 dans cette cause, il est actuellement responsable du projet «Enfants Talibés», complètement pris en charge par une ONG nommé Doulos. Il existe maintenant deux centres dont le plus ancien accueille quotidiennement 60 talibés. Son action : nourrir les enfants, leur apprendre un métier et leur dispenser des enseignements linguistiques. Kane Abderhamane déplore le délaissement et l’inaction de l’Etat sur cette question, il désirerait faire plus mais les moyens manquent.

Il n’est d’ailleurs pas le seul à être freiné dans son action sociale. Mariame Diallo vit cet «abandon gouvernemental» depuis 40 ans. En effet, l’Institut Mariame Diallo (IMD) est un orphelinat qui se maintient grâce à cette femme dont il porte le nom. Avec courage. Avec générosité.

En le créant en 1968, Mariame Diallo était seule à mener de front l'accueil des orphelins et enfants abandonnés d'autant plus que son institut n'était pas reconnu par l'Etat. Ce n'est qu’en 1988 que ce sera le cas, après qu’elle se soit battue vingt ans durant. Actuellement, l'IMD accueille trente enfants qui sont tous scolarisés et vivent dans la maison de Mariame Diallo. Elle les nourrit, les envoie à l'école, les blanchit, sur ses finances propres. «Le gouvernement mauritanien a cessé de subventionner l’institut. Ils envoyaient 150 000 ouguiyas par an pour mes trente enfants. Jusqu’en 2007, om ils ont arrêté d’envoyer ces clopinettes. Cela couvre à peine les frais de vivres durant un mois» rapporte la dame.

MLK
Mamoudou Kane


              


1.Posté par khalilou diagana le 16/05/2012 10:48
Conditions des talibés mendiants : L’interminable crime
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27-12-2006
Conditions des talibés mendiants : L’interminable crime

AD est âgé de 5 à 6 ans. Il porte une chemise et une culotte usées. Il tient un pot de tomate vide. Il est maigre, a une grosse tête, un gros ventre. Bref, tous les symptômes de la malnutrition. On le rencontre devant les banques, les boulangeries, les restaurants, les feux de signalisation. C’est un élève coranique appelé talibé, Almoudo. Il vit de mendicité. Des comme lui, il y en a des centaines à Nouadhibou, Nouakchott, Kaédi, Boghé, Rosso… Les ONG qui s’occupent de l’enfance le classent " enfant dans la rue " et non " enfant de la rue ".Avant l’introduction de l’école " moderne " en Mauritanie, tous les enfants allaient à l’école coranique et y étudiaient à des heures ponctuelles dans les localités où résident leurs parents. Les enfants du milieu Poular résidant au Fouta (Vallée du fleuve) mendiaient mais, seulement aux heures de repas. C’était, dit-on, un moyen pour leur inculquer les valeurs de modestie, d’humilité. Cette condition ainsi décrite, contraste radicalement avec le sort réservé aux talibés actuellement dans les grands centres urbains.

Une étude réalisée en 2001 par Mohamed Ould Lafdal, éducateur et Mohamed Ould Hmeyada, sociologue pour le compte de l’UNICEF sur " la situation des enfants talibés (Almoudos) en Mauritanie " renseigne sur les origines ethniques et sociales et les conditions de vie de ces enfants. L’étude qui a touché 120 enfants, 70 parents et 25 maîtres coraniques a été effectuée à Kaédi, Rosso, Nouakchott et Boghé. Au sens de cette étude " l’enfant talibé mendiant est l’enfant placé par ses parents chez un maître de coran qui l’enseigne et le charge d’autres activités dont essentiellement la mendicité. "
Il ressort de l’étude que 33, 9% des 120 enfants interrogés sont de nationalité sénégalaise et 2,6% ignorent la leur. On est ainsi loin du talibé qui après les séances d’apprentissage du coran regagnait paisiblement ses parents. Compte tenu de la dimension transnationale des marabouts, il est quasiment sûr que de petits mauritaniens âgés de 5 à 6 ans, crasseux, affamés et munis d’un pot de tomate, ça court les rues de Dakar, Saint-Louis ou Thiès. Etre séparé de ses parents à cet age est le pire des torts fait à ces enfants. C’est une rupture affective qui les marque pour le restant de leurs jours. Et quand on sait que pour la personnalité future tout se joue à cet âge, on a une idée de ce qui adviendra de ces petits talibés.

Les Talibes ou Almoudo
Origine ethnique des almoudos

L’enquête fait ressortir que plus de 90% des talibés mendiants sont d’origine Puular. Cette situation serait due à l’aura dont jouissent les marabouts dans cette communauté.
L’apprentissage des sciences islamiques y est aussi un moyen d’ascension sociale. La qualité de Torodo (noble lettré) s’acquiert généralement par l’apprentissage du coran. Seulement, de l’avis de certains, ceux qui jouissent actuellement du statut de grand marabout respecté le tiennent plus de la naissance que de leur condition de mendiant durant l’enfance. Il ressort de l’étude que l’idée de talibés majoritairement orphelins ou issus de parents divorcés est fausse. Seul 5,2% des 120 enfants ont perdu les deux ou l’un de leurs parents. Les parents de 67% d’entre eux vivent ensemble et 27% ont divorcé. On ne peut s’abstenir de nous demander ce qui peut pousser un père et une mère à se séparer de leur enfant âgé de 5 à 6 ans pour le placer chez un marabout où il va endurer toutes sortes de souffrances et de privations. Plus que le souci d’assurer à l’enfant une éducation religieuse complète, c’est la crise économique qui est à l’origine de ce placement. Confier un enfant ou des enfants qu’on ne peut plus nourrir, surveillé, éduqué…à un marabout est une façon très commode de se décharger tout en gardant la conscience tranquille. Comme le marabout, lui même, est frappé de plein fouet par la crise, seuls les restes de repas des ménages s’offrent aux enfants.
Le désert affectif, obstacle à l’apprentissage

Il ressort de l’enquête que 92% des talibés dorment chez leurs maîtres. C’est cette attache qui fait qu’ils sont classés " enfants dans la rue " et non " enfant de la rue ". Ces talibés ne retournent chez leur marabout que tard dans la nuit pour dormir. Le matin, très tôt, ils reprennent le chemin des stations d’essence, banques et marchés pour aller tendre la main. C’est pourquoi, du point de vue des conséquences de la rue sur les enfants, cette distinction est insensée.

La finalité des conditions insoutenables infligées à ces petits enfants est, dit-on, l’apprentissage du coran. Or, l’enquête fait apparaître que " leur niveau coranique en général est bas par rapport à leur âge et rare sont ceux qui sont relativement avancés. Aussi, ils ne récitent pas en grande partie, les versets qu’ils ont appris. " Il ne pourrait en être autrement. D’abord, le temps qu’ils passent dans la rue ne laisse pas beaucoup de place pour l’apprentissage. Ce que ces enfants apprennent ce n’est pas le Coran mais l’art d’attendrir les automobilistes au stop. Peu de gens en effet, restent insensibles au ton volontairement pathétique qu’ils prennent pour susciter la pitié. La pièce que le passant tire de sa poche et remet à l’almoudo n’est pas de la charité. C’est une démission. C’est s’accommoder, accepter, cautionner le calvaire qu’il vit. Il va sans dire que ces petits mendiants, d’une façon ou d’une autre, durant toute leur vie, useront du raccourci de la main tendue pour vivre. Ils n’ont appris que ça.
Ensuite, les almoudo ne peuvent pas être performants en Coran parce que -tous les éducateurs le savent- un apprenant, pour l’être doit manger à sa faim, dormir au chaud et surtout jouir de l’affection de ses parents. Le talibé, lui, du fait de la rupture précoce avec ses géniteurs, vit dans un désert affectif, obstacle à tout apprentissage.
Intérêt supérieur de l’enfant

En dépit des souffrances inutiles qu’endurent ces enfants, il est des gens qui, au nom d’un prétendu souci d’ancrage dans les valeurs traditionnelles, plaident le maintien de ces écoles à fabriquer des mendiants. Seulement, ils sont à l’image de certains hypocrites qui, tout en vociférant en faveur de l’arabisation totale, prenaient le soin de planquer leurs gosses à Théodore Monod. Les Talibés mendiants, pour certains, c’est bien tant que ce sont les enfants des autres qui courent les rues.
Le sort fait à ces pauvres petits innocents est une interminable violation de la convention internationale des droits de l’enfant. Cette convention, ratifiée par la Mauritanie, fait de l’intérêt supérieur de l’enfant une donnée essentielle. Il ressort de cette convention que toute décision le concernant doit tenir compte de son intérêt supérieur. Est-il dans l’intérêt d’un enfant d’être séparé de ses parents à l’age de six ans, de mendier pour vivre, d’être privé de l’école fondamentale ? L’école " moderne " n’est nullement incompatible avec l’apprentissage du coran. Autrement, aucun mauritanien n’aurait fait les bancs. Pour qu’un enfant puisse devenir un adulte normal, pouvant s’adapter et s’insérer dans la société, il lui faut un minimum d’instruction par le canal de l’école primaire. Et pour qu’il puisse vivre sa religion et la pratiquer, il doit apprendre le coran par le canal de l’école coranique. Prendre en compte l’intérêt supérieur du petit mauritanien, c’est lui permettre de cumuler les deux apprentissages. Khalilou.B.Diagana

Source : Nouakchott Infos

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