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Enfants maliens des mahdharas de Kiffa: Mendiants et exposés à tous les risques


Lu sur le web
Vendredi 24 Avril 2015 - 23:55

Il est courant de voir dans les rues de Kiffa des enfants maliens de moins de 10 ans mendier n’importe quand. Ils vivent dans les rues n’importe comment. Ils dorment n’importe où. Ils mangent n’importe quoi. Ils mendient dans les marchés, dans les buildings administratifs et les résidences publiques et privées. Ils cherchent abris aux côtés des quelques arbres de la ville et des murs des maisons.


Enfants maliens des mahdharas de Kiffa: Mendiants et exposés à tous les risques

Ils marchent à pieds nus. Ils portent des vêtements usés et sales. Ils rassemblent leurs nourritures dans des pots malpropres. Ils dorment à terre ; dans les rues.
 
Les enfants de la rue de Kiffa sont divisés en deux catégories: des enfants maliens censés être là pour apprendre le Coran et des enfants natifs de Kiffa mais ne bénéficiant pas de suivi de la part des leurs.
L’année dernière, une voiture a heurté l’enfant malien Moussa. Le chauffeur et la voiture ont pris la fuite. Un passant amène le petit à l’hôpital. Il est hospitalisé durant 4 jours. Il est ensuite réacheminé vers sa mahdhara. A la surprise générale, son maître coranique n’avait même pas constaté son absence. Car, sa mahdhara est surchargée d’enfants similaires qu’il ne peut plus contrôler.

Un autre enfant malien s’appelle Mamadou. Il nous demande 100 UM pour acheter de quoi manger. Il n’a pas mangé la veille, selon lui. Cependant, il s’enfuit. Car, il craint l’appareil photo.
Un autre enfant malien s’appelle Bocar Sarr Bangho. Il est originaire de Kayes. Nous avons appelé par téléphone son père au Mali. Nous lui avons demandé s’il est au courant des dernières nouvelles de son fils. Il s’énerve: «J’ai envoyé mon fils chez une mahdhara pour apprendre le Coran. C’est une bonne chose pour lui. Je pense que je suis le seul responsable des décisions qui concernent mon fils».

Les enseignants des mahdharas dans lesquelles apprennent ces enfants refusent de répondre à nos questions. Ils insistent sur le fait que ces enfants recourent à la mendicité pour pouvoir manger afin de continuer leurs études.

Le sujet des enfants de la rue est devenu l’un des grands phénomènes sociaux de Kiffa. Il attire l’attention de beaucoup d’organisations et d’experts actifs dans la ville. Selon un recensement fait en 2014 par le département des Affaires sociales, le nombre de ces enfants se situe entre 1.000 et 1.300, dont 80% viennent du Mali et la majorité des 20% restants vient des quartiers périphériques de Kiffa.
La coordinatrice régionale des Affaires sociales à Kiffa, Safiya Mint Hachem, énumère des types d’insultes et d’attaques verbales et corporelles dont ces enfants sont l’objet. Elle aurait documenté 9 cas d’agression sur ces enfants, pour les mois de janvier et février 2015. Selon elle, deux enfants ont été victimes d’un accident de route. L’un serait originaire du Mali, l’autre de la wilaya, précisément de Kankossa. Les deux enfants ont subi des fractures de différentes intensités. Un d’entre eux aurait été hospitalisé pendant quelques jours. Leurs soins auraient été pris en charge à 100% par la Coordination. Laquelle n’arrive pas à joindre leurs familles.

Mint Hachem propose la tenue de négociations entre la Mauritanie et le Mali. Car, ce dernier, dit-elle, «doit contrôler ses enfants qui se précipitent de venir en centaines à Kiffa, sous prétexte de vouloir apprendre le Coran, mais qui deviennent par la suite des vagabonds de rues».

La Coordinatrice régionale a exprimé sa préoccupation à propos de la présence de centaines d’enfants dans la rue, sans aucune protection. Ce qui constitue, selon elle, une violation flagrante de toutes les lois, notamment la Charte africaine des droits de l’enfant. Elle loue la création par son département, en partenariat avec l’Unicef, d’un centre de protection sociale au profit de ces enfants. Un centre qui aurait permis la réinsertion, la prise en charge, l’éducation et la réhabilitation de dizaines d’enfants de rue.
Pour sa part, la Présidente du Réseau de la Petite enfance, Raghiya Mint Sidina, insiste sur «la nécessité de mettre en œuvre une stratégie de maintien et de réhabilitation des enfants égarés, qui commettent désormais des crimes tels que le vol, qui deviennent violents et qui sont exposés à toutes les sortes de crimes». Ce qui doit passer forcément, selon elle, par la lutte contre la pauvreté dans les milieux familiaux de ces enfants.

Mint Sidina raconte qu’un de ces enfants est entré en bagarre avec un collègue à lui. Il est gravement blessé. Il est hospitalisé durant 3 jours, sous les yeux protecteurs des voisins de son école coranique (mahdhara). D’après elle «Ni les siens ni son maître n’ont pris la peine de lui rendre visite à l’hôpital, ne serait-ce que pour s’enquérir sur sa santé».

Mint Sidina supervise plusieurs jardins d’enfants, en collaboration avec World Vision. Elle aurait tenté, à plusieurs reprises, d’intervenir pour fournir à ses enfants un milieu similaire à un milieu familial normal. Elle aurait échoué, «Car, les enfants préfèrent la rue où ils ont plus de liberté de mouvement et de mendicité, surtout qu’une grande partie d’entre eux vient du Mali» a-t-elle précisé.

Le Président de la Coordination nationale du Forum de la Société civile dans l’Assaba (CONFESCA), Sidi Moctar Ould Ahmed El Hadi, pense que «ces enfants nuisent à l’image de la ville et de la société (…) La religion et la loi incriminent la négligence dont ces enfants sont exposés».

Entre l’enclume de la démission des deux pays, le Mali et la Mauritanie, et le marteau de l’impuissance des ONGs nationales et internationales, des centaines d’enfants se bousculent dans les rues de Kiffa, sans protection ni repères. Ils sont exposés à tous les risques. Notamment le risque d’être recrutés par la contrebande et les réseaux des crimes organisés.

Source : Dune Voices
 


              

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