Connectez-vous S'inscrire
Noorinfo

El Hadji Baba Haidara, président du collectif des élus du nord-Mali : "Le MNLA n’existe pas. Disons-le clairement"


International
Mardi 2 Avril 2013 - 16:29

De retour d’une mission de deux jours au camp de réfugiés maliens à M’Berra, près de Bassiknou, le député de Tombouctou El Hadji Baba Haïdara, accompagné d’un groupe d’élus du nord malien, toutes communautés confondues, dresse une perspective optimiste, mais mesurée, des situations militaire, sociale, intercommunautaire et politique au Mali. Entretien sans langue de bois.


El Hadji Baba Haidara. Crédit : Noorinfo/MLK
El Hadji Baba Haidara. Crédit : Noorinfo/MLK
Vous revenez d'une mission parlementaire au camp de réfugiés maliens de M'Berra près de Bassiknou. Quelles observations avez-vous faites?

Précisément, ce n’était pas une mission parlementaire : je suis effectivement parlementaire et il y avait un deuxième député avec moi, et d’autres élus, avec lesquels nous formons un collectif des élus du Nord-Mali.

Et c’est à ce titre que nous avons envoyé des missions dans les trois pays, que sont le Niger, la Mauritanie et le Burkina Faso, qui reçoivent des compatriotes réfugiés. Nous sommes donc allés voir nos parents dans le sud-est mauritanien à M’Berra.

Nous avons reçu à Bassiknou une centaine de personnes, qui représentaient l’ensemble des leaders des communautés du Nord malien, des différentes commissions et initiatives qui participent au bon fonctionnement du camp de M’Berra. Malgré des difficultés liées à la vie dans un camp de réfugiés, ils ont témoigné de conditions de vie relativement «correctes».

C’était la principale raison de votre visite ? Savoir comment la vie de vos compatriotes se déroule à M’Berra ?

Pas du tout. Nous avions déjà eu plusieurs échos de sources différentes qui diffusaient l’information selon laquelle dans l’ensemble les choses se passaient bien. Notre mission, en tant qu’élus du nord du Mali, a surtout consisté à exhorter nos parents à se préparer à rentrer chez eux, parce que la paix s’annonce. Mais également les préparer au dialogue qui s’annonce, pour la vraie paix, celle des cœurs. Aujourd’hui, le dialogue intercommunautaire doit être mis au cœur de la transition sécuritaire qui s’annonce, d’abord entre les communautés du nord. Sur cette base, essayer de s’accorder un certain nombre de pardons.

La vie dans un camp de réfugiés, par définition, doit être transitoire, le temps d’un retour à la normale dans son pays d’origine. Ils doivent venir réintégrer leurs foyers, leurs terres, leurs ateliers, leurs boutiques, retravailler, renvoyer leurs enfants à l’école. C’est à toutes ces perspectives que nous avons essayé de les préparer. Et nous sommes satisfaits de l’écho rencontré à M’Berra.

Les présidents et vice-présidents de la commission de dialogue que le président avait annoncé ont été désignés
. C’est tant mieux. Cette commission doit être rapidement mise en place pour se faire un programme de dialogue intercommunautaire, et effacer d’éventuels malentendus et sentiments de revanche entre des groupes de personnes qui vivent ensemble depuis des siècles !

Les djihadistes, dont beaucoup se retrouvent dans le camp du MNLA aujourd’hui, ont commis des exactions à l’encontre des populations noires sédentaires, qui ont envie de se venger. Une frange de l’armée, massacrée et humiliée à Aguelhok, a envie de se venger. Des arabes et des Touaregs à leur tour massacrés par l’armée et des civils noirs, ont envie de se venger.

Tout ce tourbillon doit être contenu et apaisé. Et seul un dialogue sans détour, ni tabous, le pourra. Il en va de l’avenir de notre cohabitation séculaire.

Comment parvenir à la réunion des cœurs aujourd'hui, après des exactions commises, notamment et entre autres par l’armée républicaine, à l'encontre des communautés arabes et Touaregs particulièrement?

Il faut être honnête : il y a une fracture, une terrible incompréhension par rapport à ces faits extrêmement graves rapportés. En 1991, nous avons vécu un certain nombre de cas similaires, qui ont laissé des traces profondes dans les cœurs. Nous les élus, notre principal mot, depuis le début, a été d’inciter à éviter les amalgames ! Touareg n’est pas synonyme de rebelle ; tout enturbanné n’est pas touareg, ou tout barbu n’est pas islamiste ! Tout blanc n’est pas touareg.

Dans toutes les communautés, il y a de bonnes et de mauvaises personnes ; et dans cette affaire, il faut éviter d’alourdir et assombrir les cœurs en punissant des innocents.

Et malheureusement le délit de faciès a joué. Comme en 1991. Avant même le début des hostilités nous avions prévenu les autorités de ce risque qui devait être empêché d’éclore.

Aujourd’hui, la quasi-totalité des réfugiés comme ceux présents à M’Berra, sont ceux qui ont fui par peur d’être « taxés de », beaucoup d’entre eux ayant vécu cela en 1991. Il faut leur cette sécurité quotidienne, et d’esprit pour qu’ils puissent prétendre à revenir.

Maintenant on doit laisser la justice se faire, et rester prudents, car il y a beaucoup de rapports, mais dans la majorité des cas rapportés, peu, très peu de témoignages directs. Tout doit se faire dans la transparence et l’impunité la plus totale : les cas d’exactions prouvés, et dont les auteurs auront été identifiés, doivent pouvoir être poursuivis par la justice du pays, à défaut par la justice internationale.

Le civil qui a fauté doit payer, ainsi que le rebelle, et surtout le soldat de la République qui a commis des exactions au nom de l’armée. Tous doivent payer. C’est la seule voie pour se réconcilier et se pardonner : la totale vérité doit éclore, et la justice rendue. Je le répète, c’est l’essence de l’avenir de notre cohésion sociale.

Plus de deux mois après le début de l'opération Serval au nord-Mali, considérez-vous la paix comme acquise?

Pas du tout ! Nous ne sommes pas naïfs. L’opération Serval est arrivée à bon escient et au bon moment. Le travail de Serval est un travail à deux niveaux : libérer les villes maliennes, et ensuite la guerre contre le terrorisme, pas seulement pour le Mali, mais toute la sous-région.

Aujourd’hui, les villes du nord-Mali ont été libérées. Le terrorisme est en passe d’être vaincu, et nous pensons que l’opération Serval doit continuer, car c’est une occasion unique d’éradiquer définitivement le terrorisme du Sahel.

Les frontières algérienne et mauritanienne étant fermées, c’est l’occasion de resserrer l’étau autour de leurs dernières fortifications éparses, et d’aller jusqu’à la racine de ce mal pour l’arracher complètement, dans l’Adrar des Ifoghas notamment. Il ne faut pas s’arrêter en si bon chemin.

bTombouctou, dont vous êtes le député, [vient de connaître des combats intensifs et extrêmement violents entre l'armée malienne et des éléments islamistes infiltrés, qui auraient même investi le camp militaire de la ville. Cette guerre peut-elle se muer en perpétuelle guérilla ?]b

C’est la troisième mission, qui est un prolongement naturel de l’opération Serval, mais que la communauté internationale, aux côtés des maliens, devra mener : le rétablissement d’une sécurité quotidienne, pleine et entière. Les populations du nord doivent être rassurées. C’est la raison première de l’existence de la MISMA par exemple, à travers la résolution 1428 de l’ONU. La prochaine résolution pour redéployer ces 11.200 personnes, vise ce but sécuritaire.

Le territoire est vaste, et les islamistes installés dans le paysage depuis des années, maintenant chassés des villes, peuvent être assimilés à des fourmis dont la fourmilière aurait été balayée. Résultat, que font-ils ? Ils s’éparpillent dans les espaces alentours. La majorité d’entre eux a été tuée ou arrêtée pendant la guerre, mais le reste s’est éparpillé. Et ce sont ces éléments, de plus en plus isolés, qui après Gao, visent Tombouctou.

Dans les semaines, voire les mois à venir, il y aura certainement quelques actions désespérées de ce genre ; et c’est pour cela que la MISMA doit être essentiellement concentrée sur les zones urbaines de la bande du fleuve, où se concentre 90% de la population du nord malien.

Quel est l'état des institutions maliennes aujourd'hui, un an après le début de la crise malienne ?

Les institutions sont plus ou moins rétablies maintenant. Il y a quand même une certaine stabilité depuis quelques mois. Merci à la CEDEAO. Sans elle, je ne sais où le Mali se serait retrouvé, derrière les troufions. Merci à l communauté internationale d’avoir accompagné ce processus.

Aujourd’hui, toutes les institutions, et c’est mon avis personnel, doivent retrouver une légitimité incontestable, à travers l’organisation d’élections claires et transparentes. C’est ce qui devra résoudre les autres problèmes politiques maliens. Tant que ces derniers ne seront pas résolus, le Mali ne pourra pas retrouver sa stabilité institutionnelle, donc politique.

"Tous les combattants djihadistes qui ont pu échapper aux combats, et sont entrés dans la région de Kidal se sont affirmés du MNLA !"

El Hadji Baba Haidara. Crédit : Noorinfo/MLK
El Hadji Baba Haidara. Crédit : Noorinfo/MLK
On parle d’élections présidentielles en juillet… C’est faisable ?

Je le souhaite, mais j’en doute. Le calendrier idéal, par rapport aux réalités sociale et climatique du pays (début de l’hivernage- ndlr), serait situé entre septembre et octobre.

Maintenant, le président Dioucounda Traoré s’est fixé un cap, et nous ferons tous en sorte, que celui-ci soit atteint. Mieux vaut s’y tenir, que de risquer de s’embarquer dans des errements qui nous mèneraient dans des transitions indéfinies.

Le MNLA, un des acteurs de cette crise, vient de nommer un gouverneur à Kidal. Comment analysez-vous cette initiative?

C’est une diversion tout simplement. Le MNLA n’existe pas. Disons-le clairement. Quand le président Traoré, dans une intervention que je n’ai pas apprécié personnellement, dit que le MNLA peut être crédible pour le dialogue, il se trompe d’analyse.

Tous les combattants djihadistes qui ont pu échapper aux combats, et sont entrés dans la région de Kidal se sont affirmés du MNLA ! Un groupe s’est retrouvé donc là ; l’armée française, présente dans la région, et prudente par rapport à la présence supposée des otages français dans la région, s’est laissée prise à amadouer le MNLA, qui a réussi à lui faire croire qu’il lui fournirait des informations susceptibles de lui faire libérer les otages.

Les français se sont rendus compte que c’était du bluff. Au-delà de cette situation particulière, l’armée malienne n’a pas les moyens de se déplacer et d’occuper tout le territoire. C’est un autre élément à prendre en compte dans l’analyse militaire de cette situation.

D’ailleurs, le programme de formation d’officiers et sous-officiers de l’armée durant quinze mois par l’union européenne, à Koulikoro, vise à redonner un souffle à l’armée malienne pour qu’elle puisse mener à bien sa mission première de sauvegarde de l’intégrité territoriale. Elle en est incapable aujourd’hui.

Je n’accorde pas une importance particulière aux gesticulations sans fond de ce mouvement. C’est un acte nul et non avenu, car ces rebelles n’ayant réussi à avoir un état, ce n’est pas aujourd’hui sur un territoire souverain, qu’ils vont nommer un gouverneur.

Propos recueillis par Mamoudou Lamine Kane
Mamoudou Kane


              

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Actu Mauritanie | Actualité | Economie | Sport | Culture | Société | Lu sur le web | International | Tribunes | Vu de Mauritanie par MFO | Blogs | videos | A.O.S.A | Communiqué | High-Tech | Politique | Sciences | Insolite | Histoire